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Convention citoyenne pour le climat : les participants entre espoir et déception

Depuis lundi, le gouvernement tient une série de réunions virtuelles pour préparer le projet de loi issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Les 150 Français tirés au sort pour participer à cet exercice inédit de démocratie directe avaient pour mission de proposer des mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France de 40 % d'ici 2030. Au sein de la Convention, les avis sont partagés sur le respect de leurs propositions par l'exécutif.

"Personne n'en a autant fait depuis dix ans !" Piqué au vif lors de son interview accordée vendredi 4 décembre au média en ligne Brut, Emmanuel Macron a tapé du poing sur la table. Visiblement agacé, le chef de l'État réagissait aux critiques sur le non-respect de ses engagements vis-à-vis de la Convention citoyenne pour le climat (CCC).

"Je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c'est la Bible ou le Coran", a déclaré Emmanuel Macron, se disant "très en colère contre des activistes qui m'ont aidé au début et qui disent maintenant, il faudrait tout prendre". Une allusion directe à Cyril Dion, un des "garants" de la Convention citoyenne pour le climat qui accuse le président de "ne pas tenir parole".

Pourtant, au sein de la Convention, tous les membres ne se montrent pas aussi critiques. C'est le cas de Grégoire Fraty, l'un des administrateurs de l'association des "150" qui fédère les membres de la CCC soucieux du devenir de leurs propositions. Depuis lundi, il participe à des groupes de travail avec des députés et des ministres. L'occasion de découvrir les grandes orientations retenues dans la future loi climat.

Troisième réunion de ce Marathon autour de la #LoiClimat avec les #parlementaires et les membres de la #conventioncitoyenne @les150ccc

Ce matin, avec @barbarapompili & @R_Bachelot

3ème réunion : Consommer pic.twitter.com/8BA6aGCa0Z

— Grégoire Fraty (@GregoireFraty) December 8, 2020

"Le verre à moitié plein"

"On sent que cette loi agite beaucoup au sein du gouvernement et que les derniers arbitrages ne sont pas encore rendus", glisse Grégoire Fraty à France 24 à l'issue d'une visioconférence avec Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique.

"C'est vrai que l'on a l'impression que les choses ne vont pas assez loin. Des propositions sont reprises, mais leur portée est amoindrie. Malgré tout, je vois plutôt le verre à moitié plein. J'estime que l'on est moins déçu que prévu, et c'est tant mieux", se réjouit celui qui travaille au sein d'une association d'insertion professionnelle. 

Parmi les propositions "structurantes" retenues par le gouvernement, Grégoire Fraty cite l'interdiction de location des "passoires thermiques", la lutte contre l'artificialisation des sols pour les projets commerciaux ou encore le développement de l'éducation au développement durable.

Selon lui, cet exercice inédit de démocratie directe est "plutôt une réussite". "On se rend compte que quand on demande leur avis aux citoyens, les solutions ne sont pas 'hors sol'. Elles sont construites, raisonnables, ambitieuses."

Après des mois de mobilisation, le travail de la CCC entre dans sa dernière ligne droite. La Convention fera un dernier retour au gouvernement après la présentation du projet de loi en Conseil des ministres, fin janvier. Les citoyens devraient également rester associés au travail parlementaire au mois de mars.

"Sauver la Convention"

Ces derniers jours, le climat s'est pourtant considérablement tendu entre l'exécutif et certains membres de la Convention, qui accusent le président de ne pas respecter ses promesses.

Figure médiatique de la contestation, Cyril Dion a ainsi lancé une pétition fin novembre pour "sauver la Convention", qui a recueilli 335 000 signataires en deux semaines. "Les détricotages se multiplient", assure le garant de la CCC dans une tribune publiée par le journal Le Monde.

"Des mesures qui devaient être transmises sans filtre aux parlementaires sont modifiées et parfois amoindries par le gouvernement, d'autres que vous aviez dit retenir sont finalement écartées dont l'une – un moratoire provisoire sur la 5G – que vous avez rejetée en déclarant ne pas croire dans le 'modèle amish' (…) Ce que nous vous demandons est simplement de tenir parole", poursuit-il, rappelant que "les climatologues misent sur un réchauffement de 3 à 7 °C d'ici la fin du siècle et que notre planète pourrait devenir partiellement inhabitable."

Manque d'ambition

Les ONG de défense de l'environnement se montrent également sceptiques sur le futur projet de loi qui sortira de cette convention. Interrogée par France 24, Anne Bringault du Réseau action climat, qui fédère les associations impliquées dans la lutte contre le changement climatique, compte désormais sur les parlementaires pour "redonner du sens et de l'ambition au texte".

Parmi les propositions majeures que le gouvernement rechigne à adopter, Anne Bringault évoque l'obligation de rénovation des maisons individuelles à partir de 2024, l'interdiction des publicités pour les véhicules les plus polluants ou encore la promotion du ferroviaire.

"C'est souvent moins cher de prendre l'avion que de prendre le train pour se déplacer en France, alors que c'est beaucoup plus polluant. L'idée était donc d'investir massivement dans le train et de faire baisser la TVA à 5,5 % sur les billets. Or pour le moment,le gouvernement s'y oppose", regrette la coordinatrice des opérations du Réseau action climat.

La France "pas encore à la hauteur"

Alors que la planète vient de connaître le mois de novembre le plus chaud jamais enregistré, l'accord de Paris sur le climat fêtera ses cinq ans d'existence le 12 décembre prochain. "Or, la France ne montre pas l'exemple en détricotant les propositions de la CCC", dénonce Anne Bringault.

Pour arriver à diminuer de 40 % les émissions de gaz à effet de serre en 2030, l'Hexagone s'est fixé des paliers chaque année. Mais le pays accumule du retard dans sa trajectoire. De l'aveu même de la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, la France n'est "pas encore à la hauteur".

Selon le Centre technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de dioxyde de carbone (CO2) n'ont baissé que de 0,9 %, soit presque moitié moins que nécessaire. Et le retard va encore s'accentuer en 2023, date à laquelle la France devra encore réduire ses émissions, à 3 % par an, selon l'accord de Paris.

Sous la pression des ONG et des citoyens, le gouvernement est aussi sommé de rendre des comptes par la justice administrative. Fin novembre, le Conseil d'État a rendu une décision inédite en donnant trois mois aux autorités pour justifier des moyens mis en œuvre pour respecter les engagements français en faveur du climat.