
En France, l'application de la taxe carbone va être débattue au Parlement. Cet impôt climat-énergie aura pour but de diminuer les émissions de CO2. Mais peut-on réellement déterminer un tarif pour le réchauffement climatique ?
AFP - Une douche chaude, un steak haché, une heure sur internet, un kilomètre en train, en voiture ou en avion : nos moindres faits et gestes sont scrutés à l'aune d'un nouveau mètre étalon, la tonne de CO2. Mais quel prix lui donner ?
Déclinée en kilos ou grammes de CO2, cette unité de mesure permet de quantifier la quantité de dioxyde de carbone, ou 'autres gaz à effet de serre tous rapportés à cette référence commune, que nous émettons dans l'atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement de la planète.
Elle permet d'utiles comparaisons internationales: un Français émet en moyenne 6 tonnes de CO2 par an, un Américain 20, un Ghanéen 0,4.
Elle offre aussi un outil précieux pour faire des choix : la production d'un kilo de viande de veau rejette, par exemple, la même quantité de gaz à effet de serre qu'un trajet en voiture de 220km.
Le débat - passionnel - sur la taxe carbone, a mis en lumière la question sensible du prix de la tonne de CO2. Le groupe 'expert présidé par Michel Rocard a préconisé un prix plancher de 32 euros, le gouvernement avance le chiffre de 14 euros.
La méthode la plus "parfaite" consiste à tenter d'évaluer quel sera le coût, pour les générations futures, des dommages liés à une tonne de dioxyde de carbone aujourd'hui émise dans l'atmosphère.
Séduisante, cette méthode trouve cependant ses limites. En l'absence de consensus parmi les économistes, elle conduit ujourd'hui à une fourchette relativement large, allant de 10 à 100 euros la tonne.
"La question centrale, c'est : que vaut aujourd'hui le coût d'un dommage lié au réchauffement climatique (qui se produira) dans 50, 100 ans ou 200 ans ?", explique l'économiste Christian de Perthuis, professeur associé à l'Université Paris-Dauphine.
L'autre méthode, retenue par Michel Rocard, consiste à partir d'objectifs chiffrés (pour la France, division par 4 des missions de GES d'ici 2050) et de calculer le prix du carbone qui obligera les acteurs économiques à s'adapter dans les délais.
"Plus vous mettez un prix élevé, plus les ménages et les industriels vont faire des efforts pour réduire leurs émissions de O2", explique Christian Gollier, professeur d'économie à l'université Toulouse I.
Une troisième méthode consiste à mettre en place un "marché de permis" comme l'Europe l'a fait pour l'industrie lourde producteurs d'életricité, d'acier, de ciment etc...), et observer quel est le "prix du marché".
Mais à l'image de celui du marché du pétrole ou du charbon, ce dernier peut être d'une grande volatilité. Aujourd'hui autour de 15 euros, la tonne flirtait avec les 30 euros à l'été 2008.
Au-delà des différents modèles retenus, la fixation du prix de la tonne de CO2 revient à faire un arbitrage entre actions à court terme et bénéfices (ou, à l'inverse, conséquences dramatiques) à long terme.
"Quel coût sommes-nous prêts à payer aujourd'hui pour éviter des dommages trop importants à nos enfants et nos petits nfants ? Au plan théorique, l'arbitrage est là", explique Christian de Perthuis.
Pour la taxe carbone, le raisonnement est le même, souligne en écho Christian Gollier: plus le point de départ est bas, plus 'deffort demandé par la suite sera important.
"Partir de 15 euros (la tonne de CO2) signifierait sans doute entamer le marathon à très faible vitesse et obligerait à aller rès vite sur les 10 derniers kilomètres".