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Manifeste contre l'antisémitisme : un procès "injuste et délirant" contre l'islam

La tribune dénonçant "un nouvel antisémitisme" et appelant à expurger certains passages du Coran a provoqué l'indignation de responsables musulmans, qui ont condamné lundi un "procès injuste et délirant" instruit contre leur religion.

"Le procès injuste et délirant d'antisémitisme fait aux citoyens français de confession musulmane et à l'islam de France à travers cette tribune présente le risque patent de dresser les communautés religieuses entre elles". Dans un communiqué, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a réagi lundi 23 avril à la tribune dénonçant "un nouvel antisémitisme".

"Les citoyens français de confession musulmane majoritairement attachés aux valeurs républicaines n'ont pas attendu (cette) tribune (...) pour dénoncer et combattre depuis des décennies l'antisémitisme et le racisme antimusulman sous toutes ses formes", écrit-il.

Publié dimanche dans le Parisien, le manifeste dénonce la "radicalisation islamiste" et sonne l'alarme contre une "épuration ethnique à bas bruit" dont serait victime la communauté juive en région parisienne.

Les signataires, dont l'ancien Premier ministre Manuel Valls et l'ex-président Nicolas Sarkozy, pressent également les autorités musulmanes de "frapper d'obsolescence" les versets du Coran qui appelleraient "au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants".

Un débat "nauséabond et funeste"

Le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, Abdallah Zekri, a lui dénoncé un débat "nauséabond et funeste" et exhorté les signataires de la tribune à cesser "d'accabler l'islam et les musulmans". "Des hommes politiques sur le déclin et en mal de reconnaissance médiatique ont trouvé dans l'islam et les musulmans de France leur nouveau bouc émissaire", tacle-t-il.

S'ils ne contestent pas la réalité de l'antisémitisme en France, des responsables musulmans joints par l'AFP rejettent tous la virulence des termes et l'opprobre jeté, selon eux, sur l'islam.

"Cette tribune est un non-sens, un hors-sujet. La seule chose à laquelle on adhère, c'est qu'on doit tous être ensemble contre l'antisémitisme", déclare ainsi à l'AFP Ahmet Ogras, le président du Conseil du culte musulman (CFCM). "Personne n'a le monopole de l'oppressé ou de la victime", poursuit-il, jugeant par ailleurs "très fort" le terme d'"épuration ethnique" employé dans la tribune.

Interrogé lundi sur France Inter sur le risque d'une "stigmatisation" des musulmans, l'un des signataires, l'essayiste Pascal Bruckner, a assuré que le manifeste n'appelait "pas à la stigmatisation mais à l'insurrection des bonnes volontés et dans ces bonnes volontés, les musulmans réformateurs, les musulmans libéraux, les musulmans éclairés sont évidemment d'accord".

Avec AFP