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Médecins sans frontière réclame un renforcement de l’aide humanitaire pour les réfugiés maliens en Mauritanie. Selon l'ONG, 74 000 d’entre eux ont "échoué" au camp de Mbéra, en plein désert, où l’eau manque et la mortalité infantile explose.

Esseulés et en proie à l'hostilité du Sahara, le cas de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés maliens inquiète Médecins sans frontières (MSF). Selon l’ONG, ils sont précisément 74 000 à avoir "échoué" en plein désert mauritanien. Fuyant la guerre et les haines ethniques, ils s’entassent dans des campements de fortune, comme au camp de Mbéra, où la mortalité infantile dépasse désormais le seuil d’urgence. "La limite est de deux décès d'enfants de moins de deux ans pour 10 000 par jour. On est à 3,2 décès pour 10 000 enfants par jour", alerte Marie-Christine Ferir, responsable de la réponse aux urgences à MSF.

Le conflit au Nord-Mali a engendré jusqu’à présent le déplacement de 270 000 personnes dans le pays et quelque 170 000 autres vers les États voisins tels que le Niger et le Burkina Faso. Mais en Mauritanie, la situation est particulièrement urgente à en juger par les propos très alarmistes de MSF.

Bien que le camp de Mbéra ne soit pas en situation de famine, l’eau vient à manquer cruellement dans cette zone où la température moyenne est de 50°C à l’ombre, prévient MSF. Les réfugiés reçoivent en moyenne 11 litres par jour, quand leur situation en exigerait 20 pour la boisson, la cuisine et l'hygiène.

Détérioration depuis l’intervention militaire française

Sur l’antenne de FRANCE 24, le Dr Bart Janssens, directeur des opérations MSF, fait état de conditions dans lesquelles "une population ne peut pas survivre normalement". Selon lui, cette situation qui dure depuis que les islamistes ont pris le contrôle du Nord du Mali au printemps 2012, va en s’empirant. "Nous avons vu une dégradation des conditions de vie" depuis l’arrivée récente "d’une vague de 15 000 réfugiés" au moment où la France a entamé son offensive militaire au Mali le 11 janvier 2013, rapporte-t-il.

La priorité pour l’ONG est de renforcer l’aide humanitaire dans cette région et de la pérenniser. "Il faut que tous les acteurs [humanitaires] réussissent à s’organiser dans la durée, car tous nos témoins sur place nous disent que cette crise va perdurer et que, par peur, ils seront dans l’impossibilité de rentrer au Mali dans les prochains mois, voire les prochaines années", explique le Dr Bart Janssens.

Des réfugiés pas près de rentrer au Mali

Et les craintes des réfugiés ne sont pas près de se dissiper compte tenu "des fondements ethniques et politiques de cette crise", selon l’ONG. "Après la rébellion [touareg] des années 1990, certains [réfugiés] étaient restés dans les campements pendant plusieurs années", rappelle Marie-Christine Ferir.

Tout comme ce conflit du début des années 1990, l'actuelle rébellion a cristallisé la haine entre la population à peau noire majoritaire, et ceux qu'elle appelle "peaux blanches", les Touareg et les Arabes, assimilés sans distinction aux rebelles touareg et/ou islamistes.

Ces "peaux blanches" ont souvent fui préventivement le Mali par peur de représailles de la population locale ou de l'armée malienne. Depuis plusieurs mois, plusieurs cas d'exactions ont d'ailleurs été rapportés dans les villes "libérées".

"Je ne vois pas comment le Mali va sortir de cette crise", conclut sombrement Marie-Christine Ferir.

Avec dépêches