Le mobile antisémite difficile à envisager
Le film insiste notamment sur les failles de l’investigation policière. Pourtant bien intentionnés, les officiers et inspecteurs de police n’arrivent pas à voir l’évidence : Ilan Halimi a été kidnappé et torturé parce qu’il est juif. Au Quai d’Orsay, personne n’arrive à prendre la mesure de l’antisémitisme des ravisseurs.
La police apprend pourtant assez rapidement que le Gan g des Barbares - qu’Arcady dépeint comme une bande de voyous entraînés par la folie de
Youssouf Fofana (interprété par Tony Harrison) – avaient tenté de s’en prendre à d’autres juifs. Mais les enquêteurs restent accrochés à leurs convictions, persuadés que la religion n’a rien à voir dans l’enlèvement. Dans la scène la plus poignante du film, Ruth Halimi, la mère d’Ilan, écoute un employé de boutique de téléphonie mobile, voisine de celle où son fils travaillait, raconter à la police qu’il avait été approché de la même manière par une séduisante cliente. Mais ce dernier a refusé l’invitation pour célébrer shabbat en famille, un vendredi soir.
La peur "d’ajouter de l’huile sur le feu"
Si "24 jours" apporte finalement peu d’un point de vue cinématographique, son réalisateur semble vouloir y dépeindre une France hantée par les vieux démons de l'antisémitisme. La police n’arrive pas à envisager Ilan Halimi comme autre chose qu’une victime ordinaire, et certainement pas comme la victime d’un crime de haine.
Alexandre Arcady avance d’autres hypothèses pour expliquer cette incapacité des autorités françaises à admettre, sur le moment, la motivation antisémite du gang. Conjoncturelle d’abord : "l'affaire Ilan Halimi se déroule six mois après celle de la 'fille du RER'. Une jeune fille avait fait croire à une agression antisémite dans un train et toute la classe politique, le président de la République en tête, s’était indignée jusqu'au moment où la police avait découvert l’affabulation, d'où la crainte, pour elle, de tomber dans un même piège", explique le réalisateur.
Une explication sociale ensuite : l’affaire Halimi s’est déroulée un an après les émeutes dans les banlieues françaises. "Cette mise ‘à feu et à sac’ des cités a été une épreuve terrible pour notre société et comme l'affaire du Gang des barbares pouvait être liée aux quartiers, on ne voulait pas risquer un faux-pas, il ne fallait surtout pas mettre ‘de l'huile sur le feu’ ", poursuit Arcady.
Un silence glaçant
Les barrières psychologiques, structurelles, sociales ou historiques qui peuvent expliquer l’aveuglement des autorités françaises, n’enlèvent rien à l’incompétence dont la police s’est montrée coupable, parfois, dans cette affaire. La caméra se pose notamment dans le cybercafé du 14e arrondissement parisien où les policiers ont laissé s’échapper Youssouf Fofana. Mais Alexandre Arcady se défend néanmoins d’avoir fait un film à charge : "Je pense que les policiers ont fait plus que le maximum. Ils étaient quatre cent fonctionnaires à déployer toute leur énergie, 24 heures sur 24. Malheureusement, ils ont fait des erreurs", précise-t-il.
Et elles n’excusent en rien l’omerta. Car le plus révoltant pour le réalisateur ne semble pas être les erreurs de la police mais le silence de ceux qui savaient. Du gardien de l’immeuble de Bagneux qui a autorisé les membres du Gang des Barbares à détenir Ilan dans un appartement, aux voisins qui avaient pourtant bien remarqué des activités suspectes.
Suite à la mort d’Ilan Halimi, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans Paris contre le racisme et l’antisémitisme. Mais selon Zabou Breitman, qui interprète Ruth Halimi, ce n’était pas assez : "Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas eu plus d'émoi et de manifestations à l'époque. Il y en a eu, bien sûr, mais sans l'ampleur que cela aurait dû susciter", déclare-t-elle dans le dossier de presse, avant d'ajouter : "Mais la vraie question, c'est : aujourd'hui, combien de personnes y aurait-il dans la rue ?"