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Les députés tchèques reportent le débat sur le traité de Lisbonne

La République tchèque, qui prendra la présidence de l'Union européenne (UE) le 1er janvier 2009, a décidé de reporter au 3 février le débat sur la ratification du traité de Lisbonne. Sans pour autant vouloir en bloquer le processus.

AFP - Les députés tchèques ont décidé mardi de renvoyer au 3 février le débat sur la ratification du Traité de Lisbonne, ce qui va conduire leur pays à prendre la présidence de l'Union européenne le 1er janvier 2009 sans s'être prononcé sur le texte.

Sur les 177 députés présents dans la salle, 159 ont soutenu la proposition de renvoi présentée par la coalition gouvernementale pilotée par le Premier ministre libéral Mirek Topolanek.

Avant les débats, M. Topolanek a assuré que son parti, l'ODS, "ne comptait pas bloquer le processus de ratification", tout en demandant de ne pas précipiter les débats.

"La qualité de la ratification est plus importante que le temps. La présidence (tchèque de l'UE) va durer six mois et prendra fin le 30 juin, tandis que le traité de Lisbonne va influencer la vie de nos citoyens pour les années à venir", a ensuite plaidé le vice-Premier ministre en charge des affaires européennes, Alexandr Vondra (ODS).

Au-delà du vote tchèque, l'avenir du texte dépend de l'Irlande, le seul des 27 à être constitutionnellement contraint de le soumettre à un référendum. Après le "non" émis majoritairement par les Irlandais en juin, Dublin envisage un second référendum.

Les dirigeants de l'UE espèrent boucler d'ici la fin 2009 la ratification du traité, qui pour entrer en vigueur doit avoir être approuvé par les 27 pays membres.

Mardi, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est dit en faveur du maintien d'un commissaire européen par pays membre si cette concession permettait d'obtenir un "oui" irlandais.

Côté tchèque, le processus de ratification a déjà pris des mois de retard du fait de la saisine de la Cour constitutionnelle, qui a fini par donner son feu vert à la mi-novembre, contre l'avis du très eurosceptique chef de l'Etat, Vaclav Klaus.

L'opposition social-démocrate (CSSD) espérait malgré tout un vote avant la fin de l'année et avait obtenu dans ce but la convocation d'une session extraordinaire du parlement.

Pendant les débats, le chef du CSSD Jiri Paroubek a plaidé pour une ratification rapide, en menaçant à défaut de ne pas respecter de trêve politique pendant la présidence tchèque de l'UE.

Les sociaux-démocrates ont pourtant fini par se rallier au renvoi. Ce revirement inattendu pourrait s'expliquer, selon le site d'information www.novinky.cz, par un entretien secret qu'auraient eu MM. Topolanek et Paroubek pendant la session parlementaire.

"Nous n'aurions pas pu réunir les voix nécessaires pour la ratification. J'espère que nous aborderons ces choses-là la semaine prochaine avec M. Topolanek et qu'il y a une bonne volonté au sein de l'ODS pour aborder le processus de ratification en pleine responsabilité", a déclaré M. Paroubek après la suspension des débats.

A la chambre basse, le camp "pro-Lisbonne" réunit les sociaux-démocrates, les Verts et des chrétiens-démocrates (KDU-CSL), deux petits partis qui participent à la coalition de centre-droit. Tous ont plaidé mardi pour la ratification du traité avant la fin de l'année, avant de finalement se rallier aux exigences de l'ODS.

Les communistes, eux, s'opposent au principe d'une ratification parlementaire, en demandant la tenue d'un référendum.

L'ODS, pour sa part, est extrêmement divisé, comme l'a montré son congrès qui a eu lieu le week-end dernier à Prague.

"Il ne faut pas que l'on nous pousse à une décision. Il serait risqué de voter sans un long débat", avait prévenu M. Topolanek avant la session parlementaire. Pour lui, le traité est un mal nécessaire et il faut le ratifier bien qu'il "ne résolve pas tous les problèmes de l'UE".

En perte de vitesse ces derniers mois, les libéraux craignent plus que tout, en soutenant le traité, de voir les électeurs leur faire payer politiquement les effets négatifs attribués à l'UE, "impôts plus élevés, énergie plus chère, permis d'émission de CO2, quotas, interdictions et autres non-sens verts", comme l'a dit le député européen Hynek Fajmon lors du congrès de l'ODS.