
L’Iran a dénoncé vendredi des failles dans la sécurité du pèlerinage à La Mecque après la bousculade qui a fait 131 morts parmi ses ressortissants. Malgré les tensions entre sunnites et chiites, le Hadj s’est souvent déroulé sans incident.
Comme les musulmans sunnites, les chiites convergent une fois par an, eux aussi, vers La Mecque, la ville sainte saoudienne, pour effectuer le hajj, pèlerinage considéré comme le cinquième pilier de l’islam. Mais le jeudi 24 septembre, la dramatique bousculade qui causé la mort de plus de 700 personnes, dont 131 ressortissants iraniens, a ravivé les tensions entre l'Arabie saoudite, à majorité sunnite, et l’Iran, à majorité chiite, qui a dénoncé des failles dans la sécurité du pèlerinage.
Malgré les frictions entre sunnites et chiites, le Hadj s’est pourtant souvent déroulé sans incident. Il n’existe d'ailleurs pas de mesures spéciales pour les pèlerins chiites.
Difficulté de visa pour les Iraniens
Ils sont 65 000 à 75 000 pèlerins iraniens à se rendre à la Mecque depuis plusieurs années. L’Arabie saoudite désigne des quotas par pays pour l’envoi des pèlerins. Avant les travaux d’agrandissement du sanctuaire sacré, qui ont induit une baisse de 20 % des quotas annuels de croyants étrangers, les Iraniens étaient plus de 100 000 par an. "Officieusement, l’Arabie saoudite accorde des visas plus difficilement aux Iraniens" témoigne un journaliste iranien qui s’est rendu au hadj plusieurs fois, "mais on ne peut pas dire pour autant que nous sommes empêchés d’aller à la Mecque". Sur place, le pèlerinage se déroule dans la "quiétude". "C’est l’esprit. Quand bien même deux populations se détestent, elles ne le montreront pas", raconte le journaliste.
Les pèlerins chiites à la Mecque effectuent les mêmes rituels que les sunnites. Seule différence, certains chiites en profitent pour aller prier à proximité du cimetière d'al-Baqi, où a reposé Fatima, la propre fille du Prophète et nombre des premiers imams vénérés par les chiites. Ceux-ci portent un culte particulier aux descendants du prophète Mahomet, ce qui leur vaut d’être considérés comme hérétiques par certains courants sunnites rigoristes. La visite au cimetière d’al-Baqi est surveillée de près par les autorités saoudiennes qui tolèrent la présence de pèlerins chiites à proximité mais interdisent l’entrée sur le lieu de culte.
Des tensions politiques anciennes
À La Mecque, les tensions se font davantage sentir entre pèlerins chiites iraniens et autorités saoudiennes. Après la révolution islamique de 1979 en Iran, le pèlerinage est devenu une source de frictions, Riyad ne voyant pas d’un bon œil les recommandations de l’ayatollah Khomeini qui ont apporté une teinte politique au pèlerinage religieux.
Celui-ci recommandait aux pèlerins chiites de faire du rassemblement annuel à La Mecque une occasion pour les musulmans "d'échanger leurs idées sur les problèmes de la Oumma (la communauté des croyants musulmans) et de s'informer les uns les autres sur les difficultés qu'ils rencontrent dans leurs pays", comme l’a expliqué le chercheur et ancien diplomate Ignace Leverrier dans "L’Arabie saoudite, le pèlerinage et l'Iran" (revue Cemoti).
Depuis 1981, les Iraniens organisent une manifestation appelée "Bera’at az Moshrekin" ou "Se distancier de l’idolâtrie". Dans les années 80’s, cet évènement a été l’occasion de proférer des slogans attaquant les États-Unis, allié historique des Saoudiens. Parallèle au pèlerinage, la manifestation politico-religieuse finira par connaître un dénouement dramatique en 1987, lorsque la Garde nationale saoudienne "viole la trêve sacrée du pèlerinage" et tire sur près de 50 000 pèlerins iraniens qui manifestent "brandissant des banderoles, criant des slogans, agitant des portraits du Guide de la Révolution islamique". Les affrontements et la bousculade qui s’en suivront feront plus de 400 morts, dont 275 iraniens.
La bousculade de jeudi ranime les souvenirs de cet incident dramatique alors que les tensions sont déjà très vives avec les Saoudiens. Plusieurs grands dignitaires chiites iraniens ont contesté la légitimité des Saoudiens à organiser les prochains pèlerinages et l'Iran a exigé d'être associé à l'enquête sur les causes de la bousculade meurtrière.
Avec AFP