
Les poils du labrador, des photos de famille sur cartes micro-SD, des capsules temporelles... Astrobotic veut livrer nos objets de Terriens sur la Lune dès 2019.
Elle nous manquerait presque quand le Soleil est là. Notre bonne vieille Lune s'apprête à s'approcher encore un peu plus près du cœur des hommes. Les Terriens pourront "poster" leur objets personnels sur notre satellite naturel dès 2019 grâce à Astrobotic, l'entreprise américaine qui veut décrocher la Lune.
Le 20 juin dernier, Astrobotic a annoncé au salon du Bourget son tout dernier partenariat en date avec ATLAS Space, une entreprise de télécommunications spatiales, pour installer le premier terminal de communications laser sur la Lune. Au total, 11 organismes – des entreprises, gouvernements et universités – ont signé avec Astrobotic pour envoyer des instruments scientifiques, des capsules temporelles, des objets de particuliers ou encore les cendres de défunts sur le sol lunaire lors une première mission inédite courant 2019.
Partenariat entre DHL et @astrobotic pour livrer nos objets personnels sur la Lune avec ce lander #ParisAirLab pic.twitter.com/hensBEACZd
— Rochereuil Chloé (@RochereuilChlo) 21 juin 2017
Du Google Lunar XPrize à la poste lunaire
Poster des colis sur la Lune comme on envoie une lettre à la poste, l’idée a germé dans la tête de John Thornton, PDG d’Astrobotic, en 2008. À l’époque, l’ingénieur se lance dans la course à la Lune organisée par Google, le Google Lunar XPrize – une sorte de Pékin Express spatial qui récompense la première équipe capable de poser un rover sur la Lune. Mais avec les premiers départs prévus pour 2017, il préfère se détourner du concours et viser encore un peu plus haut. "Nous pensions juste que nous ne serions pas prêts", confie John Thornton à Mashable FR.
En étroite collaboration avec la NASA, l’équipe d’Astrobotic met au point le module Peregrine. C’est lui qui alunira pour la toute première mission de l’entreprise, après avoir été propulsé dans l’espace par un partenaire dont John Thornton préfère encore taire le nom – mais quelque chose nous dit que SpaceX pourrait être de la partie. Le PDG d’Astrobotic est formel, il a obtenu l’aval du gouvernement américain chargé de vérifier l’adéquation du projet avec les traités internationaux pour poser son module "postier" sur la Lune en 2019, 50 ans après les premiers pas de l’homme sur le satellite terrestre.
"La Lune est la prochaine étape de l’humanité"
Si en 50 ans, les hommes ont pourtant plutôt boudé la Lune, la dernière décennie a vu une multitude d'acteurs se lancer dans la course. Alors pourquoi maintenant ? Pour John Thornton, la réponse est assez simple : finies les missions aux coûts démesurés, le XXIe siècle est celui du low-cost spatial. Avec les initiatives de Google, de SpaceX, le regain d’intérêt des agences spatiales internationales, et l’avancée technologique, "la Lune devient accessible au monde". Comptez tout de même en moyenne quelques milliers de dollars pour être partenaire de la marque et bénéficier de son cargot de livraison.
"Il vaut mieux construire des exploitations minières autre part que sur Terre"
Seconde urgence : au XXIe siècle, la Terre ne suffit plus aux hommes. Dans une seconde mission en 2024, Astrobotic compte explorer le pôle sud de la Lune pour y trouver de l’eau et des ressources naturelles devenues rares sur Terre. Autrement dit, il s'agit de faire de la Lune le fournisseur officiel de la Terre en ressources minières. "Il vaut mieux construire des exploitations minières autre part que sur Terre, car la Terre est un écosystème fragile que nous devons protéger". John Thornton en est persuadé : "L'humanité ne quittera pas la Terre, mais l’espace et la Lune seront les endroits dont nous tirerons nos ressources".
En attendant de débarquer avec ses machines de forage sur notre satellite naturel, Astrobotic commencera donc par apporter nos (très petits) objets personnels et autres capsules temporelles de ses partenaires à bord de sa première mission.
35 kg de poils de chiens et de photos de famille sur carte micro-SD
Solidement empaquetés dans un conteneur conçu pour résister aux rayons cosmiques sur la Lune – sinon, bye-bye les jolies photos de famille – 35 kilogrammes d’objets divers et variés seront donc acheminés à bord du module Peregrine en 2019. Pour la modique somme de 1,2 million de dollars par kilo (environ 1 million d'euros), n’importe qui peut s’y faire une place. "C’est la première fois que la Lune est accessible à des particuliers", s’enthousiasme John Thornton.
"La Lune est permanente et là pour toujours"
En partenariat avec DHL, Astrobotic propose donc des "moonbox" de plusieurs formats. Comptez 460 dollars (environ 400 euros) pour une petite boîte de 12.7 sur 3.175 millimètres, et jusqu’à 25 000 dollars (environ 22 000 euros) pour une boîte de 2.5 sur 5 centimètres. À ce prix-là, pas étonnant que les "objets" ayant déjà réservé leur place à bord du module d’Astrobotic fassent plutôt partie du monde des Lilliputiens : des poils d’animaux de compagnie (que leur propriétaires devaient vraiment aimer très fort), des cartes micro-SD, des mots d’amour (pliés en très très petits), des "pétales de roses de mariage"… "Nous n’avons encore rien reçu qui provient de France", confie John Thornton. Qui se cotise pour envoyer un pain au choc' ?
"La Lune est permanente et là pour toujours, ça la rend encore plus proche de savoir que vos objets personnels sont là-bas quand vous la regardez depuis la Terre", explique le PDG de l’entreprise. Regarder nos objets depuis la Terre, mais aussi nos défunts : l'une des entreprises partenaires d'Astrobotic, Elysium, propose d’envoyer à bord du coursier les cendres de nos proches décédés.
Le premier musée terrien de l’univers
John Thornton fait le pari que les objets envoyés via Peregrine seront "des monuments d’histoire", les premières traces des colons de la Lune. Trois partenaires d’Astrobotic, Lunar Mission One – qui y enverra plus de 80 000 messages d’enfants partout dans le monde –, MoonArk et sa capsule temporelle gravée dans une petite pièce et Team Puli et ses tablettes en céramique "mémoire de l’humanité", comptent bien profiter du détour pour faire de la Lune le premier musée terrien dans l’espace.
Biodiversity disk made in collaboration w/ @CarnegieMNH + gold Wanderer's Capsule by @RobbGodshaw & Carolina Ramos pic.twitter.com/wRkNaYVkSl
— MoonArk (@CMU_MoonArk) 3 septembre 2016
"Nous atteindrons un moment dans l’histoire où les gens trouveront nos capsules sur la Lune, et ils comprendront comment était la Terre à notre époque", explique le PDG d’Astrobotic. À condition qu’on ait encore des lecteurs de cartes micro-SD quand ça arrivera. Et quand on lui reproche de légèrement entreprendre de polluer le satellite de la Terre – alors même qu’on se bat pour dépolluer notre planète –, John Thornton assure que tous les matériaux du module lunaire seront recyclés lors d'une prochaine mission, à condition, là aussi, que cette dernière ait lieu.
Embarqueront également à bord de Peregrine les instruments de mesure de l’Agence spatiale mexicaine, le rover de l’équipe japonaise et chilienne participant au Google Lunar XPrize, et le système de télécommunications laser d’ATLAS Space. Du beau monde sur cette arche façon 2017. On me dit dans l’oreillette que Noé est très fier de son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière petit fils.
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