
La coalition au pouvoir en Argentine conserve sa mainmise sur le Parlement à l'issue des législatives de mi-mandat, mais perd de nombreuses provinces-clés. Sergio Massa (photo), un péroniste dissident, a notamment remporté celle de Buenos Aires.
Dix ans après l’arrivée de Cristina Kirchner au pouvoir en Argentine, la coalition présidentielle, le Front pour la victoire (FPV), a perdu la main dans les cinq plus importantes provinces du pays, selon les résultats encore provisoires des élections législatives de mi-mandat.
Le FPV a beau conserver la majorité absolue au Parlement, la perte de ces provinces, dont celle de Buenos Aires qui concentre 40 % de l’électorat argentin, est un lourd revers pour la présidente. Les habitants de la capitale lui ont largement préféré le candidat péroniste dissident du Front rénovateur, Sergio Massa.
En remportant cette circonscription, fief électoral du pouvoir, l’homme se positionne comme un prétendant sérieux à la présidentielle de 2015. "Cette victoire est symbolique, mais symboliquement importante puisque […] cette province sert d’indicatif des tendances au niveau national", explique Rebecca Martin, correspondante de FRANCE 24 en Argentine. "Traditionnellement, celui qui remporte les législatives de mi-mandat [dans la province de Buenos Aires] s’impose à la présidentielle qui suit. Tout le monde parle donc déjà du début de la fin du kirchnérisme".
La situation économique au cœur de la bataille
Sergio Massa, 41 ans, est un ancien allié de Cristina Kirchner, dont il a été chef de cabinet entre 2008 et 2009. Aujourd’hui maire de Tigre, une ville bourgeoise proche de Buenos Aires, il a créé son parti il y a quelques mois à peine, et n’a présenté de liste que dans la province de la capitale. Il a axé sa campagne sur une critique systématique de la politique économique de la coalition au pouvoir, dont le bilan est pour le moins mitigé. Son cheval de bataille : l’inflation, qui dépasse les 20 % depuis plusieurs années.
"Nous devons pousser le gouvernement à tenir ses objectifs car l’inflation détruit les salaires des travailleurs et les pensions des retraités qui ont l’impression que l’argent qu’ils gagnent leur glisse entre les doigts", n’a cessé de marteler le candidat du Front rénovateur au cours de sa campagne.
Cristina Kirchner, 60 ans, a été absente de la scène médiatique au cours des trois dernières semaines, en raison d’une intervention chirurgicale. Elle a été opérée d’un hématome au cerveau, apparu après une chute. La présidente, à qui les médecins avaient interdit tout déplacement, n’a pas pu aller voter en Patagonie, où elle est inscrite. Elle a suivi l’élection depuis sa résidence d’Olivos, banlieue bourgeoise de Buenos Aires.
L’opposition remporte Cordoba et Mendoza
Depuis 10 ans, elle poursuit la politique de son mari Nestor Kirchner (2003-2007), qui a sorti l'Argentine de la grave crise économique de 2001, axée sur la lutte contre la pauvreté. Elle a nationalisé la compagnie pétrolière YPF (ex-filiale de Repsol), imposé un contrôle strict des flux de devises et des importations, fortement taxé les exportations, notamment le soja, suscitant le mécontentement des milieux d'affaires qui réclament une dévaluation du peso, qui s'affaiblit face au dollar.
Outre la circonscription de Buenos Aires, celles de Cordoba, une importante province industrielle du nord-ouest du pays, tombe aux mains d’une autre formation péroniste dissidente. Par ailleurs, les socialistes arrivent en tête à Santa Fe, région où on cultive et transforme le soja. L'Union civique radicale (UCR) de l'ex-président Raul Alfonsin (1983-1989) gagne dans celle de Mendoza, et dans la capitale, la Proposition républicaine ( PRO, conservateur) du maire Mauricio Macri s'affiche comme le premier parti. Dans les 19 autres provinces, la coalition présidentielle, d'obédience péroniste, du nom de l'ancien président Juan Peron (1946-1955, 1973-1974), a remporté l'essentiel des sièges.
Avec dépêches
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