Minneapolis, placée sous couvre-feu lundi, a connu une deuxième soirée de tensions après la mort de Daunte Wright, un jeune homme noir abattu par la police en plein procès du meurtre de George Floyd. De son côté, la police affirme qu'il s'agit d'une mort "accidentelle", l'agente qui a tiré aurait "sorti son arme à feu à la place de son Taser".
Minneapolis a connu, lundi 12 avril, sa deuxième soirée de manifestations malgré l'entrée en vigueur d'un couvre-feu visant à empêcher l'embrasement de cette ville du nord des États-Unis, après la mort, dimanche, d'un jeune homme noir abattu par la police en plein procès du meurtre de George Floyd.
"Les manifestations pacifiques sont compréhensibles" après la mort "tragique" de Daunte Wright, avait commenté plus tôt dans la journée le président démocrate Joe Biden, se disant conscient de "la colère et la douleur" vécues par les Afro-Américains. Mais "il n'y a absolument aucune justification" aux violences, avait-t-il ajouté en appelant la population de cette grande ville du nord des États-Unis "au calme", après une première nuit de protestations émaillées de pillages et échauffourées.
En plus du couvre-feu dans toute l'agglomération décrété par les maires des villes jumelles de Minneapolis et Saint-Paul, un millier de soldats de la Garde nationale sont à pied d'œuvre pour empêcher de nouveaux débordements.
"Suis-je le prochain ?"
Peu avant 21 h, près de deux heures après l'entrée en vigueur du couvre-feu, des dizaines de manifestants continuaient de brandir leurs pancartes et de scander des slogans – tout en s'abritant de la pluie sous des parapluies et des capuches – face au commissariat de la ville de Brooklyn Center.
Les manifestants ont nargué la police à travers le grillage nouvellement érigé autour du commissariat, et portaient des pancartes clamant "Emprisonnez tous les flics tueurs racistes", "Suis-je le prochain ?" et "Pas de justice, pas de paix".
La police a tiré du gaz lacrymogène à plusieurs reprises en direction des manifestants, et leur a intimé l'ordre de se disperser.
Mort "accidentelle"
Leur colère fait suite à la mort de Daunte Wright, un Afro-Américain de 20 ans, abattu dimanche par la police tandis qu'il circulait en voiture dans cette ville de la banlieue de Minneapolis, avec sa petite amie.
Lors d'un contrôle lié à des plaques d'immatriculation contrevenantes, une agente a "sorti son arme à feu à la place de son Taser", un pistolet à impulsion électrique censé être moins létal qu'une arme à feu, a déclaré le chef de la police locale Tim Gannon, en évoquant une mort "accidentelle". Pour étayer ses propos, il a présenté l'enregistrement du drame par la caméra-piéton de la policière.
Sur ces images, on voit des agents sortir le jeune homme de son véhicule et lui passer des menottes. Celui-ci oppose alors une résistance et se rassoit dans sa voiture. On entend la policière crier "Taser, Taser", pour signaler qu'elle va tirer. À la place, un coup de feu résonne.
Lundi soir, les autorités judiciaires de l'État du Minnesota ont transmis l'identité de la policière impliquée dans un communiqué. Kimberly Potter, employée des services de police de Brooklyn Center depuis 26 ans, a été suspendue administrativement, précise le communiqué.
Procès de Derek Chauvin
Ce drame a ravivé la colère à Minneapolis, qui avait connu plusieurs nuits d'émeutes après la mort de George Floyd, le 25 mai dernier, sous le genou du policier blanc Derek Chauvin.
Des manifestants sont à nouveau descendus dans les rues dans la nuit de dimanche à lundi et des échauffourées ont eu lieu. Une vingtaine de commerces ont été vandalisés. Des matches de basket, notamment de la NBA, mais aussi de baseball ou de hockey, prévus dans la soirée de mardi, ont pour leur part été reportés.
Dans ce climat tendu, l'avocat de Derek Chauvin a demandé de placer les jurés à l'écart pour empêcher qu'ils subissent des pressions. "Je comprends qu'il y ait des troubles civils" mais "je ne crois pas que cela soit un motif d'inquiétude supplémentaire", a répondu le juge Peter Cahill. "Le huis clos sera ordonné pour le jury à compter de lundi (prochain), jour où l'on attend les dernières plaidoiries", a-t-il ajouté avant la reprise des audiences.
"Fils à maman"
L'accusation a ensuite appelé à la barre un cardiologue, qui a mis à mal la ligne de défense de Derek Chauvin, dont l'avocat soutient que George Floyd a succombé à une overdose combinée à des faiblesses cardiaques. Le quadragénaire noir a "fait un arrêt cardiaque en raison d'un manque d'oxygène" lié à la pression exercée sur lui par les policiers, a assuré Jonathan Rich. "Je peux affirmer avec un haut niveau de certitude médicale que George Floyd n'a pas fait de crise cardiaque simple ni d'overdose", a-t-il ajouté.
Un frère de George Floyd s'est ensuite présenté devant les jurés en vertu d'une règle propre à la justice du Minnesota, baptisée "l'étincelle de vie", qui autorise l'accusation à convoquer des témoins pour présenter la personnalité de la victime. Photos de famille à l'appui, Philonise Floyd a retracé, très ému, l'amour de son frère pour les sandwichs banane/mayonnaise, pour le sport et pour leur mère, disparue en 2018. C'était "un fils à maman", a-t-il confié, des sanglots dans la voix.
L'accusation doit boucler son exposé mardi et il reviendra alors à la défense de convoquer ses propres témoins.
En attendant, les appels à réformer les forces de l'ordre américaines ont de nouveau retenti hors du tribunal. Quelque 260 personnes ont été tuées par des policiers depuis le début de l'année, a souligné la puissante association de défense des droits civiques ACLU, pour qui "il est plus que temps d'agir avec des mesures concrètes".
Avec AFP