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Le pape François, un dangereux marxiste ?

Le pape François est devenu la nouvelle cible des néo-conservateurs américains qui le qualifient de "marxiste". Le chef de l’Église catholique s’en défend, et pour l’économiste Pascal de Lima, le Saint-Père serait plutôt un social-démocrate pur jus.

Il y a eu ces rumeurs persistantes suggérant que le pape François sortait, le soir venu, du Vatican pour aller à la rencontre des plus pauvres. Il y a, aussi, eu cette exhortation apostolique, l’“Evangelii Gaudium”, sorte de programme politique publié fin novembre dans lequel le Saint Père fustige l’”idolâtrie de l’argent” et “l’économie de l’exclusion”.

N’en jetez plus ! Pour les néo-conservateurs américains la messe est dite. Ce nouveau pape, venu d’Argentine, ne serait rien d’autre qu’un dangereux “marxiste”. Foi de Rush Limbaugh, l’un des animateurs radio conservateurs américains les plus influents. “Sa dénonciation du capitalisme débridé n’est qu’une attaque digne d’un socialiste contre le modèle américain”, s’emporte ce fervent baptiste. Pour Stuart Varney, un commentateur de la chaîne conservatrice Fox, François incarne une sorte de “néo-socialisme”. Enfin, Jonathan Moseley, un membre du Tea Party, juge que le chef de l’Église catholique trahit Jésus Christ qui aurait été “un capitaliste qui prêchait la responsabilité individuelle” et “saluait la recherche du profit”.

Des attaques jugées suffisamment graves par le Saint Père pour qu’il daigne y répondre. Dans un entretien, accordé dimanche 15 décembre au quotidien italien “La Stampa”, François affirme que “la théorie marxiste est erronée”, tout en admettant qu’il connaissait des “gens très bien” qui y adhèrent. Pour le souverain pontife, la dénonciation des inégalités sociales s’inscrit parfaitement dans le message social de l’Église.

Plus à droite que Jean-Paul II

Pour Pascal de Lima, chef économiste au cabinet de conseil EcoCell, François a raison de se défendre d’être “marxiste”. “Rien dans ce que dit le pape n’est tiré de la théorie marxiste, qui repose sur l’idée qu’il y a une classe défavorisée exploitée par une classe dirigeante pour son profit”, souligne-t-il. L’analyse de François serait, à ses yeux, beaucoup plus “moderne” car il “dénonce les inégalités au sein d’une même classe économique”.

C’est ce qu’on appelle la pauvreté relative par rapport à la pauvreté absolue qui désignent les inégalités de richesses au sein de la société dans son ensemble. “En s’attachant à cette première notion, le pape François s’inscrit dans la pensée économique du courant social-démocrate pur jus”, explique Pascal de Lima.

En ce sens, la pensée économique du nouveau souverain pontife constitue même un glissement vers la droite par rapport à ses prédécesseurs. “Jean-Paul II, dans ces discours en faveur de la paix dans le monde, évoquait une égalité économique absolue ce qui emprunte bien davantage à la pensée marxiste d’une société idéale”, rappelle Pascal de Lima.

Les néo-conservateurs et autres fans du “Tea-party” se seraient donc trompés de pape avec leurs attaques. Mais pourquoi, alors, se réveillent-ils seulement maintenant ? Peut-être, d’après Pascal de Lima, parce que François rentre davantage dans le vif du sujet que ses prédécesseurs. “Historiquement, l’Église catholique se borne à évoquer des règles économiques générales alors que François parle plus concrètement de ce qu’il faudrait, à ses yeux, changer”, remarque cet économiste. Le souverain pontife dénonce, en effet, le mythe de la “main invisible” (le fait que les marchés s’autorégulent sans intervention de l’État) et s’en prend aussi à la théorie du ruissellement (selon laquelle les richesses produites par les plus fortunés finissent par bénéficier à toute la société).

Mais que la droite conservatrice américaine se rassure, les remèdes économiques du pape ressemblent davantage “aux solutions proposées par un François Bayrou ou un Dominique Strauss-Kahn”, d’après Pascal de Lima, qu’à un appel au grand soir.