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"Paris climat 2015" : la diplomatie française œuvre "pour un accord historique"

Pays hôte de la 21e conférence de l’ONU sur le climat l’an prochain, la France, qui entend faire preuve d'exemplarité environnementale, mobilise ses réseaux diplomatiques afin que ce sommet débouche sur un accord ambitieux. Décryptage.

Dans un an, jour pour jour, le 30 novembre 2015, quelque 190 chefs d’État et de gouvernement seront réunis au Bourget, en banlieue parisienne, pour "Paris Climat 2015", la 21e conférence internationale sur le dérèglement climatique (aussi appelée Cop21 pour la Conférence des parties, qui réunit les signataires de la Convention de Rio). Objectif : trouver un accord pour organiser la suite du protocole de Kyoto, qui arrive à échéance.

La France, pour la première fois pays hôte de ce rassemblement annuel, doit "laisser sa trace" en obtenant "un accord historique sur le climat", a expliqué le président François Hollande lors de la troisième Conférence environnementale, réunie jeudi 27 novembre à l’Élysée.

La diplomatie française "totalement déployée"

La France, nommée il y a deux ans, a pris son rôle à cœur. Si le ministère de l’Écologie intervient sur le fond, Paris a aussi mobilisé le ministère des Affaires étrangères, où des équipes se consacrent à temps complet aux préparatifs de la Cop21. "On vient de loin. Au Quai d’Orsay, j’ai d’abord vu des diplomates indifférents", confie à France 24 l’ancien ministre délégué au Développement Pascal Canfin. D'ailleurs, fin août, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs, François Hollande a exhorté ces derniers "à placer la Cop21 au cœur de leurs priorités." La France espère également pouvoir compter sur ses partenaires africains pour la soutenir dans les négociations.  

Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la Nature et l'Homme, également sollicité, a été nommé "envoyé spécial pour la protection de la planète" dont le rôle sera de convaincre les pays de s’engager fortement sur les questions climatiques. L’ancien homme de télévision a accompagné le chef de l’État dans plusieurs de ses déplacements internationaux, du Canada aux îles du Pacifique. Jeudi, à l’Élysée, il a loué le volontarisme du chef de l’État qui "fait vraiment le job". "La diplomatie française, et c’est à son initiative (de François Hollande), s’est déployée totalement pour créer les meilleures conditions afin que la conférence internationale sur le climat l’an prochain à Paris soit un succès", a-t-il déclaré.

"Le message de Laurent Fabius [ministre des Affaires étrangères, NDLR] qui dit depuis au moins un an que Paris 2015 est la priorité diplomatique française commence à porter ses fruits", constate Pascal Canfin, qui pilotait le dossier Cop21 au Quai d’Orsay et occupe le poste de conseiller climat au World Resources Institute. Ces derniers mois, la France est en effet passée à l’action auprès des instances internationales. En Europe, où se trouvent plusieurs "bons élèves" en matière environnementale, Paris a obtenu fin octobre que soient fixés des objectifs "ambitieux" de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Au sommet du G20 de Brisbane, en novembre, elle a obtenu que les pays les plus riches du monde s’accordent, après d’âpres négociations, pour soutenir une "action forte et efficace" sur le climat.

Un point positif qui a fait suite aux engagements inédits du président américain Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping sur les émissions polluantes, et ce  quatre jours avant le G20. "On a des signaux très positifs", s’est félicitée Laurence Tubiana, représentante spéciale de Laurent Fabius pour Cop21. En tant que négociatrice française, elle avait été aux premières loges du sommet de Copenhague, fin 2009, conclu sur un amer constat d’échec.

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Réunir les conditions pour obtenir un accord "ambitieux"

Mais plusieurs sources contactées par France 24 émettent de sérieux doutes sur la possibilité d’obtenir un accord ambitieux fin 2015. Un bon connaisseur des négociations onusiennes confirme qu’un accord à 190 pays sur le climat "ne peut pas être ambitieux". "L’essentiel est que tous les pays y soient, que la France fasse ‘toper’ la Russie de Poutine, l'Australie, le Canada ou encore la Bolivie", explique-t-il.

Pourtant, Paris Climat 2015 vise à déboucher sur un accord multilatéral, juridiquement contraignant, pour contenir la hausse des températures à 2° C en comparaison avec l’ère préindustrielle. Pour ce faire, François Hollande et le gouvernement entendent placer la Cop21 sous le signe de l’"exemplarité" en matière environnementale. "On ne peut pas convaincre si l'on n'est pas convaincus", a martelé le président français. "Sur l’agenda international, la France est objectivement dans le camp de ceux qui font bouger les lignes", reconnaît Pascal Canfin. Elle a, par exemple, été la première à abonder le Fonds vert de l’ONU (à hauteur d’un milliard d’euros), pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique. Elle vient aussi d’annoncer la suppression des crédits à l'exportation pour des projets liés au charbon.

Néanmoins, l’ancien ministre regrette que "sur le plan intérieur, beaucoup de décisions ne sont pas alignées sur la transition énergétique". Une incohérence qu’a relevée le Réseau Action Climat qui a dénoncé les "multiples revirements" du gouvernement, notamment le recul sur l’écotaxe poids lourds, qui "affectent sérieusement la crédibilité de la France" en vue de la Cop21. S’y ajoutent le doute persistant sur la fermeture de la centrale de Fessenheim, le manque d’ambitions en matière de politiques de transports et le financement encore incertain de la loi de transition énergétique, adoptée en octobre.

Malgré cela, François Hollande place la barre très haut. "Le 10 décembre 1948, la France accueillait les Nations unies au palais de Chaillot pour adopter la déclaration universelle des droits de l'Homme", a ainsi rappelé le chef d'État le 27 novembre. "L'année prochaine, à Paris, la France va accueillir tous les pays du monde pour une nouvelle étape des droits humains". Au plus bas dans les sondages, il sait qu’un échec aurait des conséquences désastreuses pour la planète, mais aussi pour lui et sa famille politique.

Il y a quelques jours, le président avouait espérer "colorer le quinquennat" avec cette conférence internationale. En vert, si possible.