
Les Taliban continuaient, vendredi, leur progression en Afghanistan, d'où plusieurs pays – dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France – vont évacuer en catastrophe leurs ressortissants et diplomates, face à la menace pesant désormais sur la capitale Kaboul. Face à cette situation, plusieurs pays occidentaux ont décidé d'évacuer leurs ambassades et / ou leurs ressortissants, ainsi que des Afghans ayant travaillé pour eux.
Les Taliban poursuivent leur avancée dans le Sud de l'Afghanistan. Les insurgés se sont emparés, vendredi 13 août, de deux nouvelles capitales : Pule Alam, capitale de la province du Logar à 50 km au sud de Kaboul, et Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand. Des conquêtes qui interviennent quelques heures après avoir fait tomber Kandahar, la deuxième ville d'Afghanistan, située 150 km à l'est.
"Lashkar Gah a été évacuée. Ils ont décidé d'un cessez-le-feu de 48 heures pour évacuer" l'armée et les responsables civils, a déclaré à l'AFP un haut responsable sécuritaire. Les Taliban avaient un peu auparavant revendiqué la prise de la ville.
Les insurgés ont aussi pris sans résistance, vendredi matin, Chaghcharan, capitale de la province de Ghor, dans le centre du pays, a indiqué à l'AFP le porte-parole du gouverneur, Zalmai Karimi.
L'essentiel du nord, de l'ouest et du sud du pays est maintenant sous leur coupe. Kaboul, Mazar-i-Sharif, la grande ville du nord, et Jalalabad (est) sont les trois seules grandes villes encore sous le contrôle du gouvernement.
La capitale afghane, Kaboul, ne fait cependant pas face à une "menace imminente", malgré l'avancée rapide des Taliban vers la capitale afghane, a affirmé le Pentagone vendredi en fin de journée. La ville "ne se trouve pas actuellement dans un contexte de menace imminente", a soutenu le porte-parole du ministère de la Défense américain, John Kirby, lors d'une conférence de presse, reconnaissant cependant que les Taliban tentaient "d'isoler Kaboul".
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'est par ailleurs dit "horrifié" vendredi soir par les informations sur des violations des droits des Afghanes par les Taliban. "Je suis profondément préoccupé par les premières informations selon lesquelles les Taliban imposent de sévères restrictions aux droits humains dans les zones qu'ils contrôlent", a déploré le chef de l'ONU devant la presse. "Il est particulièrement horrifiant et déchirant de voir que les droits durement acquis par les filles et les femmes afghanes sont en train de leur être enlevés".

Les Taliban revendiquent la prise de Kandahar
Les Taliban avaient revendiqué dans la nuit la prise de Kandahar (sud), la deuxième plus grande ville du pays, une information confirmée par un habitant. La veille, ils s'étaient aussi emparés d'Hérat (ouest), la troisième ville afghane, et s'étaient rapprochés jusqu'à 150 km de Kaboul en prenant également Ghazni, au sud-ouest de la capitale.
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— Wassim Nasr (@SimNasr) August 13, 2021Les forces gouvernementales contrôlaient encore l'aéroport de la ville, qui était la deuxième plus grande base américaine en Afghanistan durant leur intervention dans le pays.
En huit jours, les Taliban se sont emparés de près de la moitié des capitales provinciales afghanes. Ils contrôlent l'essentiel du nord, de l'ouest et du sud du pays.
Plusieurs pays évacuent leurs diplomates et leurs ressortissants
En raison de "l'accélération" des événements, Washington a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi le déploiement de 3 000 soldats à l'aéroport international de Kaboul, pour aider à évacuer diplomates et ressortissants américains. Londres a annoncé l'envoi de 600 militaires pour faire de même.
La plupart des soldats américains envoyés arriveront avant la fin de la journée de dimanche dans la capitale afghane, a affirmé le Pentagone vendredi soir. Un premier bataillon de marines est déjà arrivé à l'aéroport international de Kaboul. Les États-Unis sont prêts à évacuer de la capitale afghane par voie aérienne des "milliers de personnes par jour", a affirmé le porte-parole du Pentagone, John Kirby, lors d'une conférence de presse.
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s'est par ailleurs engagé vendredi à "ne pas tourner le dos à l'Afghanistan", appelant les Occidentaux à travailler avec Kaboul pour éviter que le pays "ne redevienne un terreau pour le terrorisme". S'exprimant à l'issue d'une réunion gouvernementale de crise, le dirigeant a indiqué que son pays comptait "faire pression" par la voie diplomatique et politique, mais exclut en l'état l'hypothèse d'une "solution militaire".
"Ce que nous devons faire maintenant, ce n'est pas tourner le dos à l'Afghanistan, mais continuer en tant que membre du Conseil de sécurité [de l'ONU] à travailler avec nos partenaires pour nous assurer que le gouvernement de Kaboul ne laisse pas le pays redevenir un terreau pour le terrorisme", a déclaré Boris Johnson.
Le ministère français des Affaires étrangères a, une nouvelle fois, demandé à ses ressortissants de quitter l'Afghanistan dans les plus brefs délais, sans toutefois préciser si la France comptait elle aussi évacuer son ambassade.
L'Allemagne va, quant à elle, réduire son personnel diplomatique à Kaboul au "minimum absolu" face à l'offensive des insurgés qui se trouvent désormais aux portes de la capitale afghane, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas. "Nous allons réduire dans les prochains jours notre personnel à l'ambassade allemande à Kaboul au minimum absolument nécessaire", a indiqué le ministre dans une courte déclaration.
"L'ambassade continuera à travailler", a-t-il toutefois précisé. Le ministre a par ailleurs annoncé l'envoi d'un équipe de soutien dans la capitale afghane afin d'aider à la mise en place de l'évacuation de ce personnel.
L'Otan "profondément préoccupé" par la situation en Afghanistan
L'Otan soutiendra le gouvernement afghan "autant que possible" et "adaptera" sa présence diplomatique, a annoncé vendredi son secrétaire général, Jens Stoltenberg, à l'issue d'une réunion avec les ambassadeurs de l'Alliance à Bruxelles.
Les pays de l'Alliance atlantique "sont profondément préoccupés par les niveaux élevés de violence provoqués par l'offensive des Taliban, notamment [par] les attaques contre des civils, les assassinats ciblés et les informations faisant état d'autres atteintes graves aux droits de l'Homme", a-t-il ajouté dans un communiqué.
"C'est le Vietnam dans tous ses aspects", a confié à l'AFP le représentant d'un État membre de l'Otan, faisant allusion au spectre de la chute de Saïgon en 1975. "La situation est catastrophique", a commenté un autre.
Outre les pays déjà cités, les Pays-Bas ont aussi annoncé le rapatriement d'interprètes afghans, travaillant ou ayant travaillé pour eux, et d'une partie du personnel de leur ambassade à Kaboul. "Certains des employés de l'ambassade et des interprètes locaux qui ont collaboré avec les Pays-Bas seront rapatriés, avec leur famille, mais l'ambassade restera ouverte aussi longtemps que possible", a déclaré auprès de l'AFP un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. "Il n'est pas question d'évacuation", a-t-il ajouté
Le ministère norvégien des Affaires étrangères a, pour sa part, annoncé vendredi la fermeture temporaire de l'ambassade de Norvège à Kaboul et l'évacuation de tous les employés de l'ambassade. "Cela s'applique également aux Afghans employés localement et ayant de la famille proche en Norvège et qui le souhaitent", a déclaré Ine Marie Eriksen Søreide, ministre norvégienne des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse.
Le Danemark a annoncé, lui aussi, la fermeture temporaire de son ambassade à Kaboul et l'évacuation de tous les employés, tandis que la Finlande va évacuer jusqu'à 130 de ses employés.
"Le gouvernement a décidé d'évacuer tous les employés de l'ambassade. Dans le même temps, nous avons décidé de fermer temporairement notre ambassade à Kaboul", a déclaré à la presse le chef de la diplomatie danoise Jeppe Kofod, ajoutant que "les Danois en Afghanistan doivent immédiatement quitter le pays".
La Finlande, elle, maintient ouverte sa représentation, mais a décidé d'accueillir "jusqu'à 130 Afghans qui ont travaillé au service de la Finlande, de l'UE et de l'Otan, ainsi que leurs familles", a signalé le ministre des Affaires étrangères, Pekka Haavisto.
Avec AFP