
La juriste en droit international de 40 ans Annalena Baerbock, a été choisie, lundi, par les Verts allemands comme candidate à la chancellerie. Elle affiche sa détermination et sa volonté de rupture avec la gouvernance conservatrice d'Angela Merkel.
Une ancienne championne de trampoline, écologiste convaincue, pour porter les espoirs des Verts allemands dans la course à la chancellerie. A cinq mois du scrutin, le parti a désigné, lundi 19 avril, sa coprésidente, Annalena Baerbock, pour tenter de remplacer la conservatrice Angela Merkel, qui quittera le pouvoir cet automne, après 16 ans à la tête du gouvernement.
"Je voudrais faire une offre à l'ensemble de la société", a-t-elle déclaré lundi, se présentant comme candidate "du renouvellement". "Aujourd'hui commence donc un nouveau chapitre pour notre parti et, si nous le faisons bien, pour notre pays", a encore affirmé Annalena Baerbock lors d'une conférence de presse à Berlin. Outre la protection du climat qualifiée de "mission de notre époque", elle a estimé nécessaire d'investir davantage dans le système éducatif, plaidé pour une "société cosmopolite" et parlé d'une "Allemagne au cœur de l'Europe".
Annalena Baerbock sera la plus jeune des candidats à la chancellerie et la seule femme parmi les trois principales formations, aux côtés des prétendants de la droite et des sociaux-démocrates.
À seulement 40 ans, c'est elle et non Robert Habeck, son charismatique partenaire à la tête du parti, longtemps favori, qui sera le chef de file des Grünen pour les élections législatives du 26 septembre. Ainsi en a décidé lundi le comité exécutif du parti écologiste, plébiscité dans les sondages au point de talonner les conservateurs minés par leurs divisions et le départ prochain d'Angela Merkel.
Une ascension discrète
Depuis que leur attelage a pris les rênes des Verts en janvier 2018, il est celui qui charme et qui brille quand cette juriste spécialiste de droit international fourbit ses arguments, peaufine ses dossiers, que ce soit sur la sortie du charbon dans la région du Brandebourg où elle est élue ou sur le financement de l'Otan.
L'ancien ministre des Affaires étrangères (1998-2005), Joschka Fischer, figure tutélaire des Verts allemands, le concède : "pour moi, elle est quasiment sortie de nulle part".
Pourtant lors de la réélection du duo à la tête du parti en 2019, elle obtient un meilleur score que Robert Habeck (97,1 % contre 90,4 %) et même le meilleur résultat jamais enregistré par un dirigeant Verts.
"Annalena, ce sont les racines de notre arbre. Certaines fleurs de Robert se faneraient rapidement sans elle", assure Claudia Roth, vice-présidente du Bundestag, grande figure de cette formation longtemps turbulente et aujourd'hui largement entrée dans le rang.
Pour tenter de cerner Annalena Baerbock, il faut se rendre... sur un trampoline. La jeune femme aux cheveux bruns foncés et au corps athlétique y effectue de très impressionnants saltos après quelques chandelles.
Cette ancienne sportive de haut niveau fut triple médaille de bronze aux championnats d'Allemagne de la discipline. Également footballeuse, l'écologiste qui milite pour "une prospérité respectueuse du climat" y voit des similitudes avec la politique. Dans ces deux domaines, "il faut être vraiment courageuse", juge-t-elle dans un documentaire de la chaîne publique NDR. "A chaque nouvelle figure qu'on apprend, on ne sait pas si on va atterrir sur la tête ou les pieds".
Seize années chez les Verts
Après avoir déserté les gymnases en raison de blessures chroniques, la jeune femme qui a grandi dans une ferme de Basse-Saxe (nord-ouest) envisage d'abord une carrière dans le journalisme. Mais sa trajectoire bifurque après un stage auprès d'un député européen Verts.
Elle prend sa carte du parti en 2005, l'année où les écologistes, partenaires gouvernementaux minoritaires des sociaux-démocrates, quittent le pouvoir. C'est aussi l'année où Angela Merkel entre à la chancellerie, la première femme dans l'histoire allemande.
Seize ans plus tard, l'adhérente, qui décline une panoplie de blousons de cuir de différentes couleurs, est depuis près de huit ans députée au Bundestag, élue dans une circonscription du Brandebourg.
Avant cela elle a dirigé de 2009 à 2013 la section de cet État régional qui entoure Berlin.
Mais son CV n'évoque aucune expérience ministérielle, même au niveau régional, faisant dire aux voix caustiques qu'elle n'est pas rompue aux arcanes de la négociation, indispensable dans une coalition gouvernementale.
Mère de deux petites filles, elle vit à Potsdam, à la périphérie de Berlin et a parrainé financièrement un réfugié syrien qui a pu obtenir un visa pour l'Allemagne.
Alors que le coronavirus afflige la planète et contraint les écoles à fermer en Allemagne, elle égratigne les décisions gouvernementales et insiste sur la difficulté de concilier, en tant que jeune mère, télétravail et enseignement à la maison.
Plusieurs journaux dont la Süddeutsche Zeitung s'étaient prononcés en faveur de sa candidature. Pour le Spiegel, elle incarne "une femme (...) qui veut et peut beaucoup mais qui devrait se détendre un peu".
Les Verts, probable deuxième force politique
L'enjeu est de taille pour les Verts que tous les sondages désignent comme probable deuxième force politique à l'issue du scrutin, derrière l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel mais devant le SPD.
Crédités de 20 % à 23 % des intentions de vote, ils talonnent la CDU (27 % à 28 %) en pleine dégringolade et déboussolée par le prochain retrait de la chancelière de la vie politique.
Plébiscités lors des élections européennes il y a deux ans où ils ont dépassé les 20 % de voix, les Verts participent à l'heure actuelle à 11 des 16 gouvernements régionaux et viennent d'être réélus haut la main à la tête de l'un des Etats régionaux les plus prospères, le Bade-Wurtemberg, coeur de l'industrie automobile.
Une alliance entre les Verts et les conservateurs à l'issue du scrutin n'est plus un scénario irréaliste. Une autre formule possible, inédite au niveau fédéral, pourrait voir les Verts s'allier au SPD et au parti libéral FDP. Jusqu'ici les Verts n'ont été que partenaires minoritaires dans une coalition gouvernementale dirigée par le social-démocrate Gerhard Schröder, entre 1998 et 2005.
Preuve de leur popularité auprès d'une population préoccupée par les enjeux climatiques, leur nombre d'adhérents a bondi de plus de 50 % entre 2016 et 2019.
"Même si le changement climatique ne sera probablement pas au premier plan, les chances d'un très bon résultat électoral pour les Verts sont bonnes", juge Uwe Jun, politoloque à l'université de Trèves, qui juge "perceptible une envie de changement en politique" parmi les électeurs.
Lors de la présentation de leur programme électoral en mars, les Verts ont promis à l'Allemagne "une piqûre de vitamines" prenant la forme d'une offensive de 50 milliards d'euros d'investissements.
Avec AFP