
Le vainqueur de la présidentielle tunisienne, Béji Caïd Essebsi, a prêté serment devant l’Assemblée avant la passation de pouvoir avec son prédécesseur. Cette investiture marque la fin de la transition politique dans le pays.
"Je jure de veiller à la souveraineté de la Tunisie, à son indépendance, à son intégrité. Je jure de respecter sa Constitution, sa législation et être fidèle à la Tunisie". Le vainqueur de la présidentielle en Tunisie, Béji Caïd Essebsi (BCE), a prêté serment devant l'Assemblée des représentants du peuple, dominée par son parti Nidaa Tounès depuis les législatives de fin octobre. Cet avocat de formation devient ainsi le premier chef de l’État élu démocratiquement de l’histoire du pays.
Âgé de 88 ans, BCE a remporté le second tour de la présidentielle (55,68%) devant Moncef Marzouki (44,32%), avec qui il a procédé mercredi à la passation de pouvoir.
itL'élection d'un président en décembre et d'un Parlement en octobre marquent la fin d'un cycle électoral destiné à doter enfin la Tunisie d'institutions pérennes, quatre ans après la révolution de janvier 2011 et une transition parfois chaotique marquée par l'essor de groupes jihadistes ainsi que de profonds problèmes socio-économiques.
>> À lire sur France 24 : "Béji Caïd Essebsi, président à la tête d'un pays divisé"
"Une nouvelle ère"
"Cette élection ouvre une nouvelle ère importante pour le pays, car elle représente ce qu’on appelle en démocratie une alternance, commente Gauthier Rybinski, journaliste de France 24 spécialiste des questions internationales. Les Tunisiens ont un nouveau président qui va assumer ses fonctions, a été élu démocratiquement dans des conditions de transparence."
itBCE est revenu sur le devant de la scène à la faveur de la révolution. Nommé Premier ministre provisoire en février 2011, il a à son crédit d'avoir mené le pays vers les premières élections libres de son histoire en octobre 2011, remportées par les islamistes d'Ennahda.
Mais ce ministre de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères sous Habib Bourguiba, puis président du Parlement en 1990-1991 sous Zine el-Abidine Ben Ali, est accusé par ses détracteurs d'être un produit du système déchu cherchant à reproduire l'ancien régime.
>> À voir sur France 24 : "Vieux président pour jeune démocratie"
Lui balaye ces critiques et promet que l'ère de l'autoritarisme est révolue en Tunisie. Lors de son discours devant l’Assemblée mercredi, le nouveau chef de l'État a promis d'"être le président de tous les Tunisiens et Tunisiennes", appelant au "consensus entre les partis politiques et les composantes de la société civile". "Il n'y a pas d'avenir pour la Tunisie sans la réconciliation nationale", a-t-il ajouté.
"Essebsi a dit qu’il ne gouvernerait pas seul mais dans le consensus, rappelle Gauthier Rybinski. Gouverner dans le consensus, cela signifie prendre conscience qu’il existe Ennahda, le parti islamiste qui représente une grande frange de la population tunisienne. Officiellement, tout cela est très beau. Maintenant, on va voir comment le pouvoir va se partager. Qui sera Premier ministre ? Qui au ministère de l’Intérieur ? Y aura-t-il des islamistes dans le gouvernement ? La vitrine qu’offre aujourd’hui la Tunisie est celle d’un pays apaisé et démocratique, mais on verra bientôt si derrière cette vitrine n’existe pas des choses un peu moins reluisantes."
Avec AFP