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Oliver Stone réalise "Snowden" mais aimerait qu’on ne parle pas trop d’Edward Snowden

Le biopic "Snowden", où Gordon-Levitt incarne le lanceur d’alerte, sort au cinéma le 1er novembre. Mais si le réalisateur Oliver Stone revendique un film d’intérêt général, le long-métrage prend plutôt des allures de thriller romantique hollywoodien.

Impossible de ne pas saluer l’initiative d’Oliver Stone qui réalise un film sur Edward Snowden, lanceur d’alerte qui a révélé en 2013 les détails des activités de surveillance de masse de la NSA.

Pour raconter son histoire, le réalisateur a opté pour un casting célèbre (Joseph Gordon-Levitt pour Edward Snowden, Shailene Woodley pour Lindsay Mills, sa petite-amie), il a insisté sur l’histoire d’amour des deux protagonistes, il a ajouté du drama à la réalité pour rendre le déroulé cinématographique, et il a usé d’effets spéciaux et sonores pour intensifier la narration. Pourquoi pas, surtout si tout cela est assumé dans l’objectif d’en faire une super production hollywoodienne vue par un maximum de monde. On a d’ailleurs failli s’arrêter là et se dire que l’exercice était plutôt bien réussi.

Oliver Stone se contredit

Oui mais voilà, la démarche de l'auteur de "JFK" et "W. : l’improbable président" n’est pas celle-là. Au contraire. Et c’est là où le bât blesse. Si Oliver Stone signe un film qui s’appelle "Snowden", il préférerait qu’on ne parle pas trop d’Edward Snowden, un gars "extrêmement courageux" qu’il admire mais qui n’est "que le messager", a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse organisée à Paris le 10 octobre.

Pour Oliver Stone, "on se trompe de sujet. #Snowden n'est que le messager. Il faut se concentrer sur le message". pic.twitter.com/rVK7nTCXXL

— Louise Wessbecher (@LouiseWSB) 10 octobre 2016

"Je crois qu’on se trompe de sujet. Edward Snowden n’est que le messager, il faut se concentrer sur le message", assène en boucle Oliver Stone. Le réalisateur est d’ailleurs venu à Paris sans ses acteurs stars dans une volonté d’orienter les retombées presse sur son message, nous confirme l’agence de promotion française.

Agacé par les questions sur la course à l’élection américaine comme par les interrogations sur son étiquette de réalisateur engagé – les Américains sont qualifiés de "bêtes et stupides", un journaliste a droit à un "votre question est ridicule" –, l’homme de 70 ans n’a qu’une idée en tête : parler de la surveillance de masse et réveiller les consciences, comme Edward Snowden l'a fait avant lui.

Pourtant pendant les 2 h 15 du long-métrage, on ne se concentre que sur Edward Snowden. Certes Oliver Stone retrace neuf années de la vie de l’informaticien passé par les bureaux de la CIA et de la NSA quand le documentaire "Citizenfour" de la journaliste Laura Poitras ne s’intéressait qu’à la période des révélations à Hong Kong puis Moscou à l’été 2013. Mais, dans le film, on en apprend davantage sur les rebondissements de son histoire d’amour et de sacrifices avec sa petite-amie que sur les raisons profondes qui ont poussé cette ancienne recrue de l'armée à dénoncer les pratiques des agences fédérales.

Edward Snowden en chevalier blanc

Pourquoi avoir noyé dans une sorte de conte de fée hollywoodien le fond de la démarche d’Edward Snowden ? Pourquoi avoir casté des têtes d’affiche aussi célèbres que Joseph Gordon-Levitt et Shailene Woodley et paradé avec eux sur les tapis rouges, du Comic Con de San Diego à la fête de la bière de Munich, si le réalisateur ne voulait justement pas qu’on s’attarde sur des personnes ? Connaissant le caractère et l’engagement d’Oliver Stone, on se dit qu’il y a forcément une explication à ce décalage entre son intime et sincère conviction et le thriller romantique projeté en salles.

"Le gouvernement influence les films aussi"

On l’a peut-être trouvée dans ses déclarations lors du festival du film de Zurich fin septembre relayées par The Independent. Oliver Stone a ainsi raconté qu’il a été plus difficile de parler de Snowden que de Nixon, Bush et JFK, sujets de ses précédents films. "Il y a eu autant de drame pour faire ce film qu’il y en a à l’écran", a confié le réalisateur accusant les studios de production d’être "contrôlés par des sociétés qui rechignent à réaliser un film sur un lanceur d’alerte américain fugitif exilé en Russie". Oliver Stone a notamment fait face à un refus de la part de son producteur allemand "parce que son fidèle partenaire BMW a trouvé le projet trop risqué". Sans parler du "gouvernement qui influence aussi les films" d'après Stone.

On comprend à quel point il doit être difficile de faire un long-métrage dénonçant la surveillance lorsqu’on est soi-même épié. Mais on est moins convaincus par l’idée d’avoir poli les aspérités de l’histoire pour transformer Edward Snowden en chevalier blanc d’un conte de fée des temps modernes.

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