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Venezuela : la procureure générale Luisa Ortega refuse de comparaître devant la Cour suprême

Devenue la grande adversaire de Nicolas Maduro, la procureure générale du Venezuela Luisa Ortega a refusé de comparaître mardi devant devant la Cour suprême (TSJ), estimant que son procès était déjà couru d'avance.

Estimant que son procès, un "cirque", et sa future destitution sont déjà courus d'avance, la procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, a refusé mardi de comparaître devant la Cour suprême (TSJ).

"Je ne vais pas me soumettre à ce tribunal inconstitutionnel et illégitime", a déclaré, lors d'une conférence de presse au siège du ministère public, cette figure du chavisme (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013) qui a défié à de nombreuses reprises le pouvoir du président Nicolas Maduro.

"Un cirque qui teindra notre histoire de honte et de douleur"

Le sort de la procureure générale de 59 ans, la plus haute représentante des institutions à défier ouvertement le pouvoir, est entre les mains du TSJ, organisme considéré comme proche du camp présidentiel. Avant sa comparution, elle a été frappée d'une interdiction de sortie du territoire et a vu ses actifs gelés.

"Le TSJ va perpétrer une nouvelle violation (de la loi) pour annuler la dernière institution capable de défendre les personnes et les manifestants", a-t-elle ajouté, alors que le Venezuela est en proie depuis trois mois à une crise politique aiguë.

"C'est pour cette raison que je n'y suis pas allée, je ne vais pas valider un cirque qui teindra notre histoire de honte et de douleur et dont la décision est connue d'avance", a-t-elle dit.

Peu après la fin de son discours, l'audience devant le TSJ, dont le bâtiment était gardé par l'armée, a débuté. Dès son ouverture, le président du tribunal Maikel Moreno a estimé que "la responsabilité de Luisa Ortega" était "d'ordre éthique et moral", avant de laisser la parole au député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, à l'origine de la procédure.

"Cette dame n'a pas toute sa tête"

Ce dernier l'a accusé d'avoir commis des "fautes graves dans l'exercice de ses fonctions" et a exigé que soit évaluée sa santé mentale, car "il est clair que cette dame n'a pas toute sa tête".

Si la Cour suprême entamait un procès et la reconnaissait coupable, Luisa Ortega pourrait être destituée, une décision qui requiert le feu vert du Parlement, seule instance dominée par l'opposition depuis début 2016. Mais depuis un an et demi, le TSJ annule systématiquement toutes les décisions du Parlement, et ne devrait donc pas tenir compte de son avis.

En toile de fond, c'est le discours critique envers le président vénézuélien, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d'approfondir davantage encore les fractures entre les chavistes.

Sous pression, et confronté depuis début avril à des manifestants qui l'accusent du naufrage économique de leur pays, pourtant riche en pétrole, Nicolas Maduro s'accroche au pouvoir avec le soutien de l'armée.

Mardi, l'opposition prévoyait de bloquer les routes pendant six heures pour rejeter le projet d'Assemblée constituante, dont les membres doivent être élus le 30 juillet et qu'elle perçoit comme une tactique du président Maduro pour s'accrocher au pouvoir. Elle organisera à ce sujet un referendum le 16 juillet pour marquer "l'heure zéro" de son "soulèvement" massif contre le régime.

Avec AFP