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Depuis la mise en examen de l'Infante Cristina en janvier, la popularité de la monarchie n'a jamais été aussi faible. Face au scandale, la famille royale mise sur la communication pour redorer son image. Reportage à Madrid.

Comme tous les jours, la presse espagnole suit et commente le quotidien de la famille royale. Comme tous les jours, les journalistes espagnols campent devant le Zarzuela, le domaine où vivent et reçoivent les Bourbon. Et comme à chaque fois, les caméras ne sont autorisées à filmer que dans la salle de réception, où se tiennent les remises de cadeaux et où l'on pose en famille.

Si la communication des Bourbon est verrouillée, elle l'est d'autant plus depuis l’inculpation de l’infante Cristina, le 7 janvier, pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. Quelques jours après, lors des remises de prix en présence du prince Felipe, les reporters sont invités à se cantonner au protocole. Interdiction formelle de poser des questions à l'héritier de la courronne. 

"Sourire de façade"

Dans le minibus qui reconduit la presse à l’entrée du domaine, les journalistes rongent leurs freins. "Sur l’inculpation de l’infante, la famille royale ne dira rien de plus, mis à part qu'elle respecte les décisions judiciaires… C’est tout", déplore Patricia Valero, journaliste pour Antena 3.

Face à l'absence d'informations, d'autres spécialistes de la royauté s'autorisent quelques interprétations. "On a vu le Prince sourire comme si de rien n’était, mais si comme nous, tu le vois très souvent, tu sais qu’aujourd’hui il avait un sourire de façade", glisse Lucia Yeste de Radio nacional de Espana (RNE). 

Plus de la moitié des Espagnols pour l'abdication du roi

Dans la tempête qui ébranle la monarchie, la famille royale prend soin de ne pas écorner l'image du Prince héritier, dont la popularité a augmenté de 4 points en 2013 pour atteindre 66 %, selon un sondage publié début janvier par le journal "El Mundo". En revanche, le soutien général à la monarchie a chuté à 49,9 %.

L'opinion reste en effet très divisée sur le roi Juan Carlos, qui s'était attiré le respect des Espagnols en aidant le pays à s'installer dans la démocratie après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Mais sa popularité, qui a chuté de 9 points pour tomber à 41%, n'a pas résisté à plusieurs scandales.

Après trois années de scandales à répétition, sans oublier la santé fragile du roi, 62 % des Espagnols souhaitent son abdication au profit du Prince. "Juan Carlos ne peut pas être tenu responsable des agissements de ses enfants, lance une Madrilène. Chacun est comme il est, et doit payer pour ses propres erreurs, pas celles des autres. Notre roi est fantastique, jamais il ne nous a abandonnés."

"Monarchie ou république"

Y a-t-il le feu à la maison royale ? C’est ce que laissent penser certains éditorialistes, y compris quelques monarchistes. "Si le roi se maintient à la tête de l’État, le débat ne sera bientôt plus sur le ‘père ou le fils’ mais plutôt sur la ‘monarchie ou la république", commente l'éditorialiste Juan Antonio Zarzalejo. 

Et la famille royale l’a bien compris. Pour redorer son blason, elle doit aujourd’hui asseoir sa légitimité auprès des jeunes, qui n’ont pas vécu la dictature. Pour cela, une entreprise nommée Atrisa a ainsi créé le tout nouveau site Internet de la monarchie destiné aux enfants.

"Bienvenue dans votre maison", indique la page d’accueil avec les dessins sans rides du roi et de la reine d’Espagne. Des caricatures réalisées par un dessinateur collaborateur de Disney. Sur ce site, ce sont les petits internautes qui sont invités à répondre aux dessins des petites-filles de Juan Carlos.

"Il n’y a rien de mieux pour communiquer avec les enfants que quand c’est un autre enfant qui s’adresse à lui, indique Miguel Gonzalez, responsable de la communication enfants chez Atrisa. Que ce soit les infantes de 8 et 6 ans qui soient les premières à envoyer un dessin, est un appel aux autres enfants, pour qu’ils comprennent que ce site est fait exclusivement pour eux." Une opération séduction qui tente de faire oublier les affaires familiales et l'audition de l'infante Cristina le 8 février prochain.