
Au terme de trois semaines de crise des Gilets jaunes, le président doit s'exprimer lundi à 20 heures pour annoncer, selon son entourage, des mesures concrètes. Il n'a rien dévoilé sur le contenu lors de sa rencontre avec les partenaires sociaux.
C'est, sans nul doute, le discours le plus important depuis le début de son quinquennat. Emmanuel Macron, qui s'exprimera publiquement pour la première fois depuis plus d'une semaine, va devoir "trouver des mots qui apaisent"face à la crise des Gilets jaunes, a affirmé, lundi 10 décembre, le ministre des Finances, Bruno Le Maire.
Il s'agit de tenter d'éviter un "acte V" de la contestation, alors que des appels à manifester sont déjà lancés sur les réseaux sociaux pour le 15 décembre. L'acte IV a rassemblé samedi quelque 136 000 manifestants et s'est soldé par un nombre record d'interpellations, plus de 320 blessés et encore des dégâts dans de nombreuses villes, particulièrement à Paris, Bordeaux et Toulouse.
Le chef de l'État, qui entend renouer le dialogue, a préparé son allocution en s'entretenant avec les responsables des syndicats, du patronat, des deux assemblées et des associations d'élus locaux, réunis pendant quatre heures. À la sortie, plusieurs participants ont déclaré que le président les avait écoutés, mais sans donner "aucun élément de réponse" sur ce qu'il allait annoncer, selon le patron de la CFDT, Laurent Berger.
"Aucune mesure n'a été annoncée, le président nous a simplement écoutés. Ce qu'on a entendu, c'est qu'il y aurait du concret, du solide", a néanmoins ajouté Hervé Morin, président de Régions de France.
Pas de "coup de pouce" au smic
Si rien n'a filtré de cette réunion, l'exécutif est, selon des sources gouvernmentales, en train de revoir largement sa copie et sa feuille de route pour janvier. Le président de la République pourrait frapper fort en décidant de supprimer, dès 2019, la taxe d’habitation pour 80 % des Français, alors que la réforme mise en place cette année prévoit à l'origine une extinction en trois temps. Dans les coulisses se murmure également une prime sur la mobilité ainsi qu'une prime exceptionnelle. Seule certitude : "Les mesures annoncées devront être mises en place très rapidement", estime Karim Yahiaoui, journaliste pour France 24.
D'autres mesures ne devraient pas voir le jour. Pas de "coup de pouce" au smic, a assuré la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Une augmentation du salaire minimum supérieure à l'indice de l'inflation, demandée par de nombreux manifestants, détruirait des emplois, a-t-elle argué. Bruno Le Maire a également exclu de revenir sur la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités. L'impôt sur la fortune (ISF), réclamé également par de nombreux Gilets jaunes, ne devrait pas non plus être rétabli.
D'ores et déjà, la crise va faire perdre 0,1 point de croissance à la France sur le dernier trimestre de cette année, a estimé Bruno Le Maire. La Banque de France a divisé par deux, à 0,2 % contre 0,4 % précédemment, le taux de croissance du PIB français pour le quatrième trimestre. "Ce n'est pas rattrapable, a reconnu le ministre. C'est la réalité. Celle des commerçants, des indépendants, qui ont vu leurs magasins samedi abîmés, vandalisés, pillés."
"On attend une sincérité"
Le discours est très attendu par les Gilets jaunes, qui ont fustigé le "silence" du président, dont ils réclament chaque jour la "démission" sur les ronds-points qu'ils occupent. "Il va falloir des mesures fortes et concrètes tout de suite, mais on a peu d'espoir", a déclaré à l'AFP Laetitia Dewalle, porte-parole de la contestation dans le Val-d'Oise. Au-delà des annonces, "on attend une sincérité" de la part d'Emmanuel Macron, "qu'il ne soit pas dans un rôle", a-t-elle ajouté. Le discours à la Nation sera "aussi important sur le fond que la forme", assure Karim Yahiaoui. "De sa posture va découler la suite du mouvement."
Pour calmer leur colère, la majorité plaide pour "accélérer" les baisses de taxes déjà engagées et associer davantage les Français à la conduite des affaires de l'État. "Notre mandat, c'est la baisse des taxes", a insisté Stanislas Guerini, nouveau délégué général de La République en marche, jugeant que la majorité devrait "peut-être accélérer" sur ce terrain face aux revendications des manifestants.
Le discours sera aussi scruté par la classe politique. Les députés socialistes, Insoumis et communistes, pourraient décider de déposer une motion de censure contre le gouvernement en fonction des annonces du président, a précisé Boris Vallaud, député PS des Landes.
Avec AFP