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Le président par intérim redoute les "manifestations séparatistes"

Dans le sud du pays, plusieurs villes de Crimée connaissent un mouvement de protestation contre le nouveau pouvoir. Le président Olexandre Tourtchinov, dont le gouvernement doit être connu ce mercredi, dénonce les tentations séparatistes.

Les consultations politiques se poursuivent mercredi 26 février en Ukraine pour former un gouvernement de transition que devrait approuver le Parlement, après la destitution le week-end dernier du président Viktor Ianoukovitch.

Plusieurs noms circulent concernant le candidat au poste de Premier ministre, mais signe de la difficulté d'un compromis, le Parlement a repoussé de 24 heures la nomination du gouvernement, initialement prévue mardi. "Il faut que la décision soit prise jeudi. On ne peut pas attendre plus longtemps", a lancé au Parlement le président par intérim, Olexandre Tourtchinov.

Il n’a en outre pas caché son inquiétude quand au risque de partition qui menace la pays, appelant à "mettre immédiatement un terme aux manifestations dangereuses de séparatisme", sans citer de cas concrets mais en référence aux manifestations observées mardi 25 février dans plusieurs villes de Crimée. L’inquiétude du nouveau pouvoir ukrainien est partagée par la communauté internationale. Les Occidentaux ne cachent pas depuis plusieurs jours leurs craintes pour l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ils redoutent que la crise des derniers mois n'ait creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire démographiquement, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone.

Des blindés russes stationnés à Sébastopol

Dans la péninsule pro-russe de Crimée, des manifestations pro-russes ont rassemblé

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L'Ukraine peine à se doter d'un nouveau gouvernement
Le président par intérim redoute les "manifestations séparatistes"

mardi plusieurs centaines de personnes. La Crimée jouit du statut de "république autonome" au sein de l'Ukraine et ses autorités locales avaient suggéré début février d'amender la Constitution locale pour faire de la Russie la "garante" de cette autonomie. Les tendances pro-russes y sont très fortes.

Quelque 500 manifestants pro-russes se sont en effet rassemblés mardi à Sébastopol non loin de la Maison de Moscou, qui abrite une représentation commerciale russe. Ils ont exigé la nomination d'Alekseï Tchaly, un entrepreneur local de citoyenneté russe russe, au poste de maire de la ville. Dimanche, un autre rassemblement avait attiré environ 10.000 personnes à l'appel de mouvements pro-russes afin de protester contre le nouveau pouvoir à Kiev.

En outre, deux blindés russes étaient stationnés mardi à Sébastopol, un port dans lequel la Russie possède une base militaire navale stratégique. Un véhicule blindé était visible sur le territoire de l'état-major de la flotte russe de la mer Noire et un autre dans la cour de la Maison de Moscou. Un porte-parole de la flotte russe de la mer Noire, interrogé par l'AFP, s'est refusé à tout commentaire alors que des médias locaux affirment qu'ils ont été placés là pour faire face à d'éventuelles "attaques terroristes".

Des appels en faveur de la sécession

A Simferopol, chef-lieu de la Crimée, un mouvement similaire a été observé. Quelque 500 manifestants pro-russes ont également manifesté mardi devant le Parlement local pour réclamer plus d'autonomie.

"En Crimée, on craint pour les intérêts et la vie des russophones", indique Douglas Herbert, envoyé spécial à Simferopol. Il explique que des députés du parlement local vont essayer de renverser ce mercredi le gouvernement local perçu comme trop proche du nouveau pouvoir ukrainien. "Ils veulent un gouvernement local qui soit pro-russe et protège les russophones de Crimée", poursuit-il. "Il y a des personnes en Crimée qui appellent non plus à d’avantage d’autonomie mais ouvertement à faire sécession", rapporte-t-il. Un important déploiement de police est observé car des tensions sont à craindre ce mercredi où deux manifestation sont prévues, l’une pro-europe et l’autre pro-russe.

Les autorités russes ont toutefois cherché mardi à apaiser la tension. Après avoir mis en doute lundi la légitimité des nouveaux dirigeants ukrainiens et déclaré ne pas se voir "travailler" avec un gouvernement issu d'une "révolte", Moscou a adopté un ton plus conciliant. Tout en se déclarant opposé à une présidentielle anticipée, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, a déclaré qu'"il serait dangereux et contreproductif de forcer l'Ukraine à un choix 'soit vous êtes avec nous, soit contre nous'".

Avec AFP