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Bienvenue à l’hôtel Intercontinental de Kaboul

Envoyée spéciale de FRANCE 24 à Kaboul, Leela Jacinto constate que l’incontournable hôtel Intercontinental est devenu le centre nerveux du pays depuis le scrutin du 20 août. L’ambiance y est parfois aussi tendue que dans la rue.

Quelques jours après le scrutin présidentiel du 20 août, les médias continuent de s'agiter. Mais c'est désormais dans les salles de conférence, les cafés et les couloirs de l’hôtel Intercontinental de Kaboul, une imposante bâtisse de style soviétique située au pied des montagnes de l’Hindu Kush qui surplombent l’ouest de la capitale afghane, que les journalistes se démènent.

Car toutes les conférences de presse se passent ici : celles de la Commission électorale indépendante, celles de la Mission d’observation des élections de l’Union européenne (UE), celles de l’Institut républicain international basé aux États-Unis, ou encore celles de l’Institut national démocratique. Toutes nationalités confondues, les journalistes passent leurs journées à courir entre les différentes salles de conférence, profitant de chaque pause pour discuter avec les observateurs internationaux et les diplomates occidentaux présents dans les couloirs de l'hôtel, le temps d'un coca ou d'une cigarette.

La fraîcheur de l’Intercontinental, dont chaque pièce est climatisée, pourrait trancher avec la chaleur extérieure, la poussière de la rue, et la tension générée par les élections afghanes. En dépit des murs fortifiés, l'atmosphère de l'hôtel est, pourtant, tout aussi moite qu'à l'extérieur.

Rassemblés dans le bâtiment d'où se dégage une ambiance de “victoire démocratique pour les Afghans”, les journalistes perdent, pour une fois, patience.

Parce que nous avons tous vu que le nombre de reporters dépassaient le nombre d’électeurs dans les bureaux de vote, à Kaboul. Parce que nous avons parlé à nos collègues et observateurs dans le pays, qui racontent comment ils ont esquivé les roquettes près des bureaux de vote. Parce que nous avons, enfin, constaté l’absence d’observateurs pendant la période critique du recompte des voix, une fois les bureaux de vote fermés.

Les journalistes afghans ont, notamment, du mal à garder leur calme. Le 23 août, la conférence de presse de la mission d'observation de l'UE dérape. “Vous dites que le taux de participation est faible, qu'il y a eu des attaques dans le sud, que beaucoup de rapports évoquent des inégalités. Et pourtant, vous dites que l’élection était globalement juste ?”, interroge un reporter, sarcastique.

Quelques secondes plus tard, une autre question acerbe fuse.  “Comment pouvez-vous déclarer que l’élection a été bonne alors que vous êtes plus concerné par votre propre sécurité que par la bonne tenue du scrutin et par sa surveillance ?", lance un journaliste. Nous le savons tous : les restrictions imposées aux Européens en matière de déplacement en Afghanistan empêchent  les membres de la mission de l'UE d'avoir accès à la plupart des régions du pays.


Face à la meute,  Philippe Morillon, le chef de la mission d’observation de l’UE, tente de faire face. Mais il ne supporte pas ces remarques. L’ancien général français se lance dans un discours enflammé. “Le ton de la question n’est ni amical, ni mérité, rétorque-t-il. La sécurité de notre personnel est bien sûr importante, mais nous ne sommes pas dans un bunker, nous sommes ici mêlés à la population. Nous sommes en Afghanistan pour aider le processus global, qui est loin d'être terminé.”


Dans la salle, le sermon est accueilli par les applaudissements d'une seule personne. La plupart des journalistes afghans sourient. Quant aux reporters étrangers, la perplexité se lit sur leur visage.

Quelques minutes plus tard, la conférence de presse est terminée. Nous nous précipitons tous pour prendre un café et déblatérer sur ces derniers échanges. Mais nous n’avons guère de temps. La prochaine conférence de l’Institut national démocratique commence sous peu, suivie de celle de la commission électorale indépendante afghane.

Tout le monde prédit que rien de nouveau ne va en sortir. Alors, les journalistes gambergent et se posent cette sempiternelle question : dois-je encore rester ici, en espérant glaner encore quelques informations, ou est-il temps d'aller écrire ou palabrer devant la caméra ?

Une question que beaucoup de confrères avant nous se sont déjà posés entre les murs de l'hôtel Intercontinental, qui a tout vu en Afghanistan : l’invasion soviétique des années 1970, les guerres des moudjahiddines, l’époque talibane, l’invasion américaine de 2001 et, dernièrement,  la mission internationale pour la reconstruction du pays.