
La médiathèque de Puteaux a mis fin aux abonnements d'hebdomadaires classés à gauche afin d’être, dit-elle, en adéquation avec la demande des habitants. Mais des élus de l’opposition dénoncent "un acte partisan" de la mairie UMP.
"Le Nouvel Observateur", "Marianne" ou encore "Le Monde Magazine"… Plusieurs titres de presse plutôt portés à gauche ont disparu des rayons de la médiathèque de Puteaux dans les Hauts-de-Seine, a indiqué le 15 mai la branche locale d’Europe-Écologie Les Verts (EELV) qui a révélé l’information sur son site web.
Rapidement, plusieurs responsables du groupe écologiste se sont insurgés contre ce qu’ils estiment être "un acte partisan risible" initié par la mairie UMP de la ville. Celle-ci a confirmé que les abonnements de la médiathèque à ces magazines ne seraient pas renouvelés. "La raison invoquée est celle des restrictions budgétaires [...] alors que la mairie dispose d'un budget de plus de 260 millions d'euros par an", accuse Olivier Kalousdian, responsable EELV à Puteaux. "Des sommes folles sont dépensées pour les illuminations de Noël [...] et les frais de réception de la mairie sont plus élevés que ceux de Paris, rapportés au nombre d'habitants", poursuit-il.
Les hebdomadaires réputés de droite, tels que "Le Point", "L'Express" et "Le Figaro Magazine", sont, pour leur part, toujours consultables, affirme EELV.
Une décision "administrative, pas politique"
Mais du côté de la mairie, le son de cloche diffère quelque peu. "Nous avons une nouvelle directrice pour le réseau des bibliothèques de Puteaux qui revoit et rationalise les abonnements [...] en fonction des consultations", explique-t-on, soulignant qu’il ne s’agit en rien d’une volonté politique. Pour preuve, la mairie invoque l’abonnement au "Point" qui ne sera pas non plus renouvelé une fois arrivé à échéance. En outre, "toute la presse quotidienne nationale a déjà disparu des rayonnages", quelle que soit l'affinité politique du titre, ajoute la mairie. "Cela ne nous empêchera pas de souscrire à nouveau à certains titres", selon les besoins, précise-t-elle enfin.
Contactée par FRANCE 24, la médiathèque tient un discours similaire. "Il y a tellement de journaux, on ne peut pas mettre l’intégralité des titres en exposition. Il faut donc faire un choix. Notre directrice vient de changer, c’est elle qui a mis en place un nouveau système pour que l’offre soit cohérente aux besoins des gens", affirme une porte-parole. L’établissement culturel dit répondre à "une simple décision administrative, pas politique" et assure se contenter "d’observer ce qui est lu et ce qui ne l’est pas."
Quatre millions d’euros sur un compte étranger
Mais compte tenu du passif de la maire Joëlle Ceccaldi-Raynaud, des doutes sur la bonne foi de la mairie peuvent subsister. Il y a deux ans, un scandale avait éclaté après que l’équipe de l’élue UMP ait parcouru tous les kiosques de la ville afin de racheter tous les exemplaires du "Canard Enchaîné" du 19 octobre 2011. La raison : un article, visiblement dérangeant, faisant état de la mise en cause de l'édile dans une affaire de malversations… Il aurait également été question d’un compte bancaire aux îles Vierges sur lequel cette ex-suppléante de Nicolas Sarkozy aux élections législatives possédait près de quatre millions d’euros.
L’information relayée par l’hebdomadaire lui-même ainsi que part Christophe Grébert, conseiller municipal sous l’étiquette MoDem et fervent opposant, avait provoqué les foudres de l’élue qui a répliqué par un dépôt de plainte pour "dénonciation calomnieuse". Le 4 septembre 2012, le blogueur centriste est condamné à 1 500 euros d’amende avec sursis et 500 euros de dommages et intérêts par le tribunal correctionnel de Nanterre.
Quelques années auparavant, en septembre 2006, c’est la maire qui avait été condamnée à 2 500 euros d’amende et 3 000 euros de dommages et intérêts pour diffamation à l'encontre de ce même Christophe Grébert après avoir insinué qu'il avait des penchants pédophiles. Une sentence également prononcée à l’encontre de l'ex-maire de Puteaux et père de Joëlle Ceccaldi-Raynaud, Charles, lui aussi habitué des démêlés judiciaires.