
Une capture d'écran, prise le 2 janvier 2026, à partir d'images publiées sur les réseaux sociaux le 31 décembre 2025, montrant des manifestants attaquant un bâtiment gouvernemental à Fasa, dans le sud de l'Iran. © AFP
Kimia Hadadian, 17 ans. Kourosh Kheiri, 13 ans. Amirhossein Karimpour, 16 ans… Sur la page Instagram de Nazila Maroufian, défilent les portraits des très jeunes manifestants iraniens qui auraient été interpellés par les forces de sécurité en Iran.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choix"Cette enfant a été touchée par balle et apparemment arrêtée lors des manifestations à Naziabad (Téhéran), vers 20 h, le 4 janvier 2026", écrit encore la journaliste à propos d'une autre jeune disparue : Sogand Mansouri, 14 ans. "Elle portait une veste grise et aucune information sur son état ou son lieu de détention n'est disponible pour le moment. (…) Si quelqu'un a des nouvelles, veuillez absolument nous en informer."
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixRéfugiée en France depuis 2023, cette journaliste de 25 ans a elle-même été arrêtée en 2022 lors du précédent grand mouvement de contestation en Iran après la mort de Mahsa Amini, notamment pour avoir interviewé le père de la jeune Iranienne décédée après son interpellation par la police des mœurs pour un voile mal ajusté.
En contact avec les manifestants en Iran, Nazila Maroufian se fait désormais, depuis Paris, le relais de cette nouvelle vague de contestation, face à laquelle les forces de sécurité iraniennes ont intensifié leurs opérations.
Ce mouvement social, né avec la grève des grands commerçants à Téhéran et dans d'autres grandes villes contre l'hyperinflation et la dégradation de leur situation économique, commencée le 28 décembre, a pris un tournant politique avec des slogans réclamant désormais la chute de la République islamique.
Les protestations se sont depuis étendues aux universités et de nombreux jeunes Iraniens descendent manifester chaque jour. Le syndicat iranien des enseignants rapporte d'ailleurs l'arrestation musclée de plusieurs lycéens à travers le pays, dont les familles restent sans nouvelle.
L'organisation Iran Human Rights (IHRNGO), basée en Norvège, s'est dit inquiète, dans un communiqué, du sort des très jeunes manifestants arrêtés, notamment de mineurs qui se trouvent, selon l'ONG, à la prison centrale d'Ispahan, où plus de 150 personnes ont été conduites. Plusieurs détenus ont été blessés et emmenés à l'infirmerie de la prison. Parmi eux figurent trois adolescents, Soroush Azarmehr (16 ans), Payam Aminzadeh (17 ans) et Saman Shahamat (16 ans), arrêtés alors qu'ils étaient blessés à la tête et au dos.
Dans la prison de Qom, ville conservatrice, berceau des universités de théologie, située au sud de Téhéran, un adolescent de 17 ans, Soroush Javidi, a perdu connaissance après une importante hémorragie. "On ignore s'il a reçu les soins appropriés après son admission à l'infirmerie de la prison", alerte l'ONG. "Le 3 janvier, une centaine de détenus ont été transférés à la prison centrale de Qom, où ils ont tous été entassés dans un seul hall."
Tirs sur les manifestants avec des fusils AK-47
D'après un décompte de l'ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) publié le 4 janvier, quelque 990 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement le 28 décembre. Au moins 12 personnes, dont des membres des forces de sécurité, ont été tuées, selon les annonces officielles. Le bilan est bien plus élevé, estime Iran Human Rights, qui a recensé au moins 19 manifestants tués par balles ou lors d'autres actes de violence perpétrés par les forces de sécurité dans sept provinces.
D'après cette ONG, des fusils AK-47 et probablement des mitrailleuses DShK ont été utilisés pour réprimer, le 3 janvier, les habitants descendus dans les rues du comté de Malekshahi, une région à forte population kurde. Des centaines de personnes ont également été blessées et arrêtées à travers l'Iran, rapporte IHRNGO.
Le mouvement se durcit
La contestation en Iran touche ou a touché, à des degrés divers, au moins 45 villes, essentiellement petites et moyennes et principalement situées dans l'ouest du pays, selon un décompte de l'AFP basé sur les annonces officielles et des médias.
Au moins 25 provinces sur les 31 que compte l'Iran sont maintenant concernées.
"À chaque fois, ce sont quelques dizaines à quelques centaines de personnes qui manifestent. Mais le mouvement prend de l'ampleur, s'étend et se radicalise de plus en plus", indique le correspondant de France 24 Siavosh Ghazi.
Sur une vidéo devenue virale, à Hamedan, dans l'ouest de l'Iran, les manifestants, dont plusieurs femmes, s'en prennent le 4 janvier à un milicien pro-régime qui vient de leur tirer dessus. À plusieurs, ils se jettent sur le bassij en treillis et le désarment. Certains l'assènent de coups, tandis que d'autres tentent de l'empêcher d'être lynché.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixD'autres images partagées sur les réseaux sociaux montrent des scènes similaires, où les protestataires n'ont plus peur d'en découdre avec les agents de la répression, jetant des pierres en direction de la police anti-émeutes ou de l'essence sur un milicien avant de l'incendier sur sa moto.
Parfois, ils s'agenouillent en signe de protestation pacifique face aux motos des forces de sécurité, sans crainte d'être arrêtés.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixLaisser-passer implicite pour une escalade de la violence
Il n'y aura "aucune indulgence" envers "les émeutiers", a répondu pour sa part, lundi 5 janvier, Gholamhossein Mohseni Ejeï, le chef du pouvoir judiciaire, tout en reconnaissant le droit légitime à manifester pour des revendications économiques.
Samedi, l'ayatollah Ali Khamenei, resté silencieux au début des manifestations, a pris la parole à l'occasion d'une fête chiite. Devant des fidèles rassemblés à Téhéran, il a déclaré que les revendications économiques des manifestants étaient "justes", mais que les "émeutiers" devaient être "remis à leur place".
"Le Guide suprême de la République islamique a implicitement donné l'ordre de réprimer les manifestants en les qualifiant d''émeutiers' et d''agents de l'ennemi'", affirme Iran Human Rights. L'organisation voit là un blanc-seing donné par le numéro un de l'État iranien pour une escalade de la violence.
