
Le Premier ministre thaïlandais, Somchai Wongsawat, a limogé le chef de la police nationale. Ce dernier avait refusé à plusieurs reprises de lancer l'assaut contre les manifestants qui réclament la démission du chef du gouvernement.
Reuters - Le Premier ministre thaïlandais, Somchai Wongsawat, a limogé vendredi le chef de la police nationale, laissant penser que son gouvernement se préparait à intervenir contre les manifestants qui bloquent depuis mardi les aéroports de la capitale.
Mis à pied, le général Patcharawat Wongsuwan avait refusé à plusieurs reprises de lancer l'assaut contre les manifestants qui ont déclenché en début de semaine leur "ultime bataille" dans l'espoir de contraindre le chef du gouvernement à démissionner.
Vendredi après-midi, des dizaines de policiers anti-émeutes, armés de matraques et de boucliers, se sont regroupés aux abords de l'aéroport international Suvarnabhumi de Bangkok.
Ils ont établi un périmètre de sécurité mais n'ont engagé aucune action contre les partisans de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), qui encerclent le principal terminal de l'aéroport.
Dans l'autre aéroport occupé, Don Muang, qui gère le trafic intérieur thaïlandais, la police a sommé les manifestants de lever leur siège.
Dans une allocution télévisée, Somchai a toutefois déclaré que la situation serait réglée sans heurts. "Ne vous inquiétez pas. Les responsables agiront avec modération", a-t-il dit, invitant la presse et les organisations de défense des droits de l'homme à superviser les opérations.
Tous les vols au départ ou à destination des deux aéroports de la capitale ont été annulés et des milliers de touristes étrangers sont toujours bloqués à Bangkok.
Le gouvernement a commencé à évacuer des touristes vers la base militaire d'U-Tapao, à 150 kilomètres à l'est de Bangkok, où plusieurs compagnies, dont Cathay Pacific, Thai Airways et Malaysian Air Services, devraient opérer des vols.
"PAS PEUR DE MOURIR"
Jeudi, Somchai, réfugié à Chiang Mai à 700 kilomètres au nord de Bangkok, avait déclaré l'état d'urgence dans les deux aéroports et prévenu que l'économie thaïlandaise ne pourrait supporter une prolongation de la crise.
D'après l'Université de la Chambre de commerce thaïlandaise, le bloquage des aéroports pourrait coûter six milliards de dollars s'il devait durer encore un mois.
Dans les aéroports, les opposants se préparaient à un assaut des forces de l'ordre et se disaient prêts à mourir plutôt que de quitter les lieux.
"Nous n'avons pas peur de la police car nous aimons notre pays et nous aimons notre roi. Nous n'avons pas peur de mourir", a déclaré Toy, un manifestant âgé de 53 ans.
La PAD, qui organise depuis six mois une vaste campagne anti-gouvernementale, a refusé de céder et promis une épreuve de force. "Nous ne partirons pas. Nous utiliserons des boucliers humains contre la police s'ils essaient de nous disperser", a déclaré l'un de ses dirigeants, Suriyasai Katasila.
Des "gardes de sécurité" de la PAD, armés de bâtons et de barres de fer, étaient postés sur des barricades interdisant l'entrée de l'aéroport international Suvarnabhumi, où près de 15 millions de personnes transitent chaque année.
La crise politique qui perdure depuis trois ans en Thaïlande a franchi un nouveau cap lundi quand la PAD a lancé son "ultime bataille" contre le gouvernement qu'elle accuse d'être un pion au service de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, qui vit en exil après avoir été renversé par un putsch en 2006.
Alors que l'on spécule sur l'hypothèse d'un nouveau coup d'Etat, la pression est forte sur les militaires pour qu'ils interviennent. De leur côté, les partisans du gouvernement menacent de descendre dans la rue en cas de départ forcé du Premier ministre.
Les tensions sont au plus haut dans le pays, qui a déjà connu 18 coups d'Etat ou tentatives en 76 ans. Plusieurs pays, dont la France, ont conseillé à leurs ressortissants d'éviter la Thaïlande jusqu'à la réouverture de l'aéroport de Bangkok.