
Avec la crise économique liée au Covid-19, les Restos du cœur s'attendent à une hausse de fréquentation cette année. Le nombre de demandes d'aide a déjà augmenté de 45 % en Seine-Saint-Denis et de 30 % à Paris. L'association alerte sur la situation des jeunes, de plus en plus nombreux à frapper à leurs portes.
La 36e campagne des Restos du cœur s'ouvre dans un contexte inédit. L'association française s'attend à recevoir un million de bénéficiaires cette année pour la saison hivernale, qui démarre mardi 24 novembre en pleine crise sanitaire et économique liée au Covid-19.
Nés d'une idée de Coluche en 1985, les Restos du cœur accueillent chaque année les personnes démunies pour leur campagne d'hiver. En fonction de leurs ressources et de la composition de leur famille, elles se voient attribuer des points qui leur donnent droit à des denrées alimentaires.
"Œufs, pain, pâtes, haricots, thon... un peu de tout", énumère Amira, une botte de poireaux dépassant de son caddie, en sortant du centre d'Argenteuil, ouvert dès lundi. "Ça permet de faire des économies à la maison", raconte la jeune femme de 25 ans, sans emploi, présente comme une soixantaine d'autres personnes devant le centre le plus important du Val-d'Oise.
Une hausse des inscriptions depuis le confinement
En 2019, les Restos du cœur ont accueilli 875 000 personnes et distribué 136,5 millions de repas. Mais l'association s'attend à une hausse de fréquentation cette année. La crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales ont amené des nouveaux bénéficiaires : "depuis le confinement, on a vu venir les gens qui n'ont plus rien parce qu'ils ont perdu leurs petits boulots", décrit Josiane Le Blond, responsable du centre d'Argenteuil, qui a accueilli 1 500 familles l'année dernière et a enregistré 400 nouvelles inscriptions.
Pour l'heure, l'association chiffre la hausse des inscriptions pour la campagne d'hiver à +10 %, les situations étant "variables selon les départements", avec une explosion de la demande en Seine-Saint-Denis (+45 %) et à Paris (30 %), selon Patrice Blanc, président de l'association.
"La crise financière de 2008 s'était traduite par une augmentation en deux ans de 25 % de personnes en plus ayant recours à l'aide alimentaire. Nous devons nous préparer à la montée d'une vague d'une ampleur au moins équivalente", alerte le président de l'association. Pour les Restos du cœur, "l'enjeu majeur de cette 36e campagne est de continuer à faire face. Dans l'urgence mais aussi sur le long terme".
Des étudiants plongés dans la précarité
Mais la crise sanitaire a changé l'organisation des centres. La distribution accompagnée (les bénéficiaires entrent dans le centre et sont accompagnés par des bénévoles) a laissé place à un système de drive, où les bénévoles apportent les denrées alimentaires à l'entrée du centre où les bénéficiaires attendent en file.
"La plupart de nos locaux ne sont pas adaptés pour respecter les consignes de distanciation", explique Patrice Blanc. L'arrivée de l'hiver et la dégradation des conditions climatiques interrogent sur la pérennité de ce système. Exit également le "coin café" qui offrait un moment de convivialité.
L'association alerte sur la situation des jeunes, de plus en plus nombreux à frapper à leurs portes : avec la disparition des petits boulots, qui a plongé des étudiants dans la précarité, ils représentent "une source d'inquiétude encore plus particulière" pour Patrice Blanc. Les moins de 25 ans représentent déjà près de la moitié des bénéficiaires, les mineurs, 40%.
Parmi les bénéficiaires de plus de 16 ans, 36 % sont en recherche d'emploi, 12 % perçoivent une retraite, 6 % ont un emploi et 6 % sont étudiants.
Avec AFP