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Turquie : le Parlement approuve la levée controversée de l'immunité des députés

Le Parlement turc a largement approuvé vendredi un projet de réforme controversé pour lever l'immunité des députés visés par des procédures judiciaires. Le principal parti pro-kurdes y voit une manœuvre du gouvernement pour évincer ses élus.

Le texte a été adopté à une large majorité. Le Parlement de Turquie a approuvé vendredi 20 mai un projet de réforme controversé pour lever l'immunité des députés visés par des procédures judiciaires.

Le texte a recueilli 376 voix favorables lors d'un vote à bulletin secret, a annoncé le président du Parlement Ismail Kahraman, soit plus que les deux tiers (367) requis pour une adoption directe, sans passer par un référendum. Cela ouvre la voie à des poursuites contre 138 députés, dont 50 du Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurdes).

Peu avant l'annonce du résultat, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait évoqué "un vote historique" sur cette réforme contestée qui a donné lieu à des rixes lors de son examen en commission parlementaire.

Combats entre le PKK et les forces de sécurité

"Mon peuple ne veut pas voir dans ce Parlement des députés qui ont commis des crimes", a-t-il annoncé à Rize (nord-est), "et surtout pas ceux qui soutiennent l'organisation terroriste séparatiste", expression désignant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le projet de révision constitutionnelle survient alors que le sud-est à majorité kurde de la Turquie est de nouveau ensanglanté par des combats quotidiens entre le PKK et les forces de sécurité. Nombre de députés du Parti démocratique des peuples (HDP) sont accusés par les dirigeants turcs de soutenir les rebelles kurdes, ce qu'ils nient.

Le HDP, le principal parti prokurde, dont 50 députés sur les 59 qu'il compte au Parlement sont actuellement exposés à des poursuites judiciaires sans leur immunité, voit dans ce projet une manœuvre du gouvernement pour évincer ses élus.

Un affaiblissement du HDP pourrait bouleverser l'équilibre des puissances au Parlement en faveur de la formation au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP), en plein débat sur la présidentialisation du régime voulue par Erdogan, accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire.

Après les résultats initiaux vendredi, Berlin a exprimé sa préoccupation sur la "polarisation du débat de politique intérieur" et indiqué que la chancelière allemande Angela Merkel évoquerait l'état de la démocratie avec Erdogan lundi à Istanbul, où se tiendra le premier Sommet humanitaire mondial.

Avec AFP