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Le décès du président Lansana Conté et la tentative de coup d'État d'une partie de l'armée mardi ont semé la confusion en Guinée. L'Union africaine se réunit ce mercredi matin à Addis Abeba, en Éthiopie, pour discuter de la situation.

Lisez aussi des témoignages de Guinéens sur notre site des Observateurs.

AFP - La Guinée s'est retrouvée mardi dans une situation confuse de tentative de coup d'Etat militaire, quelques heures seulement après l'annonce du décès de son dirigeant depuis 24 ans, le "général-président" Lansana Conté, mort à 74 ans des suites de ses maladies.

Les deux principaux responsables politiques du pays ont refusé de reconnaître le coup de force des putschistes, le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, assurant qu'une "minorité de soldats et d'officiers" s'y trouve impliquée.

En début de matinée, quelques heures seulement après l'annonce officielle de la mort de Lansana Conté, a lu un communiqué à la radio nationale: "A compter d'aujourd'hui, la Constitution est suspendue, ainsi que toute activité politique et syndicale".

"Le gouvernement et les institutions républicaines sont dissous", a ajouté ce porte-parole des putschistes, annonçant qu'un "conseil consultatif" allait être mis en place, "composé de civils et militaires"...

Le capitaine a ensuite longuement justifié le coup de force par "le désespoir profond de la population", dans un grand pays ouest-africain pauvre malgré "les immenses ressources naturelles dont il est doté". Et il a fustigé "les détournements de deniers publics, la corruption généralisée" ou encore "l'impunité érigée en méthode de gouvernement".

Le gouvernement "n'est pas dissous", a plus tard assuré le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré. "Je suis sûr qu'ils (les putschistes) reviendront à la raison. Ils n'ont pas utilisé la force. Il n'y a de menace contre personne", a-t-il affirmé.

Quant au chef d'Etat-major de l'armée guinéenne, le général Diarra Camara, il a de nouveau lancé dans l'après-midi un appel au "calme" à ses "chers compagnons d'armes". Et il s'est montré surpris que les putschistes n'aient pas attendu, avant d'agir, que les obsèques du président aient eu lieu.

Si aucune violence n'a été signalée dans le pays, une certaine confusion était perceptible dans l'après-midi parmi les putschistes.

Des tractations ont eu lieu au camp Alfa Yaya Diallo, le plus grand du pays, et une majorité de putschistes ont choisi comme chef le lieutenant-colonel Sekouba Konaté, commandant du bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), principale unité d'élite de l'armée, selon des militaires loyalistes.

Mais certains ont refusé ce choix car il n'était pas le plus gradé, selon ces sources. Restant sur ce désaccord, les putschistes ont ensuite quitté le camp pour se rendre dans le centre-ville.

Au moment de la réunion dans ce camp, des coups de feu ont été entendus en milieu d'après-midi par des riverains.

Mais, dans l'ensemble, la capitale était calme, quasiment indifférente aux événements, la plupart des habitants se préoccupant davantage de leur survie quotidienne. Aucune manifestation n'a été signalée dans la ville où tous les magasins avaient été fermés par craintes de pillages.

Une situation qui contrastait avec la fièvre des grandes manifestations populaires du début 2007: les Guinéens avaient alors osé exprimé en masse leur espoir de changement, dénonçant les "prédateurs de l'économie nationale" et criant "Conté dehors!". La répression avait fait 186 morts selon les ONG.

Le général Conté, 74 ans, arrivé au pouvoir en 1984 à la faveur d'un coup d'Etat militaire, peu après la mort du "père de l'indépendance" Ahmed Sekou Touré, s'était toujours appuyé sur l'armée pour asseoir son autorité.

Dans la nuit de lundi à mardi, le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, avait annoncé son décès à la télévision d'Etat, en demandant officiellement au président de la Cour suprême de constater la vacance du pouvoir et de faire appliquer la Constitution.

La gestion des affaires du pays devait alors revenir temporairement au président de l'Assemblée, chargé d'organiser une élection présidentielle dans les 60 jours, un délai jugé très court par les observateurs au vu de l'état de désorganisation du pays.

L'Union européenne (UE), l'Union africaine (UA), les Etats-Unis, la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (FIDH) et de nombreux pays ont condamné le coup de force. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a insisté "sur le besoin d'une transition du pouvoir pacifique et démocratique, en accord avec la Constitution".