logo

Décès de Katherine Johnson, mathématicienne et héroïne des "Figures de l'ombre"

Cheville ouvrière du programme de conquête spatiale de la Nasa dans les années 1950, Katherine Johnson est décédée, lundi, à l'âge de 101 ans. L'histoire de cette mathématicienne afro-américaine a inspiré un livre, puis un film "Les figures de l'ombre".

La scientifique Katherine Johnson, rendue célèbre par le film "Les figures de l'ombre", est décédée lundi 24 février, à l'âge de 101 ans.

C'est par un communiqué que la Nasa a annoncé sa disparition. "La Nasa est très triste de la perte de l'une de nos pionnières", peut-on lire dans ce texte. "Madame Johnson a permis d'aider notre nation à élargir les frontières de l'espace tout en permettant d'ouvrir les portes aux femmes et aux personnes de couleur dans cette quête universelle pour explorer l'espace. Ses efforts et ses compétences ont permis d'envoyer des êtres humains sur la Lune".

The @NASA family will never forget Katherine Johnson's courage and the milestones we could not have reached without her. Her story and her grace continue to inspire the world. https://t.co/UPOqo0sLfb pic.twitter.com/xwnRX9oZoi

— Jim Bridenstine (@JimBridenstine) February 24, 2020

À voir – "Les Figures de l’ombre" ou les tweets de Thomas Pesquet : tout est bon pour déclencher des vocations vers l’espace

Cette chercheuse mathématicienne, particulièrement reconnue pour son travail sur la mission Apollon 11, a été à la fois un emblème pour les femmes mais aussi pour les Afro-Américains, qui ont tous deux eu un accès très limité à cette profession.

Avec d'autres femmes scientifiques afro-américaines, comme Dorothy Vaughan et Mary Jackson, elle a joué entre les années 1940 et 1960 un rôle crucial dans la recherche aérospatiale américaine. Pendant sa carrière de trois décennies pour l'agence spatiale, Katherine Johnson a développé des équations cruciales ayant permis aux États-Unis d'envoyer des astronautes en orbite et sur la Lune, des formules toujours utilisées dans la science aérospatiale contemporaine. Elle a notamment calculé les trajectoires d'Apollo 11, la mission historique qui a fait de Neil Armstrong le premier homme à marcher sur la Lune en 1969.

Des dizaines d'Afro-Américains des deux sexes travaillaient alors comme mathématiciens et physiciens pour le programme spatial, tout en étant victimes des lois ségrégationnistes, qui les forçaient à utiliser des toilettes séparées de celles des Blancs, à ne pas manger dans les mêmes restaurants ou encore à fréquenter d'autres écoles. C'est seulement en 1958 que l’équipe de Katherine Johnson a été intégrée à d'autres divisions de la Nasa, pour faire partie du premier programme de vol spatial habité des États-Unis.

Cette histoire a inspiré l'auteure Margot Lee Shetterly pour son livre "Les figures de l'ombre", adapté au cinéma en 2016 par Theodore Melfi.

Une reconnaissance tardive

Après avoir reçu la médaille présidentielle de la Liberté en 2015 des mains de Barack Obama, Katherine Johnson a aussi été récompensée en 2017, par la Nasa. L'agence spatiale pour laquelle la scientifique a travaillé à partir de 1953 avait choisi de nommer son nouveau centre de recherche en son honneur.

"Vous voulez mon avis honnête ? Je pense qu'ils sont dingues", avait confié à cette occasion avec humour Katherine Johnson en apprenant le choix de la Nasa. David Bowles, le directeur du centre de recherche de Langley, avait quant à lui expliqué dans un communiqué de presse qu'il "ne pouvait imaginer un meilleur hommage à Mme Johnson, son personnage et ses accomplissements en donnant à ce centre son nom."