
Agente de liaison de la Résistance, Cécile Rol-Tanguy, est décédée vendredi à l'âge de 101 ans. Veuve du chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI) d’Île-de-France, elle était aux premières loges lors de la Libération de Paris.
Cécile Rol-Tanguy appartenait à ces héroïnes de l’ombre qui ont refusé de se soumettre à l’Occupation. Cette grande résistante est décédée vendredi 8 mai à l'âge de 101 ans, le jour du 75e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe, a indiqué sa famille dans un communiqué.
"Avec elle disparaît une des dernières figures de la Résistance intérieure française et plus précisément de la Libération de Paris en août 1944", poursuit le texte. Cécile Rol-Tanguy était la veuve du colonel Henri Rol-Tanguy, l'un des principaux acteurs de la Libération de Paris, décédé en 2002.
En 2014, à l'occasion des 70 ans de cette Libération, elle était revenue pour France 24 sur son engagement. En juin 1940, Cécile Le Bihan, de son nom de jeune fille, une jeune dactylo élevée dans une famille communiste, fait le choix de la résistance. Alors qu’Henri Tanguy, qu’elle vient tout juste d’épouser, est pris dans la débâcle de l’armée française, elle commence à rédiger des tracts pour le syndicat des Métallos : "Mon mari m’avait toujours dit que notre ennemi principal était le fascisme. En voyant les Allemands dans Paris en 1940, je n’ai pas hésité."
Lorsque son époux est enfin démobilisé au mois d’août, le couple décide de lutter ensemble. Ancien des Brigades internationales durant la guerre d’Espagne (1936-1939), Henri a l’expérience de la lutte armée. Il rejoint d’autres militants communistes dans la clandestinité, tandis que Cécile devient son agent de liaison.
"On ne fait rien si on a la peur au ventre"
Pendant quatre ans, de planque en planque, la jeune femme transporte des messages mais aussi des armes. Elle n’hésite pas à remplir ses missions avec ses enfants, encore bébés. "C’était plus facile de mettre un revolver ou une mitraillette dans un fond de landau ! Mais je n’étais pas la seule, on prenait ce qu’on avait sous la main !", raconte-t-elle avec une incroyable décontraction. Le danger est pourtant omniprésent.
Au cours de ces sombres années, elle perd beaucoup d'amis suite à des arrestations. Son propre père, membre du Parti, décède à Auschwitz en 1942 après avoir été déporté. "Cela fait mal, mais cela ne m’a jamais arrêté, confie la vieille dame aux abords fragiles, mais au discours encore bien déterminé. Souvent après, on se dit 'là j’étais près d’y passer', mais sur le coup, on ne fait rien si on a la peur au ventre. J’avais confiance dans tout ce qu’on faisait."
Au fur et à mesure de la guerre, Henri Tanguy prend de plus en plus de responsabilités au sein des FTP (Francs-tireurs et partisans). En mai 1944, sous le pseudonyme de Rol (du nom d’un de ses camarades tué durant la Guerre d’Espagne), il est nommé chef régional des FFI, qui regroupent toutes les composantes de la résistance. Durant plusieurs semaines, il prépare activement la Libération de la capitale française. Le 18 août, il décrète la mobilisation générale et ordonne aux Parisiens de prendre les armes. Deux jours plus tard, avec son État-major et bien entendu sa femme, il installe son poste de commandement dans un abri souterrain de la place Denfert-Rochereau.
Dans ce dédale relié aux postes d’égout de Paris, Cécile Rol-Tanguy assure le secrétariat de son mari et une partie de son travail de liaison : "Henri a beaucoup circulé à ce moment-là, moi j’étais bloquée en bas pour relayer les communiqués. (…) Quand je vais au musée du général Leclerc à Montparnasse et que je vois certains documents, je me dis ‘Ah c’est moi qui les ai tapés !’ Je reconnais les formulations de mon mari."
Durant une semaine, l’État-major des FFI coordonne les combats des résistants dans les rues de la capitale. Même si certains historiens estiment que le commandement de Rol-Tanguy a été parfois dépassé par les événements, son épouse loue son action : "Ils ont réagi comme il fallait. Quand il y a eu la trêve, mon mari a décidé de ne pas l’accepter en accord avec l’État-major. Il a aussi été décisif quand il a fait faire les barricades. C’était une réaction du peuple et cela a tout de suite pris."
Le 24 août au soir, les premiers éléments de la 2e Division blindée (DB) du général Leclerc font leur entrée dans Paris. Dans le souterrain, les résistants peuvent enfin laisser éclater leur joie. "Quand on nous l’a annoncé, nous n’avons pas entendu les cloches sonner, mais on a fait une bataille de polochons avec les filles qui étaient avec moi", se souvient l’ancienne FFI en revivant la scène. "Le lendemain, mon mari m’a dit ‘je te rappelle que tu es femme de colonel, tu n’as pas à faire ça’, mais moi cela m’est passé au-dessus !", ajoute-elle dans un éclat de rire.
"Un peu de folie"
Alors que la France se reconstruit peu à peu, la jeune femme reprend aussi un quotidien plus normal. Tandis qu’Henri Rol-Tanguy poursuit une carrière de militaire, elle s’occupe de leurs quatre enfants. "Cela m’a beaucoup changé, souligne l’ancienne résistante, autrefois surnommée Jeanne ou encore Lucie dans la clandestinité. Mais je n’ai pas regretté cette période car on était 24 heures sur le qui-vive. J’ai surtout regretté tous ceux qu’on avait laissés en route."
Soixante-dix ans après ces événements, les visages des disparus ne l’avaient jamais quittée. "Quand je vais à la cloche au Mont Valérien, tous ces noms que je retrouve, cela me bouleverse. On me tire pour que je m’en aille."
"Jusqu'à son dernier souffle, Cécile Rol-Tanguy témoignera de sa fidélité à l'utopie généreuse du communisme, à ses engagements de jeunesse pour la justice sociale et l'émancipation des femmes", a ainsi insisté sa famille dans son communiqué.