Les élections législatives pakistanaises se dérouleront, mercredi, sous haute tension. Alors que les dernières semaines ont été marquées par des attentats meurtriers lors de meetings, l'ancien champion de cricket Imra Khan fait figure de favori.
Quelque 106 millions de Pakistanais sont appelés aux urnes, mercredi 25 juillet, lors des élections législatives. Depuis 2013, le parti de la Ligue musulmane pakistanaise (PML-N), au pouvoir, espère remporter un nouveau mandat sous la houlette de son chef de file Shahbaz Sharif. Mais le PTI, ou "Mouvement pour la justice au Pakistan" de l’ancien champion de cricket Imran Kahn, pourrait bien contrecarrer ses plans.
Au terme d'une campagne électorale marquée par des violences, les thèses extrémistes, notamment concernant la question sensible du blasphème, ont également gagné du terrain. Le pays a été frappé à la mi-juillet par une série d’attentats sanglants revendiqués par des insurgés fondamentalistes qui ont fait au moins 175 morts. À la veille de ce vote, France 24 vous propose une revue des forces en présence.
Nawaz et Shahbaz Sharif
La Ligue musulmane pakistanaise (PML-N), au pouvoir depuis 2013, fait partie des favoris du scrutin, mais elle est aujourd’hui en difficulté suite aux déboires judiciaires de son ancien chef, Nawaz Sharif. "Le lion du Pendjab", trois fois Premier ministre, est emprisonné depuis le 14 juillet, après avoir été condamné à dix ans de prison pour corruption. La justice pakistanaise lui a ensuite interdit de diriger son parti, puis de participer à tout scrutin à vie.
C’est donc son frère, Shahbaz Sharif, qui a repris les rênes du parti, même si Nawaz reste le chef incontesté. Dépeint comme plus brillant mais moins charismatique, Shahbaz a longtemps dû se contenter des seconds rôles. Mais il occupe une place-clé dans le paysage politique pour avoir dirigé pendant plus de dix ans la province du Pendjab, qui représente plus de la moitié de la population du pays (207 millions). Shahbaz, qui est aussi un influent homme d'affaires, a la réputation d'avoir une personnalité moins opiniâtre et donc plus acceptable que Nawaz aux yeux des militaires.
Imran Khan
Selon les derniers sondages, le PTI serait en tête des intentions de vote à l’échelle nationale par rapport au PML-N. Ce parti, dirigé par l’ancien champion de cricket Imran Khan, a largement bâti sa campagne sur la lutte contre la corruption, insistant à la moindre occasion sur la vénalité supposée des Sharif. La chute spectaculaire de Nawaz Sharif depuis un an lui a ouvert un boulevard électoral, même si une victoire complète reste incertaine.
Nombre de ses détracteurs le jugent inapte à la fonction. Certains le surnomment "Taliban Khan" et l'attaquent pour ses appels répétés au dialogue avec des groupes insurgés violents et pour son soutien à une loi anti-blasphème controversée.
Connu en Occident comme un ancien sportif d'exception aux nombreuses conquêtes, Imran Khan présente en effet un visage beaucoup plus conservateur au Pakistan, où il se veut musulman dévot. Mais pour ses très nombreux partisans, Imran Khan est incorruptible et généreux, lui qui a passé des années après sa retraite sportive à construire des hôpitaux ainsi qu'une université.
Parfois comparé au président américain, Donald Trump, pour ses accents populistes et ses tirades sur Twitter, il juge pour sa part le parallèle "ridicule".
L’ingérence de l’armée
D'autres soupçonnent ouvertement Imran Khan de bénéficier de faveurs de la puissante armée pakistanaise. Celle-ci est en effet en conflit avec le PML-N dont elle était jadis proche. Ce différend s’explique par la volonté de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif, jusqu'à sa destitution il y a un an pour corruption, de réaffirmer la primauté du pouvoir civil sur le militaire et de travailler à un rapprochement diplomatique avec l'Inde.
L'armée assure ne jouer "aucun rôle direct" dans les élections. Pourtant, les observateurs estiment qu'elle garde la haute main sur la politique étrangère et la défense du pays. Elle a été accusée d'interférer lourdement dans cette campagne électorale, où plusieurs cas d'enlèvements, pressions et menaces sur des médias et des candidats et militants politiques ont été rapportés.

La montée des extrémistes
L’armée est également soupçonnée de participer à la prolifération des partis religieux. Elle a proposé d’intégrer les extrémistes à la vie politique pour les détourner de la lutte armée. Ils ne devraient obtenir que peu de sièges parlementaires, mais réformistes et laïques considèrent que leur nombre et leur rhétorique conservatrice ont d'ores et déjà chamboulé le débat politique, en incitant les partis de gouvernement à adopter des positions plus radicales.
Plus de 1 500 candidats issus de mouvements religieux, nouveaux ou anciens, briguent des sièges dans les assemblées nationales et provinciales, alors qu'ils n'étaient que quelques centaines en 2013. Les partis islamistes ont toujours existé au Pakistan mais les nouveaux venus sont souvent beaucoup plus radicaux que les anciens, notamment à l'égard des membres de la PML-N au pouvoir.
Un parti, Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), a même fait du blasphème son unique ligne directrice. Cette organisation soufie a réussi à bloquer la capitale Islamabad pendant trois semaines en novembre dernier sur la question. D'autres groupes extrémistes sunnites, Ahle Sunnat Wal Jamaat (ASWJ) et la Milli Muslim League, liée à Hafiz Saeed, le cerveau présumé des attentats de Bombay en 2008, participent aussi aux élections via d'autres partis moins connus.
Bilawal Bhutto Zardari
Si Sharif et Khan font office de favoris, une troisième formation, le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Bilawal Bhutto Zardari, fils de l'ex-Première ministre assassinée en 2007, Benazir Bhutto, pourrait être appelée à former une coalition avec le vainqueur.
À 29 ans, Bilawal a de qui tenir malgré son manque d'expérience. Les chances de son parti de remporter les élections sont jugées quasi-nulles, mais il pourrait être appelé à jouer le rôle de faiseur de roi en s'alliant à l'un des deux grands favoris. Son père, Asif Ali Zardari, surnommé "Monsieur 10 %" en raison de nombreuses accusations de corruption, fut président du Pakistan de 2008 en 2013 et pourrait aussi nourrir de nouvelles ambitions politiques.
Avec AFP et Reuters