Le Somalien capturé par l'armée américaine lors de la libération du capitaine du cargo Maersk, en avril, plaide non coupable des faits dont il est accusé. La justice américaine n'a plus jugé de pirates depuis plus d'un siècle.
AFP - Un jeune Somalien impliqué dans l'attaque d'un cargo dans l'Océan indien en avril dernier et inculpé de "piraterie" par un grand jury américain s'est déclaré innocent jeudi devant un tribunal fédéral à New York.
D'une voix fluette, accompagné de son avocat Phil Weinstein, Abdi Wali Muse a nié toute culpabilité dans la prise d'otage survenue le 8 avril dernier, à l'issue de laquelle il avait été extradé vers les Etats-Unis. Il encourt la détention à perpétuité.
La juge Loretta Preska lui a lu les dix chefs d'inculpation retenus contre lui au cours d'une séance d'à peine 15 minutes, puis a fixé la prochaine audience au 17 septembre.
Après avoir proclamé l'innocence de son client, l'avocat s'est plaint de ses conditions de détention. "On lui donne des médicaments qu'il ne connait pas", a-t-il dit. Il a dénoncé l'isolement du jeune homme, qui est resté tête baissée durant l'audience. "Il ne peut communiquer qu'avec nous, une ou deux fois par semaine", a souligné Phil Weinstein.
Un représentant du gouvernement somalien, présent au tribunal, a déploré les faits et déclaré avoir "pleine confiance dans le système judiciaire américain."
"Nous exprimons notre sympathie à la famille du capitaine, et regrettons ce qui s'est passé", a souligné Idd Mohamed, représentant permanent adjoint de la mission somalienne à l'ONU.
Une avocate membre de l'équipe de défense du pirate, Fiona Doherty, a expliqué que la ligne de défense consisterait notamment à faire valoir la reddition volontaire d'Abdi Wali Muse à la Marine américaine.
"Nous pensons qu'il va être acquitté", a-t-elle déclaré. "Il a demandé à monter à bord de la chaloupe, pour tenter de négocier la sécurité du capitaine (Richard) Phillips", a-t-elle assuré.
Le jeune homme est le seul survivant des quatre auteurs de la prise d'otages à bord du cargo "Maersk Alabama" le 8 avril dernier au large de la Somalie.
Une partie de l'équipage avait finalement repris le contrôle du cargo mais les pirates s'étaient enfuis en prenant en otage le capitaine Richard Phillips sur un canot de sauvetage.
Ce dernier avait été libéré au bout de cinq jours par une opération commando de l'US Navy, au cours de laquelle Abdi Wali Muse s'était rendu tandis que les trois autres preneurs d'otage étaient tués.
Le Somalien est le premier pirate présumé à comparaître devant la justice américaine depuis plus d'un siècle.
En avril dernier, lors de son arrivée aux Etats-Unis, le jeune homme avait comparu une première fois devant le juge fédéral Andrew Peck, qui avait rejeté un argument de la défense assurant que le suspect n'était âgé que de 15 ans.
Andrew Peck avait estimé cet élément peu plausible, et avait conclu que le Somalien devait être jugé comme un adulte.
Jeudi, l'avocat Weinstein a souligné qu'il comptait toujours tenter de prouver que l'accusé était mineur. "Nous avons des raisons de penser qu'il n'a pas 18 ans et nous allons poursuivre notre argumentation", a-t-il indiqué.