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Gaza : la dissolution des instances dirigeantes du Hamas, "un geste pour débloquer le plan Trump"
Près de vingt ans après avoir pris le pouvoir dans la bande de Gaza, le Hamas a annoncé lundi lâcher les rênes du territoire au profit d'un comité de technocrates palestiniens. Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite et président d'honneur de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), décrypte les enjeux de cette décision. 
Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias au sein du Hamas, s'exprime lors d'une conférence de presse à l'hôpital Al-Aqsa, à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 juillet 2026. © Jehad Alshrafi, AP

Un tournant politique majeur pour une bande de Gaza en ruines. Le Hamas, mouvement islamiste palestinien au pouvoir dans l'enclave palestinienne depuis 2007, a annoncé y avoir dissous ses instances dirigeantes, lundi 6 juin. Dans la foulée, un comité technocratique palestinien s'est déclaré prêt à administrer le territoire. 

Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias au sein du Hamas, a confirmé à l'AFP cette décision et la démission du "président du comité d'urgence du gouvernement" pour "faciliter la transition administrative et gouvernementale vers le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG)". 

Actuellement basé au Caire, le NCAG a été créé par le "Conseil de Paix", instance mise en place par le président américain Donald Trump lors des négociations qui ont abouti au cessez-le-feu entre Israël et le Hamas en octobre 2025.

Le gouvernement israélien a immédiatement qualifié l'annonce du Hamas de "ruse" visant à éviter son désarmement, comme l'exigent Israël et le plan de paix négocié par les États-Unis. 

Alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affirme vouloir contrôler "bientôt" 70 % de la bande de Gaza, ce retrait politique du Hamas peut-il réellement relancer le processus de paix ? Pour Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite et président d'honneur de l'iReMMO, l'annonce du Hamas relève en effet d'un "geste" pour tenter de débloquer la situation, mais il craint que cela ne suffise pas. 

France 24 : S'agit-il d'une véritable passation de pouvoir à Gaza ou d'une simple concession de façade de la part du Hamas ?

Jean-Paul Chagnollaud : Il ne faut pas se précipiter dans l'interprétation de cette annonce ni acter trop vite que cette transition se fera à coup sûr. C'est avant tout une déclaration d'intention liée aux négociations intenses menées notamment sous l'égide de l'Égypte, qui joue un rôle majeur.

Le Hamas exprime depuis un certain temps déjà sa volonté de se retirer de l'administration directe de la bande de Gaza. En théorie, cela ouvre la voie à une prise en main du territoire par le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), dirigé par Ali Chaat. Cependant, la concrétisation de ce projet est loin d'être acquise. Pour qu'une administration gouverne, il faut qu'elle soit physiquement sur le terrain. Or, pour l'instant, les autorités israéliennes s'opposent à ce que ce comité palestinien entre à Gaza.

De plus, si le Hamas n'est plus à la tête des instances dirigeantes, les personnes qui travaillent dans les administrations sur place resteront les mêmes. Israël va probablement juger ce geste insuffisant. Pour avancer, Israël devrait faire ses propres concessions, à commencer par le retrait progressif de son armée derrière la ligne jaune [ligne qui divise la bande de Gaza en deux depuis octobre 2025 et la mise en place du plan de paix pour Gaza, NDLR]. 

Peut-on imaginer que cette dissolution politique amène, à terme, à un désarmement de la branche militaire du Hamas ?

Il faut distinguer le volet administratif du volet militaire. Il est évident que le Hamas ne va pas complètement lâcher ses armes. Mais cela montre quelques avancées : le Hamas parle désormais d'accepter de "déposer" les armes, mais sans les "rendre" comme exigé par le plan de Trump. 

Le Hamas a déjà évoqué par le passé la possibilité de "remettre" ses armes à une autorité palestinienne. Ce dépôt pourrait ainsi se faire entre les mains du nouveau comité d'administration d'Ali Chaat. Nous restons dans le flou, mais c'est un point de négociation essentiel. La presse israélienne en fait déjà ses grands titres aujourd'hui, car, pour le gouvernement Netanyahu, la démilitarisation totale reste l'argument pour ne pas aller plus loin dans le processus de paix.

Pourquoi le Hamas choisit-il de formaliser ce retrait administratif maintenant ? Est-ce le résultat d'une pression du "Conseil de paix" de l'administration Trump ?  

Plus que la pression du "Conseil de paix" de l'administration Trump, c'est avant tout une stratégie de déblocage du plan de paix poussée par l'Égypte. Alors que la phase deux de ce dernier prévoyait un recul de l'armée israélienne, celle-ci a au contraire progressé dans la bande de Gaza.

Et sur le plan humanitaire, la situation est terrible. Un récent rapport des Nations unies décrit une population gazaouie réduite à se battre contre les rats et les poux, Israël interdisant l'entrée des produits d'hygiène les plus élémentaires. Face à ce dénuement total, le Hamas n'a pas d'autre choix que d'essayer de débloquer quelque chose dans le plan Trump. Par ce geste, appuyé par les autres factions palestiniennes, le Hamas fait un pas en acceptant de confier la gestion du territoire au Comité national pour l'administration de Gaza. 

Comment ce nouveau comité peut-il espérer gouverner alors qu'Israël contrôle une grande partie du territoire ?

Les actions de l'armée israélienne sur le terrain, notamment le déplacement des blocs de béton qui matérialisent la ligne jaune, vont à l'encontre des termes du plan de paix. En réalité, les Israéliens poursuivent un autre agenda. Ils ne peuvent pas s'opposer de front au plan de Donald Trump, mais ils font tout pour le bloquer.

Ce que voudraient les Israéliens, c'est pousser une grande partie des Gazaouis à l'exil. Face à cette logique, l'annonce du Hamas est une tentative de modifier le rapport de force. Car aujourd'hui, le rapport de force est tel que ce sont les Israéliens qui imposent les choses. Mais il faut rester extrêmement prudent.  

Quel rôle reste-t-il alors pour l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas dans cette transition à Gaza ?

L'Autorité palestinienne est mise à l'écart de ce processus. Les Israéliens refusent qu'elle s'implique dans le plan de paix à Gaza, car cela transformerait la question en une question palestinienne globale, englobant la Cisjordanie. Ce plan de paix en vingt points est un projet centré sur Gaza et qui enferme la question palestinienne à Gaza. Même si une phrase à la fin du document évoque de très loin une option d'"autodétermination" ou la création d'un État, il n'est pas question de Cisjordanie.