
Ovationné par trois millions de jeunes, le pape a clôt dimanche les 28e Journées mondiales de la jeunesse durant lesquelles il a rappelé la nécessité pour l'Église d'être plus près des pauvres. Un message auquel le Brésil est très sensible.
"Il est bon pour nous d’être ici !", avait lancé le pape François le 25 juillet au soir aux quelque 1,5 million de jeunes venus l’accueillir sur la plage de Copacabana au Brésil pour sa première célébration. Souriant, le souverain pontife a en effet semblé à l’aise tout au long de ces Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui s'achèvent ce dimanche 28 juillet. Et selon les observateurs, il a séduit les participants. Dans leur immense majorité, ils ont été conquis par la chaleur et les paroles simples et directes du pape François.
Le ville polonaise de Cracovie accueillera les prochaines JMJ en 2016, a annoncé dimanche le pape François à Rio de Janeiro devant trois millions de fidèles massés sur la plage de Copacabana.
"Chers jeunes, pour les prochaines Journées mondiales de la Jeunesse, nous nous donnons rendez-vous en 2016, à Cracovie, en Pologne", a annoncé François à l'issue de la messe de clôture des 28e JMJ de Rio.
Une proximité qui, depuis son élection en mars, est devenue sa marque de fabrique et qui crée un certain engouement. "Voilà ce pape, tel qu'il est. Personne ne le refera, pas même la grandeur de sa fonction. Il aime le contact direct", dit ainsi de lui Jean-Marie Guénois, journaliste spécialiste des questions religieuses dans un article publié le 25 juillet dans "Le Figaro". Dans les rues de Rio, les jeunes ont déambulé en chantant des hymnes et on adopté pour cri de ralliement : "Nous sommes la jeunesse du pape ! " Pour l’historien des religions Odon Vallet, on voit dans ces premières JMJ du pape François "une continuité sur le fond avec Jean-Paul II et Benoît XVI. Mais sur la forme, c’est le style du pape François, très direct, très franc, pas diplomatique, de proximité et que tous les jeunes comprennent". "C’est peut-être le curé que chacun aurait aimé avoir dans sa paroisse", résume-t-il dans un sourire sur l'antenne de FRANCE 24.
Des gestes et des mots qui ont une résonance particulière au Brésil
Dimanche 28 juillet, ils sont plus de trois millions rassemblés sur la plage de Copacabana. La plupart d’entre eux sont là depuis la veille et ont dormi sur place, transformant la célèbre étendue de sable en camping géant. Tous sont là pour assister à la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse, point d’orgue de ce grand rassemblement de la jeunesse catholique. Le premier pape sud-américain de l'Histoire achève ainsi le premier voyage à l'étranger de son pontificat au cours duquel il a fait preuve à 76 ans d'une énergie débordante.
La veille, le pape François avait invité les jeunes catholiques à suivre les pas de Jésus en s'engageant sur le terrain social et politique pour "changer le monde". "Les jeunes dans les rues veulent être les acteurs du changement. S'il vous plaît ne laissez pas les autres devenir les acteurs du changement (...) Ne restez pas au balcon de la vie, Jésus n'y est pas resté. Il s'y est engagé ! Engagez-vous-y comme l'a fait Jésus", avait ainsi lancé le pape aux pèlerins. Cette invitation a pris une résonance particulière au Brésil, où la population s'est révoltée en juin pour réclamer une amélioration des services publics (transports, éducation, santé) et crier son exaspération de la corruption et de la classe politique.
Comme à son habitude depuis son élection, le pape François a imprimé sa marque personnelle sur cet exercice particulier par lequel sont passés ses prédécesseurs. Il n’a ainsi pas hésité à modifier un programme conçu à l’origine par Benoît XVI, pour y inclure notamment un passage remarqué et médiatisé par la favela de Varginha, rappelant son attachement à une "Église pauvre pour les pauvres".
Un message auquel le Brésil est particulièrement sensible. Le pays est le berceau de la théologie de la libération, un courant religieux d’inspiration marxiste voire révolutionnaire, qui a notamment pour message de remettre les pauvres au cœur de l’Église. Très appréciés en Amérique latine dans les années 1970 et 1980, les théologiens de la libération ont été violemment combattus par l’Église de Rome, et notamment par le pape Jean-Paul II.
Vers un rapprochement historique avec les théologiens de la libération ?
Aujourd’hui, ce pape des pauvres semble faire prendre un tournant au Saint-Siège. S’il a pris ses distances avec les positions politiques de ceux qu’on appelait les prêtres rouges - positions que le pape a qualifié lors des JMJ d’"erreurs de jeunesse" -, il montre certains signes de rapprochement. Pour Odon Vallet, "s’il est vrai que le discours du pape trouve des échos dans la théologie de la libération, le pape François n’est pas un marxiste et il a toujours été contre la version dure de cette doctrine". Mais sa proximité avec les pauvres suffit à jeter les bases d’une réconciliation.
Dans un entretien accordé au quotidien espagnol "El Pais", le théologien Leornado Boff, Brésilien et chef des théologiens de la libération, loue "le courage du pape" pour se situer auprès des plus pauvres et estime que son action s’inscrit dans "l’héritage" de ce courant. "La manière d'agir du nouveau pape favorise cette doctrine, mais il vaut mieux qu'il ne la mentionne pas, parce qu'elle pourrait créer la polémique", observe le théologien, exclu de l’Église, réduit au "silence pénitentiel" par Benoît XVI. Il va jusqu’à révéler au journal espagnol que le pape François aurait l’intention de le recevoir à Rome après avoir réformé la Curie. Si la rencontre se produit, elle marquerait un tournant historique dans l’histoire de l’Église catholique.
De nouveau, François agit de manière novatrice. Celui qu’on a surnommé "le pape des premières fois" n’en finit plus de vouloir trancher avec la tradition vaticane. "Une chose est sûre, c’est qu’il a un style nouveau et qu’il a la volonté de réformer l’Église, affirme Odon Vallet. Mais combien de temps et d’énergie lui faudra-t-il pour cela ? N’oublions pas que Benoît XVI a renoncé faute de forces."