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Deux chefs de guerre se disputent la présidentielle

Huit mois après la fin du conflit qui a ravagé le pays durant 37 ans, le Sri Lanka va vivre sa première élection présidentielle en temps de paix. En lice, deux héros de guerre qui s'affrontent ce mardi pour la présidence.

L'un, Mahinda Rajapakse, est le président sortant. Le second, le général Sarath Fonseka, est l'ancien chef des armées. Alliés en mai dernier lors de la bataille contre les Tamouls, ils s'affrontent aujourd'hui dans la course à la présidence en revendiquant, chacun de leur côté, cette victoire historique. 

Il y  a huit mois, le président Rajapakse donne l’ordre de lancer l'assaut final contre la rébellion séparatiste des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul, tandis que le général Fonseka, alors à la tête de l’armée, conduit l’opération. La victoire de l'armée sri lankaise signe la fin d'un conflit de 37 ans entre la majorité cinghalaise et la minorité tamoule, dont le bilan est estimé entre 80 000 et 100 000 morts. Les deux alliés de l'époque se disputent aujourd'hui à travers les urnes.

L'homme du sérail face au militaire

A 64 ans, Mahinda Rajapakse n’a quasiment jamais quitté les sphères du pouvoir. Aujourd’hui à la tête du Parti de la liberté du Sri Lanka, il a occupé plusieurs postes au gouvernement dont celui de Premier ministre.

En novembre, lorsque Mahinda Rajapakse annonçait officiellement des élections présidentielles anticipées, le scénario de sa réélection avait toutes les chances de se réaliser. Mais le général Fonseka lui a remis sa démission pour se déclarer candidat.

Rejoignant le principal parti d’opposition, le Parti uni national (UNP, centre droit), Fonseka s’est rapidement imposé comme un concurrent sérieux. À 59 ans, il fait figure de héros au sein de la communauté cinghalaise -majoritaire dans le pays- et bénéficie du soutien des militaires. La victoire de mai 2009 constitue le couronnement de ses 40 années de carrière au sein de l'armée.

Depuis le début de la campagne électorale, Fonseka reproche à son principal rival son autoritarisme, son népotisme, et l’accuse de vouloir se maintenir au pouvoir par un coup d’État en cas de défaite par les urnes.

Dans ce scrutin qui s’annonce très serré, le vote de la minorité tamoule pourrait s'avérer décisif dans ce duel entre deux cinghalais, et profiter au général Fonseka.

Soupçons de fraude

Leur campagne est minée par des soupçons de fraude. A la veille du scrutin, l'organisme privé de surveillance de la violence en période électorale (CMEV) dénonce déjà de sérieuses failles dans un processus électoral entaché de calomnie, violences et détournement des ressources publiques.

Le niveau de violence est pire que lors du précédent scrutin présidentiel en 2005, estime le CMEV, qui juge cependant qu'une participation massive des 14,08 millions d'électeurs pourrait garantir un résultat sorti des urnes reflétant la volonté du peuple.

En cas de victoire, l'un comme l'autre devront faire face aux accusations de crimes de guerre par les Nations-unies, qui estiment à 7000 le nombre de civils tués durant les cinq derniers mois de conflit. Les deux hommes devront aussi rendre des comptes quant à la détention de 300 000 civils tamouls dans les camps de l’armée pendant cette période.