logo

"Les morts d'Angela Merkel"

Au menu de cette revue de presse française, mercredi 21 décembre, les réactions à l’attaque qui a fait 12 morts et 48 blessés, lundi, contre un marché de noël de Berlin. L’accord conclu hier à Moscou sur la Syrie. Et les relations russo-turques, après l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara.

Le + : Recevez tous les matins la Revue de presse de France 24 sur votre iPhone ou sur tout autre mobile. Et également toujours sur votre PC en devenant fan sur Facebook
A la une de la presse française, ce matin, les réactions à l’attaque, lundi soir, contre un marché de noël de Berlin. Un attentat qui a tué 12 personnes, et blessé 48 autres.
«Warum Berlin?», «Pourquoi Berlin?», demande 20 minutes, avec l’image devenue bien trop familière du recueillement en hommage aux victimes. «Une nouvelle fois, écrit le journal, une capitale européenne a été la cible des terroristes, qui ont choisi un lieu symbolique pour frapper et marquer les esprits». Pourquoi Berlin, pourquoi l’Allemagne? «En réponse aux appels lancés pour que soient visés les ressortissants des pays de la coalition», a déclaré hier le groupe Etat islamique, dans un communiqué de revendication. Si l’Allemagne a été frappée «au cœur», ce serait donc pour son engagement au sein de la coalition internationale en Irak et en Syrie, selon l’organisation djihadiste. Mais pour la Croix, «la cible de ceux qui sèment la mort a toujours été nos valeurs» – le fait de «vivre libres, tous ensemble et dans un esprit d’ouverture», a dit Angela Merkel, qui se retrouve attaquée par l’extrême-droite et par une partie de ses compatriotes, non pas pour sa politique étrangère, mais «pour sa politique migratoire», rappelle la Croix. «C’est une culture, c’est monde, une civilisation qui sont civilisés», écrit le Figaro, qui dit espérer «une communion plus grande entre Français et Allemands» -  que «quelque chose va changer en Europe».
«Berlin au cœur», répète l’Humanité, qui parle d’une capitale allemande «endeuillée par le même cauchemar» que Paris et Nice, d’une chancelière aux prises avec des tentatives «d’instrumentaliser les douleurs, de les rendre aveugles». «Qu’importerait, s’indigne l’Huma, s’il s’avérait qu’un immigrant ait commis la tuerie, qu’il ne s’agisse que d’un individu sur un million accueilli en Allemagne, ou qu’un attentat récent n’ait été empêché que par le courage de plusieurs réfugiés!». Alors que l’auteur de cette attaque est toujours dans la nature, et qu’on ignore toujours son identité, Libération dénonce également les réactions des leaders de l’extrême-droite, en Allemagne et ailleurs. «Comme des automates, (ils) ont incriminé la politique d’accueil» d’Angela Merkel et réclamé «le rétablissement des frontières nationales», critique le journal, qui rappelle qu’«il y a des attentats meurtriers aux Etats-Unis, qui ont gardé des frontières nationales, tout comme en Grande-Bretagne, protégée de l’extérieur par la mer, en Turquie, où les frontières sont surveillées, en Inde, au Kenya, en Thaïlande, ou au Canada. La désignation de l’Europe comme bouc-émissaire n’est qu’une imprécation démagogique visant à égarer l’opinion», prévient Libé, qui soutient à la fois le renforcement de la coopération dans le domaine du renseignement, et le combat contre les bases djihadistes. «Ce sont les morts de Merkel», a accusé l’un des responsables du parti populiste AfD au lendemain du drame. «Joyeux noël Madame Merkel. C’est bien vous qui avez fait entrer les loups dans la bergerie», a réagi un internaute français – deux déclarations citées par Slate, qui raconte comment l’hypothèse, relayée par la presse allemande, dont les journaux Bild et Die Welt, et qui s’est finalement avérée fausse, d’un suspect d’origine pakistanaise, possiblement réfugié – comment cette hypothèse, médiatisée a tort, donc, a nourri ces réactions anti-immigrés, voire xénophobes. Alors qu’Angela Merkel vient de se déclarer candidate à un quatrième mandat, l’attentat de lundi compromet-il sa réélection? D’après Tilman Meyer, interrogé par les Echos, la chancelière est certes fragilisée, mais reste incontournable – ce prof de sciences politiques relève toutefois que la survenue d’autres attentats pourrait «compliquer la situation».
A Moscou, les ministres des Affaires étrangères russe, iranien et la turc ont adopté une «déclaration» visant à mettre fin au conflit en Syrie. Ce «triangle diplomatique improbable», selon les Echos, s'engage à mettre en place un cessez-le-feu dans l'ensemble du pays. La Syrie, où la Russie est «plus que jamais au centre du jeu», d’après le journal, qui rappelle le «rôle décisif de son aviation, qui, depuis septembre 2015, a soumis Alep à un déluge de feu», offrant la victoire à Vladimir Poutine.
Le patron du Kremlin dit par ailleurs vouloir poursuivre la réconciliation avec la Turquie, malgré l’assassinat de son ambassadeur à Ankara. «La Russie et la Turquie refusent d’envenimer leurs rapports», annonce Libération, tandis que la Croix évoque un président turc «fragilisé malgré les apparences». D’après le journal, l’assassinat d’Andrey Karlov par un jeune policier montre «les failles de la sécurité turque», des failles «humiliantes pour l’homme fort qu’entend être Recep Tyip Erdogan», contraint de «multiplier les gestes de bonne volonté pour éviter une reproduction du scénario de l’an dernier», lorsque l’aviation turque avait détruit un bombardier russe à la frontière syrienne, provoquant une grave crise diplomatique. Des failles que Jean Marcou, interrogé par le Monde, attribue en bonne partie aux purges lancées dès 2013 par le président turc. Cette épuration aurait entraîné un énorme problème de recrutement des fonctionnaires. «Réputée pour sa fiabilité, l’administration truque a été bouleversée au cours de ces dernières années», explique ce chercheur, qui parle d’«une attaque d’un genre nouveau, car partie de l’intérieur même d’une instance publique».
Retrouvez tous les matins sur France 24 la Revue de presse française(du lundi au vendredi, 6h23-7h10-10h40 heure de Paris) et la Revue de presse internationale(du lundi au vendredi à 9h10 et 13h10). Suivez également tous les week-ends en multidiffusion la Revue des Hebdos.