
Donnée au second tour de l’élection présidentielle par tous les instituts de sondages depuis plus d’un an, Marine Le Pen ne fait pas la campagne triomphale dont elle rêvait et montre même certains signes de fébrilité dans la dernière ligne droite.
Voilà cinq ans que Marine Le Pen attend la présidentielle de 2017. Le désastre du quinquennat de François Hollande, les bons résultats électoraux du Front national aux élections locales et sa place de favorite du premier tour dans tous les sondages ont fait d’elle la candidate indéboulonnable, quasi-assurée de se qualifier, dimanche 23 avril, pour le second tour. Sa place de finaliste semble tellement assurée que ses concurrents l’ont finalement peu attaquée durant la campagne, jugeant qu’il était sans doute préférable de l’affronter elle plutôt qu’un autre le 7 mai.
Mais au lieu de mener une marche triomphale vers ce fameux deuxième tour, Marine Le Pen semble être passée à côté de sa campagne. Les sondages qui l’avaient toujours placée en tête jusqu’en février ont d’abord montré une érosion dans les intentions de vote en sa faveur. De favorite, la présidente du FN est ensuite tombée à la deuxième place courant mars. Elle se retrouve désormais talonnée, depuis plusieurs jours, par Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.
Le Pen 2012 comme Jospin 2002 ?
"Marine Le Pen a commis l’erreur de faire une campagne de second tour en segmentant énormément son discours en fonction de la cartographie électorale et du public auquel elle s’adressait. Par conséquent, son discours global n’a pas imprimé car il a manqué de cohérence. Cela a donné quelque chose d’un peu mou, on retrouve un peu une ambiance à la Lionel Jospin de 2002", estime Nicolas Lebourg, chercheur à l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, spécialiste de l’extrême droite, contacté par France 24.
Les raisons de cette campagne en demi-teinte sont multiples. En premier lieu, le casting de 2017 ne convient pas à Marine Le Pen. Alors qu’elle pensait se retrouver face à François Hollande et Nicolas Sarkozy, les deux présidents les plus impopulaires de la Ve République, ou encore Manuel Valls, ce sont Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon qui lui sont proposés.
Conséquence directe : l’économie a été au cœur des débats en lieu et place des thématiques chères au Front national comme l’immigration, l’identité nationale, la laïcité et la sécurité. "Avec un Nicolas Sarkozy candidat ou un Manuel Valls, on aurait parlé d’islam, de voile à l’université, de burkini, du porc à la cantine, de jihadisme... autant de sujets qui auraient joué pour elle. Mais avec Macron, Mélenchon, Hamon et, dans une moindre mesure, Fillon, elle a eu face à elle des candidats qui souhaitaient parler d’autre chose", souligne Nicolas Lebourg.
Attaquée par Philippe Poutou sur l’anti-système
Marine Le Pen s’est également fait couper l’herbe sous le pied sur la sortie de l’Union européenne. L’expression "Frexit" est sur toutes les affiches de François Asselineau, tandis que Nicolas Dupont-Aignan et d’autres souhaitent aussi sortir de l’UE et que Jean-Luc Mélenchon menace de claquer la porte.
Même chose pour la candidature anti-système qu’elle souhaite incarner. Du "Dégagez-les tous" de Jean-Luc Mélenchon à la promesse de renouvellement des visages d’Emmanuel Macron, quasiment tous les candidats promettent d’en finir avec l’ancienne classe politique.
Or, comme François Fillon, Marine Le Pen se retrouve à son tour mouillée dans les affaires et a refusé de se rendre à la convocation des juges d’instruction dans l’affaire des emplois fictifs d’assistants FN au Parlement européen.
Une attitude jugée sévèrement par Philippe Poutou, qui n’a pas manqué de lui envoyer une flèche lors de l’unique débat télévisé à 11 candidats. "Le FN se dit anti-système mais se protège grâce aux lois du système avec son immunité parlementaire et refuse d'aller aux convocations policières, donc peinard !", a lancé le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste, par ailleurs ouvrier chez Ford. "Nous, quand on est convoqués par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière, on y va", a-t-il ajouté.
La charge de Philippe Poutou contre François Fillon et Marine Le Pen sur la morale en politique pic.twitter.com/w4TfSeibhC
— RMC (@RMCinfo) 4 avril 2017"Changement de braquet dans les dernières semaines"
Si l’entourage de Marine Le Pen nie tout problème, la fin de campagne de la candidate du Front national est toutefois victime d'un léger flottement. Il y a d’abord eu la déclaration sur la rafle du Vel' d’Hiv. Puis le meeting prévu samedi 15 avril à Toulouse et transféré en urgence à Perpignan. Plusieurs rendez-vous médiatiques ont aussi été annulés à la dernière minute. Et la proposition de moratoire sur l’immigration légale faite lors de son meeting parisien lundi soir est sortie de nulle part.
"Il y a un net changement de braquet dans les dernières semaines avec un discours beaucoup plus musclé sur l’immigration, qui reste le premier item plébiscité par les électeurs frontistes, analyse Nicolas Lebourg. Mais ce désordre final fait penser au sportif qui était favori et qui se rend compte un peu tardivement qu’il s’est mal préparé à l’approche de la compétition."
La campagne de Marine Le Pen connaîtra-t-elle le même sort que celle de Lionel Jospin en 2002 ? Si une élimination au premier tour semble peu probable, elle ne peut être totalement exclue. Le Front national et sa candidate l’ont visiblement compris.