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Des milliers de vols annulés : la guerre au Moyen-Orient paralyse l'espace aérien mondial
Des centaines de milliers de voyageurs restaient bloqués, lundi, aux quatre coins du globe, tandis que la fermeture persistante des espaces aériens au Moyen-Orient, depuis le début de l'opération militaire américano-israélienne, continue de perturber gravement l’activité des grandes compagnies aériennes de la région, parmi les plus influentes au niveau mondial.
Un comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Londres Gatwick à Crawley, le 28 février 2026, à la suite des frappes américaines et israëliennes en Iran. © Ben Stansall, AFP

C'est la plus grosse pagaille dans l'espace aérien mondial depuis la pandémie de Covid-19. Des centaines de milliers de passagers se trouvaient toujours bloqués, lundi 2 mars, dans les aéroports du monde entier - conséquence indirecte des frappes menées par les États-Unis et Israël en Iran et de la riposte de Téhéran. 

Depuis samedi, des milliers de vols à destination du Moyen-Orient ont été annulés. Selon la plateforme de suivi FlightAware, près de 2 800 vols ont été supprimés samedi et 3 156, dimanche. Lundi matin, pour le troisième jour de perturbations, elle en dénombrait déjà 1 239.

En parallèle, d'après le site de suivi des vols Flightradar24, les espaces aériens des pays de la région restent fermés. Lundi, le ciel de l'Iran, de l'Irak, du Koweït, d'Israël, du Bahreïn, des Émirats arabes unis et du Qatar était toujours vide.

Sur les réseaux sociaux, les messages de passagers se multiplient, expliquant être bloqués dans les aéroports. "Si mon patron me regarde : Johnny, je reviendrai plus tard cette semaine, enfin j'espère", lance par exemple à la chaîne SABC News un jeune passager bloqué à Johannesburg, en Afrique du Sud, incapable de rentrer à Londres via son vol Emirates. 

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Parmi ces centaines de passagers, "quelques milliers" de clients français sont actuellement bloqués non seulement dans le Golfe, mais aussi en Asie ou en Océanie, selon Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du Tour Operating (Seto).

Des hubs aériens majeurs

"Depuis la pandémie de Covid-19, il n'y a pas eu d'autres crises de cette ampleur-là", résume auprès de l'AFP Didier Bréchemier, expert au sein du cabinet de conseil Roland Berger. 

Pour cause, le Moyen-Orient abrite des hubs aériens majeurs et trois des compagnies aériennes les plus productives au monde : Émirates Airlines dont le siège est à Dubaï, Etihad Airways, basée à Abu Dhabi, et Qatar Airways, établie à Doha.

Le principal aéroport de Dubaï (DXB) pointe ainsi en deuxième position, derrière Atlanta (États-Unis) au classement mondial des aéroports, selon l'association Airports Council International. Après 95,2 millions de passagers en 2025, l'installation disait en viser 99,5 millions cette année, soit un trafic décuplé en 30 ans.

Lui aussi en pleine expansion, l'aéroport Hamad de Doha a quant à lui revendiqué 54,3 millions de voyageurs l'année dernière, un trafic comparable à Francfort et Hong Kong. 

Or, ces deux aéroports et ces trois compagnies sont totalement à l'arrêt. Pour le moment, Emirates Airlines, plus grand transporteur international au monde, a annoncé suspendre l'ensemble de ses vols à destination et en provenance de Dubaï jusqu'à 15 h, heure des Émirats (11 h GMT), lundi. Etihad Airways, de son côté, a suspendu tous ses vols à destination et en provenance d'Abu Dhabi jusqu'à 14 h, heure des Émirats (10 h GMT) et Qatar Airways a interrompu toutes ses opérations jusqu'à nouvel ordre. 

Mais en parallèle de ces trois compagnies, plusieurs transporteurs d'autres pays ont également interrompu leurs vols vers le Moyen-Orient. Air France a notamment décidé d'interrompre tous ses liaisons depuis et vers Tel-Aviv, Beyrouth, Dubaï et Riyad. La compagnie aérienne Swiss a annoncé suspendre ses vols à destination et en provenance de Dubaï jusqu'au mercredi 4 mars inclus. Les vols à destination et en provenance de Tel-Aviv resteront suspendus jusqu'au dimanche 8 mars inclus, a-t-elle ajouté.

Le groupe allemand Lufthansa, le plus grand au niveau européen, a supprimé ses vols vers Tel-Aviv, Beyrouth, Amman, Erbil et Téhéran jusqu'au samedi 7 mars pour l'instant. La compagnie finlandaise Finnair a, elle, suspendu ses vols vers Dubaï et Doha jusqu'à vendredi.

Même décision pour la compagnie à bas coût hongroise Wizz Air qui a suspendu "tous les vols à destination et en provenance d'Israël, de Dubaï, d'Abu Dhabi et d'Amman jusqu'au 7 mars inclus".

Si le Moyen-Orient et ses compagnies ont connu des perturbations par le passé, une fermeture aussi prolongée des espaces aériens — plus de 24 heures — et la mise à l'arrêt simultanée des trois grands hubs de transit du Golfe sont sans précédent, selon divers analystes.

Le défi logistique d'un trajet alternatif

Pour faire face à la situation et débloquer le trafic aérien mondial, les compagnies aériennes tentent de s'organiser pour modifier leurs itinéraires et contourner les espaces aériens fermés. L'objectif est maintenant de mettre en place des "ponts aériens" via des hubs alternatifs comme Istanbul, confirme Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises du Tour Operating (Seto). 

Un défi de taille, selon les analystes, alors que les routes aériennes au-dessus de l'Iran et de l'Irak avaient gagné en importance depuis le début de la guerre en Ukraine.

"Les fermetures dans le Moyen-Orient vont obliger les compagnies à emprunter des couloirs de plus en plus étroits", souligne Ian Petchenik, directeur de la communication de Flightradar24 auprès de Reuters. Sans compter, selon l'expert, qu'à cela s'ajoutent des risques à survoler la zone entre le Pakistan et l'Afghanistan, aussi en pleine période d'affrontements. 

Mais pour Emirates Airlines, Etihad Airways et Qatar Airways, la pause forcée risque de se prolonger. "Ces compagnies ont construit leur activité sur le modèle du hub and spoke (hub et rayons)", explique dans le média The Conversation Natasha Heap, spécialiste de l'aviation civile à l'université de Southern Queensland, en Australie. "Elles acheminent tous les passagers vers leur hub avant de les transporter vers leurs destinations finales. Avec la fermeture de l'espace aérien, ces compagnies ne peuvent donc ni faire entrer ni sortir les passagers."

Or, "il leur est pratiquement impossible de déplacer, même temporairement, leur base d'opérations vers un autre pays", poursuit-elle. "Emirates dispose par exemple d'une flotte de 261 avions de passagers en service. Trouver simplement un endroit pour garer tous ces appareils représenterait déjà un défi considérable."

Sans compter qu'"au-delà des appareils, les compagnies aériennes ont besoin de grandes équipes de pilotes et de personnel de cabine, d'importantes opérations de restauration, de nettoyage, de ravitaillement en carburant et de maintenance. Et tous ces systèmes sont hautement intégrés et propres à leur localisation. Il est donc extrêmement difficile de gérer leur délocalisation ou leur reproduction dans un autre pays dans un délai très court."

La situation porte donc un gros revers à ces trois compagnies. Pour leur image d'abord alors que l'Iran frappe depuis dimanche les monarchies du Golfe. "Ce qu'elles vendent, c'est la sécurité des biens et des personnes, (...) on parlait de Dubaï un peu comme de la Suisse alors forcément, ça casse l'image", explique Didier Arino, directeur général de la société de conseil Protourisme. Mais aussi pour leur économie, alors que les répercussions "se chiffrent d'ores et déjà pour le transport aérien en centaines de millions d'euros de pertes".

Avec AFP et Reuters