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Mediapart a dévoilé mardi des extraits de conversations privées entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. L'auteur de l'article, Fabrice Arfi, décrypte l'affaire sur l'antenne de FRANCE 24.

Des extraits de conversations échangées entre Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, ont été dévoilés mardi 18 mars par Mediapart. Selon le site d’information, ces écoutes enregistrées par la justice sur le téléphone confidentiel de l’ancien président confirment les soupçons de trafic d’influence. Interrogé par FRANCE 24, Farbice Arfi, le journaliste de Mediapart qui a cosigné l'article, revient sur la teneur de ces révélations.

FRANCE 24 : Comment Nicolas Sarkozy s'y prenait-il pour être si bien informé?
Fabrice Arfi :
Grâce à ces écoutes, on découvre que depuis qu'il a quitté l'Élysée, Nicolas Sarkozy a mis en place une sorte de cabinet noir au sein de l'appareil d'État. Le but est d'être informé de manière très précise, grâce à un certain nombre de fuites illégales, sur le cours des enquêtes qui le menacent, menées par plusieurs juges d'instruction, qu'il essaie de neutraliser. Il essaie donc d'entraver le cours de la justice sur des affaire qui l'embarassent.

FRANCE 24 : Que révèle la teneur des écoutes ?
Fabrice Arfi :
Ces écoutes révèlent un véritable complot contre l'état de droit et l'institution judicaire. Elles nous disent également que Nicolas Sarkozy panique littéralement au sujet des enquêtes qui le menacent et n'est pas du tout serein. Les mots qu'il a prononcés sont ceux d'un chef d'État pris la main dans le pot de confiture et non ceux de quelqu'un de serein face à la justice. Un exemple : Nicolas Sarkozy tente de s'informer sur des perquisitions éventuelles de ses bureaux en marge de l'affaire libyenne, en communiquant avec son avocat sur des téléphones qu'ils avaient achetés sous de fausses identités et qu'ils ne pensaient pas sous écoute. Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy vont même jusqu'à organiser de fausses conversations sur leurs lignes officielles pour tromper la vigilance des policiers.

FRANCE 24 : Quel a été le rôle de Gilbert Azibert?
Fabrice Arfi :
Le contenu des écoutes apporte la preuve de ce qui pourrait être qualifié de trafic d'influence, voire même de corruption de magistrat. Cela concerne Gilbert Azibert, haut magistrat de la Cour de cassation, qui, d'un côté, a renseigné de manière illicite Nicolas Sarkozy sur l'évolution de l'enquête Bettencourt, et, de l'autre, a profité du soutien de l'ancien président pour tenter de décrocher un poste à Monaco. Il ne l'a finalement pas obtenu. Mais Azibert n'est pas la seule taupe de la Sarkozie, puisqu'on découvre également que Thierry Herzog était en contact avec une autre personne, dont on ignore l'identité, qui l'informait notamment sur les perquisitions liées à l'affaire des financement libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy. Cela montre que c'est un véritable système organisé, mis en place pour neutraliser les juges.

FRANCE 24 : Quelles conséquences vont avoir ces écoutes?
Fabrice Arfi :
Elles ont donné lieu à une nouvelle instruction contre Nicolas Sarkozy. En plus de l'affaire libyenne, en plus de l'affaire Tapie, en plus de l'affaire des sondages et d'autres dossiers. Cette fois, il s'agit de trafic d'influence, et peut-être de corruption de magistrats, selon la manière dont les choses évolueront. À la lecture de la teneur des écoutes, on comprend un peu mieux le système d'enfumage mis en place depuis plusieurs semaines par les amis de Nicolas Sarkozy pour faire oublier le fond du dossier, qui est accablant.