
Le Ramadan doit débuter mardi en France, date fixée à l'avance pour la première fois par le CFCM. Mais cette méthode de calcul ne fait pas l'unanimité parmi les musulmans, certains préférant l'observation traditionnelle de la lune.
Les musulmans de France le savent depuis début mai : le ramadan commencera le mardi 9 juillet en France cette année, et l’Aïd-el-Fitr, qui marque le fin du jeûne, sera célébré le 8 août.
C’est la première fois que les dates du traditionnel jeûne, dont l’observation constitue l’un des cinq piliers de la religion musulmane, sont connues d’avance, grâce à un nouveau mode de calcul adopté unilatéralement par le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance chargée de représenter les musulmans de France.
"Cette fois-ci, pour la première fois, la date est fixée en France", a souligné Dalil Boubakeur cité par l’AFP, le nouveau président du CFCM. "Ce sera mieux organisé", s'est-il-réjoui.
Inquiétudes
Certains se demandent toutefois à quelle échelle cette nouvelle méthode sera suivie. Certaines associations regroupant des croyants musulmans, citées notamment par le site internet "Trouve ta mosquée", ont fait état "d'inquiétudes". Le site évoque "un choix qui divise les mosquées de France".
"Auparavant, tout le monde attendait avec une certaine impatience la date et l'heure. On était tous réunis pour savoir quand ça allait débuter. Ensuite, le soir de l'annonce, les prières commençaient", rappelle à l'AFP le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, évoquant avec nostalgie ce "moment privilégié". "On verra comment les gens vont s'organiser cette année, comme c'est nouveau", ajoute-t-il.
Ainsi, lundi soir, certains croyants refuseront de déroger à la tradition et plusieurs mosquées à travers la France ont prévu d’observer la lune pour la "traditionnelle nuit du doute". "Je pense qu'il n'y aura aucune différence avec les années précédentes", considère M'hammed Henniche, de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis. "Depuis toujours, il y a trois ou quatre références importantes, l'Arabie saoudite, l'Égypte ou le Maghreb. Ces pays ont des comités, des conseils spécialisés, donc tout les monde les suit. C'est l'habitude", constate-t-il. Il se pourrait donc bien que certains musulmans en France ne commence le jeûne que le mercredi 10 juillet.
Mais pour Dalil Boubakeur, le calcul du CFCM est juste et sera suivi par la majorité. "Certaines mosquées voudront avoir l'avis de l'Arabie saoudite mais je pense que les musulmans de France, très majoritairement, prendront la date déterminée par les savants de l'islam, qui est scientifiquement irréfutable", a-t-il ainsi affirmé.
Réforme
Abandonnant la méthode traditionnelle qui consiste à observer la lune à l’œil nu à l’approche de la période du ramadan, afin d’en déterminer le début, le CFCM a adopté une règle de calcul astronomique. Elle est basée précisément sur le calendrier lunaire. Un signe de modernité dans une religion empreinte de traditions.Cette nouvelle méthode a été adoptée par le CFCM, afin notamment de permettre aux croyants d'anticiper l'événement. Il s’agit en outre de l'un des premiers chantiers de l'instance rénovée, après une réforme de ses statuts en février, qui a ramené dans l'instance toutes les composantes de l'islam de France.
Lors de ce mois de ferveur religieuse, les croyants doivent s'abstenir de s'alimenter, de boire et d'avoir des relations sexuelles du lever au coucher du soleil. Il existe néanmoins un certain nombre de dérogations pour les enfants, les femmes enceintes, les vieillards, les malades ou les voyageurs.
En 2009, environ 70 % des musulmans de France déclaraient observer le jeûne du ramadan, contre 60 % il y a vingt ans, selon un sondage Ifop. Le nombre des musulmans en France est généralement estimé à 5 millions de personnes. La France compte 2,1 millions de "musulmans déclarés" de 18 à 50 ans, selon l'Institut national des études démographiques (Ined) et l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).
Avec dépêches