
Depuis samedi minuit, les citoyens serbes, macédoniens et monténégrins peuvent se rendre dans les 25 pays de l'espace Schengen sans visa, pour une durée de 90 jours maximum.
AFP - La Serbie, la Macédoine et le Monténégro ont célébré dans la nuit de vendredi à samedi la levée de l'obligation de visas pour leurs citoyens se rendant en Europe, ressentie comme un retour des Balkans vers la "famille européenne".
"Ca marche! Les citoyens serbes peuvent vraiment traverser la frontière sans visas", s'est exclamé le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, devant la télévision publique RTS, après avoir franchi, un peu après minuit, la frontière avec la Hongrie.
Depuis samedi 00H00 locales (vendredi 23H00 GMT), les ressortissants serbes, macédoniens et monténégrins munis d'un passeport biométrique ont la possibilité de se rendre sans visa et pour une durée allant jusqu'à 90 jours dans les 25 pays de la "zone Schengen de libre-circulation des personnes", dont font partie la plupart des pays de l'Union européenne, à l'exception toutefois de la Grande-Bretagne et de l'Irlande notamment.
La Suisse, la Norvège et l'Islande font partie en revanche de l'"espace Schengen".
"Nous avons lutté pour cela. Il nous a fallu 20 ans, mais mieux vaut tard que jamais", a ajouté M. Jeremic.
"A partir d'aujourd'hui, a-t-il poursuivi, la Serbie est beaucoup plus proche de l'Europe qu'elle ne l'a été hier".
Le gouvernement serbe devait se réunir samedi après-midi pour se décider au sujet d'un dépôt de candidature à l'UE.
Beaucoup en Serbie, mais aussi en Macédoine et au Monténégro, rappellent que l'obligation de visas avait été imposée en 1991 à l'encontre du régime de l'ex-président yougoslave, Slobodan Milosevic.
Dans une déclaration commune diffusée vendredi, les ministres serbe, monténégrin et macédonien de l'Intérieur, Ivica Dacic, Ivan Brajovic et Gordana Jankuloska, ont estimé que leurs concitoyens, avec la levée des visas, pouvaient appartenir désormais à la "famille européenne"
La levée de l'obligation de visas constitue un "fort encouragement au rapprochement des Balkans occidentaux vers l'Union", ont ajouté les ministres.
A Skopje, où des milliers de personnes ont dansé vendredi soir dans le centre de la capitale macédonienne en dépit du froid intense, le Premier ministre Nikola Gruevski a salué un "moment historique".
"Le mur des visas est tombé pour la Macédoine. C'est super! Même si, pour l'instant, je ne voyage nulle part, car je n'ai pas d'argent", s'est félicité Slavco Ivanov, un étudiant macédonien de 20 ans.
"Je sais maintenant que lorsque je serai en mesure de voyager, je ne devrai pas faire la queue devant les ambassades ou rassembler toute une tonne de documents pour obtenir un visa", a-t-il ajouté.
Slavco reprend ici une antienne souvent entendue sur les formalités qui étaient nécessaires auparavant pour obtenir un visa vers l'Europe, très mal vécues dans les Balkans, certains n'hésitant pas à dire qu'elles donnaient lieu à un véritable "sadisme consulaire".
Même si une blague en vogue actuellement à Belgrade appelle "le dernier Serbe qui quittera la Serbie le 19 décembre à éteindre la lumière", la situation était paisible samedi aux frontières de la Serbie, selon les médias.
"Nous ne constatons pas pour le 19 décembre et jusqu'à la fin du mois une augmentation de l'intérêt des voyageurs. La crise économique et la grippe H1N1 y contribuent sans doute", déclarait récemment Srdja Kovacevic, la propriétaire d'une agence voyages à Podgorica, au Monténégro.
Quoi qu'il en soit, les gouvernements serbe, monténégrin et macédonien ont chacun organisé un voyage en Europe pour un certain nombre de leurs citoyens pour célébrer l'événement.
Cinquante Serbes, des jeunes pour la plupart, se sont ainsi envolés pour Bruxelles. Ils se rendront ensuite à Rome, Berlin et Paris. C'est la première fois qu'ils franchissaient les frontières de leur pays.