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Des centaines de policiers algériens ont manifesté devant la présidence

Fait inédit en Algérie, plusieurs centaines de policiers ont manifesté, mercredi, devant la présidence à El Mouradia mais aussi à Oran et Constantine. Ils réclament la démission de leur chef et de meilleures conditions de travail.

"Quelle honte, quelle honte, un gouvernement sans décideurs !" Un millier de policiers algériens ont manifesté, mercredi 15 octobre, devant le siège de la présidence, à El Mouradia, pour réclamer de meilleures conditions de travail ainsi que la démission du chef de la sûreté nationale, Abdelghani Hamel, et des négociations avec le président Abelaziz Bouteflika. À Khenchela, Constantine et Oran, des policiers sont également sortis dans la rue.

Après avoir rencontré des représentants du mouvement à Alger, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a reconnu que les policiers travaillaient dans des conditions difficiles et annoncé la tenue, dimanche prochain, d’une réunion interministérielle sur la question. Une annonce qui ne semble pas avoir convaincu la majorité des protestataires. Plusieurs d’entre eux se sont dits déterminés à poursuivre le sit-in devant la présidence.

"Nous devons aller jusqu’au bout"

Devant la Présidence ce matin. #Algerie pic.twitter.com/KI7cG1fcHf

— Leila Beratto (@LeilaBeratto) 15 Octobre 2014

Un peu plus tôt dans la journée, selon les médias algériens, les policiers en colère avaient tenté, en vain, de pénétrer à l’intérieur du palais présidentiel en scandant "Hamel dégage". D’après le site Internet du quotidien "El Watan", "des groupes de policiers venant de Blida, Tizi Ouzou, Mascara et Jijel" ont rejoint les manifestants. Depuis le début de l’après-midi, deux hélicoptères survolaient la capitale, l’un au-dessus d’El Mouradia, l’autre au-dessus du centre-ville.

"Nous devons aller jusqu'au bout. Si on arrête sans arracher nos revendications, nous serons toujours en position de faiblesse", ont déclaré certains policiers à "El Watan". Concrètement, les policiers réclament, outre la démission de leur chef, la création d'un syndicat, une hausse de 100 % du salaire mensuel de base pour le porter à 70 000 dinars algériens (653 euros), le droit au logement, la réduction de la durée de service au sein de la police de 32 ans à 20 ans, l’instauration d’une prime mensuelle pour les femmes au foyer de policiers.

Une première en Algérie

Les manifestations ont débuté mardi à Alger, où plusieurs centaines de policiers ont défilé sous la pluie et sans matraque pour exprimer leur solidarité envers leurs collègues de Ghardaïa, une ville du sud du pays près de laquelle plusieurs d'entre eux ont été blessés le 13 octobre lors d'affrontements entre Arabes et Berbères.

Depuis mars, près de 10 000 policiers et gendarmes sont déployés dans les principales artères de Ghardaïa, cité de 400 000 habitants en proie à des heurts inter-communautaires meurtriers qu’ils ne parviennent pas à contenir. Lundi, plusieurs centaines de policiers déployés dans la région ont participé à une marche dans la ville pour réclamer de meilleures conditions de travail.

#Algerie: Manifestation de policiers devant la Présidence. Wine rahi la gestion democratique des manifestants? pic.twitter.com/6SENJQJVPK

— Imad Mesdoua (@ImadMesdoua) 15 Octobre 2014

Encadré par un discret dispositif de sécurité, ce mouvement policier constitue une première dans un pays dont la loi interdit aux hommes en uniforme de manifester ou de faire grève. Au sein de la population, le coup de sang des forces de sécurité est suivi avec attention. "C’est malheureux de voir ça et c’est en même temps très inquiétant. Si la police manifeste alors le danger est imminent", déclare une passante interrogée par TSA.

Certains observateurs espèrent quant à eux que la grogne policière débouche sur une refonte d’un corps quelque peu décrié. "Si dans la foulée de ce mouvement en apparence social, le corps de la police tant décrié pour ses méthodes répressives […] se démocratise et se réforme pour être véritablement au service du citoyen et non du système, les policiers auront alors écrit, en ce mois béni, une nouvelle page dans la construction démocratique", écrit l’éditorialiste Omar Berchiche dans "El Watan".

Avec AFP