Les pourparlers sur le nucléaire iranien reprennent ce mardi à Genève entre Téhéran et le groupe des "5+1". Les deux parties comptent mettre à profit la détente amorcée entre l'Occident et le nouveau président iranien Hassan Rohani.
Les négociateurs iraniens et les représentants des cinq pays du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France) plus l'Allemagne se retrouvent, ce mardi 15 octobre à Genève, pour un nouveau cycle de négociations sur le programme nucléaire iranien controversé. Et ce, avec l’intention de sortir de l’impasse en profitant de la nouvelle atmosphère apportée par le président Hassan Rohani.
Depuis son élection en juin et sa conversation téléphonique historique avec le président Obama en septembre, l'Iran se dit prêt à plus de transparence sur son programme nucléaire, que les Occidentaux soupçonnent de contenir un volet militaire caché, tout en restant ferme sur certaines revendications.
Les négociations doivent durer deux jours entre l'Iran et les pays du groupe des "5+1" (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne) sont prévues au niveau des directeurs politiques ou des vice-ministres des Affaires étrangères. Elles sont présidées par la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton.
"La fenêtre diplomatique s'ouvre de plus en plus", a souligné à Londres le secrétaire américain John Kerry, résumant une impression générale confortée lors de la visite à l'ONU à New York du nouveau chef de l'État iranien.
"Volonté de tranparence"
De la part de l'Iran, "il y a une volonté de transparence, de changement de ton, de redevenir un partenaire fréquentable et légitime", a affirmé le secrétaire d'État suisse aux Affaires étrangères Yves Rossier, à la télévision publique RTS, qui était la semaine dernière à Téhéran. La Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran depuis la révolution islamique, se veut un "facilitateur" dans ce dossier.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, apprécié comme un diplomate d'ouverture, participera à la première séance pour proposer "une feuille de route", en vue d'un accord en moins d'un an.
Prêt à revenir si nécessaire, il passera ensuite la charge au vice-ministre des affaires étrangères, Abbas Araghchi, un diplomate au discours plus classique, négociateur en chef sur le nucléaire. Ce dernier a déjà tracé "la ligne rouge pour l'Iran" sur l'enrichissement de l'uranium, au centre des inquiétudes occidentales.
"Nous ne permettrons en aucun cas que l'enrichissement d'uranium soit suspendu, limité ou stoppé. Nous pouvons en revanche discuter du niveau, de la forme et de la quantité de l'enrichissement", a-t-il affirmé. "Nous ne permettrons pas non plus qu'un gramme d'uranium enrichi quitte le pays", a-t-il ajouté.
"Nous sommes plutôt prêts à avancer mais cela dépend de ce qu'ils vont mettre sur la table", a averti un haut responsable américain qui attend "des actions concrètes et vérifiables". Selon lui, on ne peut pas permettre à Téhéran de profiter de la prolongation sans fin de la négociation pour continuer son programme nucléaire.
Possibilité d'ouverture
Pour la première fois, la délégation américaine compte plusieurs responsables des sanctions économiques qui pèsent si lourd sur l'Iran et des experts familiers des discussions y voient une possibilité d'ouverture.
Signe de détente supplémentaire, un groupe d'influents sénateurs américains ont annoncé, lundi, qu'ils étaient prêts à suspendre l'examen d'une nouvelle série de sanctions des États-Unis contre l'Iran, si Téhéran acceptait un arrêt immédiat de tout enrichissement d'uranium.
Enfin côté iranien, Téhéran a insisté sur la nécessité d'une réunion ministérielle avec les grandes puissances après les négociations de Genève pour finaliser un éventuel accord sur son programme nucléaire.
"J'espère que nous pourrons arriver à une feuille de route d'ici mercredi mais (...) il sera probablement nécessaire d'avoir une nouvelle réunion ministérielle", a écrit dimanche soir le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif,sur sa page Facebook.
Selon le rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) publié fin août, l'Iran possède 6 774 kilogrammes d'uranium enrichi à 3,5 %, et 186 kg d'uranium enrichi à 20 %. Le pays a également transformé 187 autres kg d'uranium enrichi à 20 % en barres de combustibles. L'Iran possède plus de 19 000 centrifugeuses, dont 1 000 de la nouvelle génération, plus puissantes que les précédentes.
Avec dépêches