
Depuis le début du Mondial brésilien, Diego Maradona ne manque pas une occasion de distiller petites piques et bonnes vacheries. Neymar, Casillas, Ronaldo en ont fait les frais, mais le roi Pelé reste sa cible favorite.
C’est le quotidien Folha de Sao Paulo qui rapporte cette histoire. Jeudi 12 juin, lors du match d’ouverture, Diego Maradona s’est égaré dans les travées de l’Arena Corinthians de Sao Paulo, cherchant son chemin pour accéder à la tribune d’honneur et assister au match Brésil-Croatie. Reconnu par des fans brésiliens plutôt hostiles, "El Diez" s’est retrouvé noyé dans un tumulte d’insultes et n’a pu s’en échapper qu’avec l’intervention d’un ouvrier du stade.
Remis de ses émotions, Diego Maradona était aussi aux premières loges quand des insultes visant la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, ont fusé de certaines tribunes. Enervé, il a juré qu’il "ne regarderait plus les matchs du Brésil au stade. Je les regarderai à la télévision dans ma chambre d’hôtel".
Depuis cet incident, sur tous les plateaux de télévision qui l'accueillent, la star argentine sort l’artillerie lourde pour relancer un peu plus les vieilles rivalités entre Brésiliens et Argentins et régler ses comptes. Les journalistes du quotidien sportif argentin "Olé", qui sont parvenus à s’installer à la table de Maradona dans un restaurant de Rio, à l’heure du café, n’ont pas eu beaucoup à faire pour lancer le génial et caractériel footballeur.
"Il y a la même distance entre Messi et Neymar qu’entre Maradona et Pelé"
Première cible, le roi Pelé. Sur les plateaux de télévision, cela fait 20 ans que les deux se disputent le titre de meilleur joueur de tout les temps. "Comment on m’a reçu au Brésil ?" dit Maradona. "Très bien, mieux que Pelé lui-même, mais ça ce n’est pas très difficile". Puis à la question de savoir s’il a lu les déclarations de Pelé affirmant que Lionel Messi a un style de jeu brésilien, l’argentin répond : "Quoi ? Il a dit ça ? Dis à Pelé qu’il faut qu’il retourne au musée. Léo est argentin, encore plus argentin que moi".
Apprécie-t-il Neymar, le jeune attaquant de la Selecao et du FC Barcelone ? "Neymar, c’est comme Pelé. Tout le Brésil ne regarde que lui, c’est la star du football brésilien du moment, mais la force du Brésil c’est sa défense". Messi est-il au-dessus de Neymar ? "Bien sûr", répond le héros du Mundial 1986. "Il y a la même distance entre Messi et Neymar qu’entre Maradona et Pelé".
"El pibe de oro" n’a jamais fait dans la modestie ni dans la demi mesure, c’est même sa marque de fabrique depuis toujours. Pour ce Mondial brésilien, il semble une nouvelle fois en pleine forme. Au lendemain de la déroute de l’Espagne face aux Pays-Bas (1-5), il déclarait que le gardien espagnol Iker Casillas lui semblait "fatigué". Quant au capitaine portugais, Cristiano Ronaldo, il dit en souriant qu’il est très bon, mais que lorsqu’il marque un but, "il se présente devant la caméra comme s’il voulait te vendre un shampoing".
Diego en guerre contre l'AFA, la fédération argentine de football
Mais c’est aux dirigeants de la fédération argentine de football (AFA) qu’il réserve sa hargne. "Savez-vous que la Fédération parle d’inviter dans les tribunes les champions du monde argentins pour le match contre le Nigéria ?" lui demande-t-on. "Moi, personne ne m’a rien proposé, même pas un café. Et quand bien même ils m’inviteraient à boire un café, dites leur bien que je le paierai de ma poche".
Depuis des semaines, Maradona critique l’absence au Mondial de l'attaquant Carlos Tevez, non retenu par le sélectionneur argentin Alejandro Sabella. Pour lui, il ne fait aucun doute que ce ne sont pas ses résultats sportifs qui sont en cause (21 buts marqués en Série A cette saison) mais le fait de l’avoir un peu trop ouverte face à Julio Grondona, l’inamovible parrain du football argentin, et son adjoint à la tête de la Fédération, Carlos Bilardo.
À l’heure de conclure l’entretien, Diego endosse le costume qu’il apprécie tout particulièrement, celui du défenseur du peuple contre les puissants. "Ça vous plait que le Mondial ait lieu au Brésil ?" demande le journaliste. "Au Brésil", se met à pontifier l’admirateur de Chavez et fervent supporter de la gauche latino-américaine, "le béton a dévoré les êtres humains. Tout comme la FIFA a dévoré le football. Ici, le Mundial n’a pas vraiment de saveur. C’est une erreur de ne rien donner au peuple, et d’investir tout l’argent dans du béton. Après le Mundial, avec toutes les grèves qui ont lieu, nous allons devoir revenir et mouiller le maillot pour Dilma, pour qu’elle gagne l'élection (présidentielle, en octobre, ndlr)".
À 54 ans, Diego Maradona est bien installé dans son Mondial, truculent, immodeste et gouailleur. On peut le retrouver dans une émission de la chaine de télévision vénézuelienne "anti-impérialiste" Télésur, intitulée De Zurda, "Du gauche".
Diego Maradona dans l'émission De Zurda sur Télésur