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Lors de la visite officielle d'Hassan Rohani à Paris, François Hollande a abordé avec le président iranien l'épineuse question syrienne, la crise aiguë dans les relations irano-saoudiennes ainsi que la question de droits de l'Homme.

L'Iran et la France ont proclamé jeudi "une relation nouvelle" lors d'une visite officielle à Paris du président iranien Hassan Rohani. "C'est un nouveau chapitre de nos relations qui s'ouvre aujourd'hui", a assuré lors d'une conférence de presse commune jeudi soir le président français François Hollande.

De fait, cette nouvelle ère a d’emblée débouché sur des accords économiques en milliards d'euros – le géant pétrolier Total a notamment signé un contrat pour l’achat de plus 150 000 et 200 000 barils de brut par jour. Mais les violons ont plus de mal à s’accorder sur les questions diplomatiques, notamment sur l’épineux dossier syrien. Acteur majeur de la crise syrienne, l'Iran est un soutien indéfectible du président Bachar al-Assad, dont Paris demande le départ.

"Le problème de la Syrie ce n’est pas les gens, mais le terrorisme et Daech"

Le président français a appelé à entamer sans tarder les négociations en vue d'une transition politique en Syrie, alors que l'opposition ne décidera pas avant vendredi de sa présence à Genève. L'opposition exigeant, selon un de ses responsables, que ses "demandes humanitaires" soient satisfaites avant de négocier. "Il est urgent de mettre en œuvre des mesures humanitaires et de négocier une transition politique. Elle est possible", a déclaré M. Hollande, déplorant une "négociation qui tarde à s'ouvrir" entre les belligérants.

Hassan Rohani a maintenu de son côté que le problème à régler en Syrie restait la lutte contre le terrorisme, et non sa gouvernance. "C’est aux Syriens de prendre les décisions concernant leur pays, a-t-il déclaré. Le problème de la Syrie ce n’est pas les gens, mais le terrorisme et Daech", a-t-il insisté, faisant référence à l’organisation de l’État islamique (EI). La France et l'Iran doivent ensemble "lutter contre le fanatisme, le terrorisme et l'extrémisme", notamment en partageant leurs renseignements, a-t-il affirmé, ajoutant : "Nous devons être actifs dans ces domaines, en échangeant nos informations du point de vue des renseignements".

With President @fhollande, discussing the many opportunities for business partnership & #ConstructiveEngagement. pic.twitter.com/czGSglGtdz

— Hassan Rouhani (@HassanRouhani) 28 Janvier 2016

Paris, proche de l'Arabie Saoudite, a aussi abordé avec le président iranien la crise aiguë qui secoue les relations irano-saoudiennes. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques début janvier après l'exécution d'un dignitaire chiite par Ryad et le saccage de l'ambassade saoudienne à Téhéran.

Les droits de l’Homme en question

Autre sujet litigieux : la question des droits de l'Homme en Iran. Alors que plusieurs centaines de personnes ont manifesté jeudi à Paris pour dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme et la peine de mort pratiquée à Téhéran, le président Hollande dit avoir rappelé à son homologue "l'attachement de la France aux droits de l'Homme".

"Nous avons parlé de tout, parce que c'est toujours la règle de conduite de la France", a précisé le président français. "J'ai rappelé l'attachement de la France aux droits de l'Homme, aux libertés, il vaut pour tous les pays, pour toutes les régions du monde", a ajouté François Hollande, observant que "la lutte contre le terrorisme peut être menée sans atteintes aux droits de l'Homme".

"Il est important que l'ensemble des populations porte attention aux droits de l'Homme", a déclaré le chef de l'État iranien, abordant d'emblée la question dans son propos liminaire. "Les Occidentaux ne doivent pas simplement dire qu'ils [leurs pays] sont complètement conformes aux droits de l'Homme, et que d'autres pays ne le sont pas", jugeant que "c'est totalement faux", a-t-il ensuite ajouté.

"Je pense que tous les pays doivent œuvrer pour les droits de l'Homme, car dans chaque pays il peut y avoir des difficultés, des manquements", a poursuivi Hassan Rohani. Ainsi, selon lui, "ces manquements doivent être corrigés" et "chaque président, dans son pays, doit soutenir le règlement, le droit".

Selon Amnesty International, la République islamique iranienne est le pays qui exécute le plus de mineurs. Reporters Sans Frontières a dénoncé un pays devenu "l'une des cinq plus grandes prisons du monde pour les journalistes". Les Femen ont ajouté leur voix à ces dénonciations. Sur une passerelle proche de la tour Eiffel, les militantes aux seins nus ont accroché jeudi une banderole proclamant en anglais : "Bienvenue Rohani, exécuteur de la liberté".