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Présidentielle au Pérou : Roberto Sanchez en position d'affronter Keiko Fujimori au second tour
Au terme d'un scrutin marqué par des dysfonctionnements logistiques, le candidat de gauche radicale Roberto Sanchez se positionne mercredi à la deuxième place de la présidentielle au Pérou avec 12 % des voix, après le dépouillement de 91 % des bulletins. Si les chiffres se confirment, il affrontera la conservatrice Keiko Fujimori (17 % des voix) au second tour en juin.
Le leader de Juntos por el Peru, reconnaissable avec son chapeau de paysan porté pendant la campagne, le 12 avril à Lima, au Pérou. Selon des résultats partiels, il se hisse au second tour de l'élection présidentielle. © Angela Ponce, Reuters

Le duo d'adversaires au second tour de l'élection présidentielle péruvienne se précise, deux jours après la fin du vote. Le candidat de gauche radicale, Roberto Sanchez, s'est hissé mercredi 15 avril à la deuxième place des résultats partiels et se profile pour affronter la conservatrice Keiko Fujimori au second tour.

Dans un climat tendu marqué par des dysfonctionnements logistiques lors du scrutin de dimanche et des accusations de fraude, les deux favoris ont appelé à la responsabilité et au respect des résultats.

Avec 91 % des bulletins dépouillés, l'écart avec l'ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga, longtemps deuxième, restait serré dans un décompte encore susceptible d'évoluer. Keiko Fujimori, 50 ans, fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori, au pouvoir dans les années 1990, arrivait en tête avec 17 % devant Sanchez (12 %) et Lopez Aliaga (11,8 %).

Le dépouillement, d'abord dominé par les résultats de Lima, bastion de Rafael Lopez Aliaga, a progressivement laissé apparaître la progression de Roberto Sanchez, dont le socle électoral se concentre dans les zones rurales du sud andin.

"Il convient d'accepter ces résultats", a déclaré mercredi à des journalistes Roberto Sanchez. "S'il y a des divergences ou des soupçons, ils doivent être étayés par des preuves solides."

Mardi, dans un entretien à l'Agence France-Presse (AFP), il avait appelé "toutes les forces démocratiques du Pérou, ainsi que la communauté internationale, à veiller au respect des résultats officiels".

"Notre engagement est en faveur de la démocratie, de la transparence et surtout de l'ordre", a affirmé Keiko Fujimori. "Plus que jamais, il faut faire preuve de responsabilité et de maturité politique. Nous ne pouvons pas créer davantage de chaos."

Des dysfonctionnements, mais pas de fraude

Marqué par des retards dans l'acheminement du matériel électoral, le scrutin a alimenté critiques et accusations de fraude.

Rafael Lopez Aliaga, un admirateur de Trump surnommé Porky, a rassemblé mardi soir des centaines de partisans à Lima et donné "24 heures" aux autorités électorales pour annuler le scrutin, qu'il a dénoncé comme "une fraude". "Nous voulons de nouvelles élections", scandait la foule rassemblée devant les bâtiments de l'autorité électorale (JNE).

Ces problèmes logistiques ont empêché plus de 50 000 électeurs de voter, contraignant les autorités à prolonger le scrutin d'une journée.

Reconnaissant de "graves dysfonctionnements", la cheffe de la mission d'observation de l'Union européenne, Annalisa Corrado, a néanmoins déclaré mardi n'avoir relevé "aucun élément objectif" de fraude.

Le JNE a porté plainte contre plusieurs responsables de l'Office national des processus électoraux (ONPE) pour atteinte au droit de vote.

Sanchez, l'héritier de Castillo

Roberto Sanchez, ancien ministre de Pedro Castillo, s'affirme comme l'héritier politique de l'ex-président condamné en 2025 à 11 ans de prison pour rébellion après sa tentative de dissolution du Parlement. "Il sera libéré par notre gouvernement", a-t-il assuré à l'AFP.

Le leader de Juntos por el Peru affirme vouloir porter une "nouvelle Constitution" et instaurer un "État plurinational" afin de gouverner avec les peuples autochtones, à l'image de ce qu'a fait Evo Morales en Bolivie. "Il existe un immense désir de changement" parmi les populations exclues.

Avec son chapeau de paysan porté pendant la campagne, il a cherché à associer son image à celle de Castillo, syndicaliste et instituteur devenu président, aujourd'hui emprisonné.

Roberto Sanchez incarne "un vote rural (...), plus contestataire, plus à gauche, davantage dans la revendication et l'inclusion", explique à l'AFP le politologue Jorge Aragon, qui estime qu'il pourrait constituer un adversaire plus difficile pour Keiko Fujimori au second tour que Rafael Lopez Aliaga. Si cela se confirme, "d'une certaine manière, l'élection de 2021 se rejouerait", lors de laquelle la candidate de droite avait échoué face à Pedro Castillo.

Avec AFP