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Trois djihadistes présumés expulsés par le Pakistan vers la France

Le Pakistan a annoncé avoir expulsé trois Français vers Paris cette semaine. Apprentis djihadistes présumés, ils avaient été arrêtés en mai 2012 dans le sud-ouest du Pakistan et étaient secrètement détenus à Islamabad depuis.

Cette semaine, trois Français, apprentis djihadistes présumés et détenus secrètement au Pakistan depuis dix mois, ont été expulsés vers la France par les autorités pakistanaises, annonce l’AFP.

Le dernier des trois hommes est arrivé jeudi 4 avril par avion et devait être placé en garde à vue dans l’après-midi. Les deux autres sont arrivés successivement mardi et mercredi et se trouvent déjà en garde à vue.

"Agés d'une trentaine d'années et originaires de la région d'Orléans, ces trois hommes avaient été arrêtés par la police pakistanaise le 28 mai 2012 dans le sud-ouest du Pakistan en compagnie d'un autre Français, Naamen Meziche", a déclaré à l'AFP une source proche du dossier.

Ce dernier, âgé de 42 ans environ, est quant à lui toujours emprisonné au Pakistan, en attente d’expulsion. Il serait, selon les services secrets occidentaux et pakistanais, un cadre important d’Al-Qaïda. Si son arrestation avait été confirmée en juin, celle des trois autres Français, dont Naamen Meziche qui pourrait avoir été le recruteur, n’avait pas été annoncée.

Un voyage à la Mecque

Selon des sources proches de l'enquête, les trois plus jeunes sont tous issus de familles d'origine maghrébine aux revenus modestes, pour certains en couple et pères de jeunes enfants. "Ils avaient quitté la France en janvier 2012. Certains avaient alors dit à leurs familles vouloir se rendre à la Mecque", explique la même source à l’AFP.

Mais quatre mois plus tard, c'est au Pakistan qu'ils sont arrêtés par la police locale pendant qu'ils circulent avec Naamen Meziche dans le sud-ouest de ce pays, région frontalière de l'Iran et de l'Afghanistan et voisine des zones tribales, principal bastion d'Al-Qaïda et de ses alliés talibans dans cette partie du monde.

"Ils ont été arrêtés juste après leur arrivée au Pakistan via l'Iran, où ils étaient entrés légalement à partir de la Turquie", selon l’un des enquêteurs cité par l’AFP. Mais leur parcours de quatre mois entre la France et leur arrestation reste encore très flou. Les enquêteurs soupçonnent néanmoins Naamen Meziche d'être venu les chercher dans cette région à partir des zones tribales pakistanaises avec l'intention de les y ramener.

"Combattre en Afghanistan"

Si Naamen Meziche a gardé le silence sur les raisons de sa présence dans la région, certains des trois hommes ont parlé pendant leur détention à Islamabad. Ils ont "dit être venus au Pakistan pour parfaire leur apprentissage de l'islam et aller combattre en Afghanistan", a déclaré à l'AFP une source proche du dossier.

"Certains ont évoqué l'Afghanistan comme destination", confirme une autre source à l'AFP, tout en tempérant ses propos : "Ils ne l'ont pas fait de façon précise, c'était plus dit implicitement qu'explicitement."

La DCRI pourrait s'intéresser à leur parcours

La France a adopté, le 13 décembre dernier, une nouvelle loi permettant de poursuivre des Français commettant des actes de terrorisme à l'étranger ou partant s'y entraîner au djihad. Mais elle ne pourra s'appliquer aux trois expulsés car ces derniers ont été arrêtés avant son vote.

Une information judiciaire avait cependant été ouverte pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste en février 2013, selon une source judiciaire citée par l’AFP.

Dans la lignée de l'onde de choc Merah, "il ne serait pas étonnant que certains services en France aient envie de leur poser quelques questions à leur arrivée" sur les filières djihadistes, estime une source proche de l'enquête. Ils pourraient ainsi être pris en charge à leur arrivée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), puis présentés à la justice.

Les autorités françaises estiment actuellement à moins de dix le nombre des djihadistes français dans les zones tribales pakistanaises, contre "entre dix et 20" il y a à peine trois ans. Cette baisse s'explique en partie par l'apparition de fronts djihadistes concurrents au Moyen-Orient, notamment en Syrie, ou en Afrique, au Mali par exemple.

Avec dépêches