
envoyé spécial à Nazareth – Au quartier général de la liste commune des partis arabes israéliens, l'inquiétude d'un maintien de Benjamin Netanyahou aux affaires a pris le pas sur l'enthousiasme généré par leur succès électoral historique. Reportage.
Les salves d'applaudissement qui ont accueilli l'annonce des résultats préliminaires des législatives israéliennes n'ont pas fait long feu au quartier général de la Liste unifiée, dans la nuit de mardi 17 à mercredi 18 mars, dans la grande salle des fêtes Abu Maher à Nazareth. En remportant 14 sièges, cette alliance de trois formations arabes israéliennes avec Hadash, le parti communiste judéo-arabe, a pourtant réussi son pari : s'imposer comme la troisième force politique du pays.
"C'en est fini du rêve de Netanyahou et de Lieberman d'un Israël sans Arabe. Avec le résultat de ce soir, nous sommes désormais clairement présents sur la carte politique du pays", confie à France 24 Imad Abu Ahmad, architecte et militant de Hadash. Un poids politique nouveau qui doit permettre à cette communauté de faire avancer ses deux demandes principales : une véritable égalité entre citoyens juifs et arabes en Israël et la création d'un État palestinien en Cisjordanie.
Douche froide
Reste un obstacle de choix aux ambitions politiques des Arabes israéliens : la possible reconduction de Benjamin Netanyahou à la tête du pays. Avec 30 sièges annoncés, celui-ci se retrouve nettement devant l'opposition travailliste et ses 24 sièges. Mardi soir, derrière l'enthousiasme de façade pointaient une réelle inquiétude et une franche déception parmi plusieurs militants de la Liste unifiée.
"Les Israéliens se plaignaient tout le temps de Netanyahou, ils disaient vouloir le changement. On s'est mobilisé et on a fait notre part, mais on voit maintenant que les juifs israéliens ne sont pas prêts à sauter le pas", lâche Jowad Ankar, membre du parti arabe israélien Ta'al et candidat de la Liste unifiée.
La perspective du maintien de Netanyahou est rendue encore plus douloureuse par la manière dont le Premier ministre sortant a remobilisé ses troupes. Dans un message publié mardi après-midi sur sa page Facebook, le Premier ministre sortant a en effet déclaré que la droite israélienne était en danger car "les électeurs arabes [allaient] voter en masse".
Maintenir un front uni
Une insulte aux yeux de Bashar Omary, un lycéen qui a passé 14 heures sur le terrain à essayer de convaincre un maximum de personnes d'aller voter pour la Liste unifiée. "Netanyahou utilise des stéréotypes racistes sur les Arabes pour susciter la peur au sein de la population juive. Il nous présente comme des fascistes, mais c'est lui qui utilise des méthodes fascistes", dénonce Bashar Omary.
Le jeune activiste espère que les partis arabes israéliens maintiendront un front uni pour éventuellement soutenir une coalition menée par Herzog et éloigner la menace d'un nouveau gouvernement Netanyahou. Selon Ayman Odeh, le leader de la Liste unifiée, des tractations sont en cours entre les quatre partis coalisés afin de déterminer une position commune vis-à-vis du leader travailliste Isaac Herzog.
"Ce qui nous unit est beaucoup plus fort que ce qui nous sépare, affirme à cet égard Imad Abu Ahmad, le militant de Hadash. Contre Netanyahou, on ne peut pas se permettre de rester seuls."