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Au Maroc, le journaliste Omar Radi placé en détention pour un tweet critiquant la justice

Journaliste marocain et militant des droits humains, Omar Radi a été placé en détention jeudi pour avoir publié un tweet dénonçant une décision de justice contre des membres du Hirak, mouvement de contestation sociale qui a agité le nord du Maroc en 2016 et 2017.

Son arrestation a provoqué une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Le journaliste et militant des droits humains marocain, Omar Radi, a été placé en détention, jeudi 26 décembre, pour un tweet dénonçant une décision de justice, selon son avocat, Maître Saïd Benhammami.

Ce dernier a indiqué qu'Omar Radi avait été entendu plus tôt dans la journée par la police judiciaire qui l'a déféré devant le procureur. Celui-ci a alors décidé de le placer en détention et son procès a débuté dans la foulée, en soirée.

Au cours de cette première audience, qui s'est déroulée devant le tribunal de première instance de Casablanca, ses avocats ont demandé sa remise en liberté provisoire. Une requête rejetée par le tribunal. La prochaine audience a été fixée au 2 janvier.

"Outrage à magistrat" puni d'un mois à un an de prison

Omar Radi est jugé en vertu de l'article 263 du Code pénal. Cette disposition punit d'un mois à un an de prison "l'outrage à magistrat", selon Me Benhammami.

Selon sa défense, le journaliste, âgé de 33 ans, est poursuivi pour un tweet publié en avril. Il y fustigeait le verdict d'un magistrat contre des membres du Hirak, un mouvement de contestation sociale qui a agité le nord du Maroc en 2016 et 2017. Un juge de la Cour d'appel de Casablanca avait alors confirmé des peines allant jusqu'à vingt ans d'emprisonnement de 42 membres du Hirak.

"Lahcen Talfi, juge de la cour d'appel, bourreau de nos frères, souvenons-nous bien de lui. Dans beaucoup de régimes, les petits bras comme lui sont revenus supplier après en prétendant 'avoir exécuté des ordres'. Ni oubli ni pardon avec ces fonctionnaires sans dignité !", avait-il écrit dans son tweet.

Lahcen Talfi, juge de la cour d'appel, bourreau de nos frères, souvenons-nous bien de lui. Dans beaucoup de régimes, les petits bras comme lui sont revenus supplier après en prétendant "avoir éxécuté des ordres". Ni oubli ni pardon avec ces fonctionnaires sans dignité ! https://t.co/MlCAqhPlCX

— Omar Radi (@OmarRADI) April 6, 2019

Indignation et pages de soutien

À la suite de la publication de ce tweet, en avril 2019, le journaliste avait déjà été entendu une première fois par la police judiciaire. Une enquête avait alors été ouverte.

L'arrestation d'Omar Radi, jeudi, a suscité une vague d'indignation sur les réseaux sociaux, et a été dénoncée par Reporters sans frontières (RSF). "Nous exhortons les autorités marocaines à abroger tous les articles du Code pénal applicables à la liberté d'expression et d'information", a écrit RSF dans un communiqué vendredi, appelant à sa "libération immédiate".

Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) a également appelé à "l'annulation immédiate" des poursuites à l'encontre d'Omar Radi. L'association Freedom Now a pour sa part fustigé une escalade de violations des droits humains et de la liberté d'expression dans le royaume, selon elle.

Sur Facebook et Twitter, des pages de soutien au journaliste marocain ont été créées sous le nom de "Free Omar Radi" afin de partager des informations, relayer des articles et fédérer une communauté de soutien autour du journaliste.

La première fois qu'Omar a été convoqué au sujet de ce tweet, c'était en avril 2019. Voila ce qu'il avait rapporté, à sa...

Publiée par Free Omar Radi sur Jeudi 26 décembre 2019

Au Maroc, un nouveau Code de la presse ne prévoyant plus de peines de prison est entré en vigueur en 2016, mais les journalistes continuent d'être poursuivis selon le Code pénal, ce qui n'est pas sans inquiéter les ONG internationales.

Dans son dernier classement annuel sur la liberté de la presse, RSF a classé le Maroc 135e sur 180 pays.

Avec AFP