
Le président français Emmanuel Macron (à droite) et le président syrien Ahmad al-Chareh arrivent pour un dîner dans un restaurant de la vieille ville de Damas, le 6 juillet 2026. © Ludovic MARIN / AFP
C'est une visite inédite en Syrie. Le chef de l'État français est le premier dirigeant d'une puissance occidentale à se rendre dans le pays depuis la chute de Bachar al-Assad et l'arrivée au pouvoir fin 2024 d'une coalition islamiste menée par Ahmed al-Charah.
Emmanuel Macron va d'abord s'entretenir avec des représentants de la société civile mardi 7 juillet. Il sera ensuite accueilli par son homologue au palais présidentiel pour un entretien puis un "forum économique consacré à la reconstruction de la Syrie et aux corridors stratégiques".
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Au sortir de plus de treize années de guerre civile qui l'avaient isolée sur la scène internationale, la Syrie aimerait "se repositionner comme porte de l'Orient pour l'Union européenne", analyse Arthur Quesnay, chercheur affilié à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. L'enjeu est d'offrir des routes maritimes, terrestres et de connectivités alternatives vers l'Irak et le Golfe.
Emmanuel Macron est accompagné de plusieurs dirigeants d'entreprises françaises, dont ceux de CMA-CGM Rodolphe Saadé et de TotalEnergies Patrick Pouyanné. Des signatures d'accords sont prévues, même si les investisseurs se montrent encore timides.

Dans un entretien avec la chaîne française BFMTV lundi, Ahmad al-Charah a souligné "les énormes opportunités d'investissement" dans son pays. La France va participer à "la reconstruction d'infrastructures dans des secteurs comme le tourisme, l'agriculture, l'industrie", et Damas s'apprête à commander huit avions au constructeur européen Airbus, a-t-il ajouté.
Mosquée des Omeyyades
Lors d'une conférence de presse conjointe avec le dirigeant de la transition, le président français pourra redire "l'engagement de la France auprès du peuple syrien", "pour une Syrie souveraine, unie dans sa pluralité et en paix avec ses voisins", comme il l'a fait sur X à son arrivée.
Il devrait insister sur le "respect" du Liban voisin, et la nécessité d'une non-ingérence d'Israël en Syrie.
Après son atterrissage, il s'est affiché dans un cadre informel avec le président Charah, dans un restaurant du vieux Damas puis, tous deux en bras de chemise, dans la célèbre mosquée des Omeyyades à Damas.

"En ces jours incertains pour la région, la Syrie renaît grâce et par son peuple, à travers son unité et son goût pour l'avenir. Et la France est là, à ses côtés", a écrit le chef de l'État français dans le livre d'or, avant une dernière étape nocturne, dans la même voiture, pour admirer ensemble les lumières de la capitale depuis le mont Qassioun.
Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à accueillir Ahmad al-Charah, en mai 2025, lorsqu'il avait fait le pari d'accompagner la transition syrienne en s'affichant à l'Élysée avec cet ancien jihadiste. Malgré les critiques de ses opposants de droite et d'extrême droite en France, pays encore marqué par les attentats jihadistes de 2015, orchestrés depuis la Syrie.
La visite à Paris avait précédé un autre déplacement, encore plus stratégique, du dirigeant syrien à Washington auprès de Donald Trump, et la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie.
Si l'Élysée inscrit ce déplacement à Damas dans le droit fil du soutien français à la révolution syrienne, Emmanuel Macron devrait insister sur la nécessité d'inclure pacifiquement à l'État syrien les Kurdes, qui ont combattu avec les Occidentaux contre le groupe jihadiste État islamique. Et de protéger les minorités.
Le chef de l'État français se rendra dans la foulée à Ankara pour le sommet de l'Otan. Emmanuel Macron s'y entretiendra mercredi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, avec lequel le dossier syrien pourra être évoqué. Dans la capitale turque, le président syrien rencontrera lui Donald Trump.
AFP
