
Le Parlement libanais a entériné jeudi l'état d'urgence décrété à Beyrouth après l'explosion dévastatrice au port alors que la ministre française des Armées, Florence Parly, entame une visite de soutien dans un contexte social et politique agité.
Beyrouth est officiellement sous état d'urgence. Le Parlement libanais a entériné jeudi 13 août la décision du gouvernement prise après l'explosion dévastatrice au port. Plus d'une semaine après la tragédie du 4 août ayant fait 171 morts et plus de 6 500 blessés, le contexte social reste agité à Beyrouth, les Libanais exprimant leur colère contre leur classe politique jugée responsable de l'explosion mais aussi de la crise libanaise. Dans le même temps, la ministre française des Armées, Florence Parly, entame une visite de soutien.
Dans un Beyrouth sinistré, où des quartiers entiers ne sont plus que des champs de ruines, des appels à manifester – peu suivis – ont circulé sur les réseaux sociaux pour empêcher la tenue de la séance parlementaire, qui a débuté à 11 h (8 h GMT) dans un palais des congrès de la capitale.
Présidée par le chef du Parlement, Nabih Berri, en poste depuis 1992, la séance – la première depuis le drame – s'est ouverte avec la remise officielle des démissions de plusieurs députés qui protestent contre l'incurie du pouvoir, illustrée par l'explosion du port.
Les politiques sous pression
Le drame du 4 août, catastrophe de trop pour des Libanais déjà éreintés par une crise économique, a relancé un mouvement de contestation déclenché à l'automne 2019 contre l'intégralité de la classe politique, accusée de corruption, d'incompétence et de négligence, et aujourd'hui jugée directement responsable de l'explosion.
De nombreux responsables étaient au courant, parfois depuis des mois, voire des années, de la présence dans un entrepôt du port de tonnes de nitrate d'ammonium, et ce depuis six ans, de l'aveu même de certains officiels et selon des sources sécuritaires.
Jeudi, le Parlement a officiellement entériné l'état d'urgence, décrété par le gouvernement au lendemain du drame pour deux semaines. Le vote était nécessaire car, pour toute durée dépassant huit jours, le Parlement doit donner son accord, selon l'ONG Legal Agenda.
Il n'était pas clair dans l'immédiat, après le vote des députés, si l'état d'urgence débutait jeudi, ou s'il était déjà considéré en vigueur depuis le 5 août.
Le gouvernement avait précisé qu'en vertu de l'état d'urgence, un pouvoir militaire suprême serait chargé des prérogatives en matière de sécurité.
Pour l'ONG Legal Agenda, une telle mesure pourrait "porter atteinte à la liberté de manifester" et permettrait à l'armée "d'empêcher les rassemblements considérés comme une 'menace à la sécurité'".
Ces derniers jours, des heurts ont secoué les abords du Parlement à plusieurs reprises, les forces de l'ordre tirant des gaz lacrymogènes contre des manifestants jetant des pierres.
Florence Parly va rencontrer Michel Aoun
Dans le même temps, les visiteurs étrangers se succèdent à Beyrouth. La ministre française des Armées, Florence Parly, et le sous-secrétaire d'État pour les Affaires politiques, David Hale, numéro trois de la diplomatie américaine, se déplacent jeudi dans la capitale libanaise.
"C'est une visite de soutien, qui sert notamment à réitérer les messages du président de la République (..) et qui traduit le rôle majeur de la France dans la réponse de crise", a déclaré à l'AFP Noor Akl, attachée de presse de l'ambassade de France à Beyrouth.
Le cabinet de la ministre avait également indiqué mercredi que l'un des objectifs était "de déblayer le port pour le rendre de nouveau opérationnel".
Ce déplacement intervient une semaine après celui du président Emmanuel Macron, qui a promis de l'aide aux Libanais et exhorté les autorités à engager des réformes structurelles pour pouvoir bénéficier d'une aide internationale à la reconstruction.
La visite de Florence Parly intervient aussi en pleines tensions en Méditerranée orientale, une zone riche en hydrocarbures et disputée entre la Turquie et la Grèce. La France y a déployé temporairement deux chasseurs Rafale et deux bâtiments de la Marine nationale, selon un communiqué du ministère français des Armées jeudi.
À Beyrouth, Florence Parly doit effectuer une tournée sur le lieu de l'explosion et s'entretenir avec le président Michel Aoun ainsi qu'avec le commandant en chef de l'armée libanaise, Joseph Aoun.
La ministre doit accueillir dans la nuit de jeudi à vendredi le porte-hélicoptères Tonnerre, qui transporte un groupement génie de l'armée de terre ainsi qu'un détachement de plongeurs démineurs de la Marine nationale, afin de vérifier qu'il n'y a pas d'épaves rendant difficile l'accès du port. De l'aide alimentaire, notamment du blé, ainsi que des matériaux de construction fournis par différents ministères français et par des entreprises privées sont également transportés par le bâtiment.
De son côté, le sous-secrétaire d'État américain pour les Affaires politiques, David Hale, également en visite à Beyrouth, a annoncé jeudi que le FBI allait se joindre aux enquêteurs libanais et internationaux pour tenter de déterminer les causes de l'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth.
La justice va interroger des ministres
Par ailleurs, le parquet libanais va interroger à partir de vendredi plusieurs ministres, anciens et actuels, au sujet de la présence pendant des années au port de Beyrouth des tonnes de nitrate d'ammonium.
"L'interrogatoire va commencer vendredi avec l'ex-ministre des Travaux publics Ghazi Aridi, avant la convocation la semaine prochaine" de trois autres ministres au moins, dont l'actuel ministre démissionnaire des Travaux publics, Michel Najjar, a précisé à l'AFP la source judiciaire.
Des ministres des Finances ou de la Justice, anciens ou actuels, seront également convoqués, d'après cette source.
"Si un manquement ou une négligence étaient constatés de la part d'un ministre, la justice (régulière) ne sera pas compétente pour les poursuivre", a-t-elle ajouté.
Le procureur général devra alors transférer leur dossier au Parlement, car la compétence reviendra à un Conseil spécial chargé des poursuites contre les ministres et les présidents.
Avec AFP